dimanche 15 novembre 2015

Si loin de nous

Un soir. Une soirée. Une soirée illuminée, traversée de paroles et de regards. Des gens se croisent sur des trottoirs qui ondulent. Ils se retrouvent. Ils se sourient. Ils se prennent dans les bras, échangent la tendresse des caresses. Ils s'attablent. Ils ont tant à se raconter. Ils partagent dans la chaleur des cœurs et des rires comme les lumières estompent la fin d'un jour. Ils goûtent l'envie, les sensations, l'existence du moment. Ils se touchent des yeux. Ils offrent leur visage. Ils désirent. Ils se désirent. Ils vivent. Ils sont si près. Si près de l'oubli du reste. Si loin du fracas. Si loin de la peine et du chagrin. Si loin de cette nuit peuplée de peur, de douleur. Si loin de la torpeur et des pleurs. Étrangers à la terreur. Les fleurs brillent dans les premières lueurs. Le jour est là, tout proche.

samedi 14 novembre 2015

Sortie du 11

Hier, j'ai effectué un tour. Un tour de vélo. Pour être plus précis, j'ai parcouru une boucle. Je suis revenu au point de départ. Pas mécontent d'ailleurs. C'est une boucle qui m'est familière. Celle que je parcours quand je suis en forme. Il m'arrive parfois de me croire en forme et de terminer sur les jantes. Tel ne fut pas le cas en ce 11 novembre. C'est ainsi que les bourgades et autres villages ont défilé. L'un d'eux, depuis quelques temps, retient plus particulièrement mon attention (j'ai l'impression d'écrire une lettre de motivation). C'est une commune singulière qui se situe entre Buchy et Vascœuil par la D46, voie peu fréquentée et roulante. A l'écart mais pas à l'écart de tout. Il suffit de s'écarter de la route principale. Elle peut paraître oubliée. Peut-être même oubliée de ses habitants. Quand je traverse ce village, il est fréquent que je ne vois âme qui vive. Rassuré, l'autre jour j'ai vu des enfants qui jouaient dans la cour de l'école qui se trouve à la sortie. Mais mercredi, je n'ai aperçu personne. A la réflexion, j'ai l'impression de ne jamais avoir aperçu ou croisé que des enfants. Il doit pourtant y avoir des adultes. La preuve en est qu'au cours d'un de mes passages, il y a de cela de nombreux mois, j'avais remarqué une bâtisse de taille respectable dans un état qui laissait supposer qu'elle était restée inhabitée durant de longues années. Peu de temps après, effectuant un nouveau tour, j'aperçus devant la maison du matériel et des matériaux qui laissaient présager d’imminents travaux. Ce qui s'avéra. J'ai ainsi pu constater mercredi que les travaux étaient terminés. Mais d'adultes point. La prochaine fois j'irai frapper à la porte.     

mercredi 11 novembre 2015

Repousse (2)

A l’œil nu, on ne discerne pas de changement. La douceur et le soleil n'ont pour l'instant pas provoqué une repousse accélérée. Nous avons le temps.

mardi 10 novembre 2015

En attendant

Ce moment de l'entretemps se lasse d'attendre le retour fugace. Répandu, il laisse la place entre les aiguilles. Il file et s'entrelace dans le temps devenu. Il est maintenant figé. Parmi d'autres. Comme un livre qui sera peut-être ouvert. Que faisons nous de nos souvenirs? Ils brillent dans un vide lointain. Ils ont besoin de notre temps, de notre attention, de notre gratitude. Quand le soir je regarde subrepticement le ciel, il parait vide. Je ne distingue que quelques étoiles. Les plus brillantes et celles dont je connais l'emplacement. Et puis si je persévère, si je scrute, si je prolonge l'observation, je finis par en découvrir d'autres. Des points clairs qui auraient tôt fait d'échapper à mon attention. Ce qu'elles font. Elles se fondent dans l'obscurité qui les entourent. L'obscurité est une immensité.

lundi 9 novembre 2015

De beurre

Nous avons tous connu ça. A la réflexion, pas tous. Alors disons certains parmi nous. En tout cas moi, il n'y a pas de doute. Assez souvent même. Le pire étant que la précédente ne me sert jamais de leçon. Je le sais et pourtant je recommence. A chaque fois je me dis "Mais arrête, bordel (parfois je le cède à la grossièreté et je finis par le regretter mais à chaque fois je recommence), tu sais comment ça va se terminer". C'est vrai que je le sais mais il y a quelque chose en moi qui me dit cette fois-ci ce sera différent. Et je fais comme si j'y croyais alors que je ne suis pas dupe de moi-même.
Par exemple, quand j'étais petit, j'allais à l'école. Un petit peu comme l'on va à l'abattoir. Ça me tuait. A chaque fin de journée ou de cours, selon le niveau atteint, il fallait sortir le cahier de textes. Je n'ai jamais su me servir de ce truc. Toujours est-il qu'il fallait noter leçons et devoirs. A peine refermé ce foutu cahier, je ne pouvais pas m'empêcher de me dire que j'avais le temps. Les jours passaient. Je ne faisais rien mais j'avais le temps. Le temps de ne rien faire. Je finissais par me retrouver à la veille de l'échéance sans avoir rien fait. Mais ne rien faire n'était pas une matière. Tout au plus, une matière à réflexion. Et je m'en voulais. Je m'en voulais d'être comme ça. D'en être réduit à rendre un devoir qui n'avait ni queue ni tête, à espérer que le prof m'oublierait au moment de l'interrogation. Et pourtant, je savais pertinemment que ça se terminerait aussi piteusement. Mais rien n'y faisait. A chaque fois, j'avais le temps. C'est ainsi que tout ce qui comportait une échéance était prétexte à procrastination. Je savais que je courrais à la catastrophe mais je ne parvenais pas à prendre conscience des conséquences qui pourtant m'étaient régulièrement répétées par les autorités tant professorale que parentale. Mais tout cela me semblait abstrait et probablement exagéré.
Exagéré. La transition est toute faite même si tout reste à faire. "Vous exagérez" m'a ainsi interpelé une marmotte de mes amis. J'ai fait sa connaissance un jour que je gravissais le col d'Agnel, qui, soit dit en passant, n'est pas des plus connus mais n'en est pas moins pentu. Arrivé au sommet, entre neige et verdure, je me suis offert une pause qui devait notamment me permettre de trancher. Soit je rebroussais chemin soit je me lançais dans la descente côté transalpin tout en sachant qu'il me faudrait inévitablement remonter. Tout à ma réflexion, je fis quelques pas dans les herbages alentour. Et c'est alors que je laissais mon esprit vagabonder, qu'un mouvement aussi furtif que coloré m'a fait lever la tête. Face à moi, à peine à quelques pas, autant dire à portée de souffle, une marmotte. Elle me regarde. Je fais de même. Je lui souris. Elle me fait un signe de la patte. Et nous finissons par sympathiser. Au début, encore un peu sur la réserve, nous parlons de tout et de rien, de la pluie et du beau temps. Des enfants qui sont turbulents. Du temps qui passe. La confiance venant, elle avait besoin de se confier, elle me fait part de ses craintes. Des craintes qui étaient liées au climat. Déjà à l'époque, il lui semblait que les saisons manquaient de caractère, que la neige ne rimait plus avec abondance. Je lui répondis, summum de l'analyse, qu'elle se faisait certainement des idées. Le temps a continué de passer. Le réchauffement climatique était devenu d'une quotidienne actualité mais ses conséquences me semblaient toujours aussi lointaines qu'abstraites. Alors je continuais comme si de rien n'était. Je me disais que j'avais le temps. Mais hier, alors que sur deux roues je traversais la plaine, sur le bord de la route j'aperçois mon amie la marmotte. Surpris, je mets quelques secondes pour me convaincre que c'est bien elle et je fais demi-tour pour la retrouver. Après les embrassades et autres manifestations d'amitié, je lui fais part de mon étonnement de la trouver sous nos latitudes. A part quelques timides collines, notre région n'est pas connue pour sa haute altitude. Elle en convient. Devant ma surprise, elle m'explique que depuis notre dernière rencontre les conditions climatiques se sont dégradées, qu'il faut aller de plus en plus haut pour trouver de la neige et que, surtout, il fait désormais trop chaud pour hiberner, que de fait, la civilisation marmottienne est en voie de disparition, que l'expression dormir comme une marmotte n'a plus de sens. La montagne est devenue une vallée d'altitude. C'est la raison pour laquelle elle avait quitté son habitat qui ne lui était plus naturel. Là, devant moi, j'avais l'incarnation, le symbole de mon inconscience. J'avais exagéré. Il était trop tard pour avoir le temps. Je lui ai proposé de l'héberger dans mon réfrigérateur. 

dimanche 8 novembre 2015

Ouverture

                                                 Je ne me souviens plus sur quoi elle ouvrait.

vendredi 6 novembre 2015

A peine

Hier matin je marchais sur un trottoir. Il faisait encore nuit mais j'avais bon espoir que le jour finisse par se lever. Cela ne me préoccupait pourtant pas. Il est des jours où la nuit pourrait demeurer tout au long. Je marchais vers ma destination. Ce que je préfère dans la marche, c'est le hasard. L'impression. Mais hier matin, il n'était pas question de hasard mais de destination finale. J'emprunte toujours le même itinéraire. Pour terminer, je longe une avenue qui n'en finit pas, du moins je le suppose car je n'en ai jamais vu le bout. Il est vrai que je n'ai jamais eu la curiosité d'y aller voir. Je marchais donc sur le sol encore humide, comme si la lumière des lampadaires se liquéfiait en touchant l'asphalte. Comme souvent à cette heure, j'ai croisé des enfants en marche vers le savoir. Certainement impatients d'apprendre, ils couraient. Des matins, mes yeux ne s'arrêtent sur rien. Léger, je ne porte attention à rien. Mais hier matin, il en alla tout autrement. Quel suspense. Je regardais droit devant. Au début je n'ai discerné qu'une forme sombre surmontée de gris. Compte tenu de la distance qui m'en séparait, je ne pouvais pas évaluer sa vitesse de déplacement. J'ai même douté qu'elle fut animée. Après quelques pas de plus vers elle, j'ai pu constater qu'elle progressait lentement dans ma direction. Associant cette donnée à ce que je voyais, j'en ai conclu que c'était une femme. Une vieille femme. Munie de deux cannes, elle avançait. Elle ne donnait pas l'impression de marcher. Chacun de ses pieds semblait glisser de quelques centimètres à chaque fois. Le reste de son corps suivait prudemment. Elle semblait guidée par cette prudence qui apparaît lorsque les gestes de la vie perdent de leur naturel. La tête inclinée vers le sol, elle était toute accaparée par la nécessité de poser l'extrémité des cannes au bon endroit. Je l'ai croisée. Elle ne m'a pas vu. Sans trop savoir pourquoi, je me suis dit qu'un jour elle avait marché d'un pas assuré, regardant droit devant elle. Qu'elle avait dévalé un escalier quatre à quatre. Qu'elle avait sauté de son lit. Qu'elle avait été impatiente. Qu'elle avait vécu les promesses du désir. Qu'elle avait fait l'amour et joui à en réveiller le voisinage. Qu'elle avait observé des vieux en se disant... Je me suis retourné mais elle avait disparu. 

mercredi 4 novembre 2015

Volonté

Ce matin, dans le silence de l'habitude qui accompagne le réveil, j'ai pris une décision. C'était brutal. Prendre une décision n'est pas dans mes habitudes, de surcroît le matin. Faute d'un réveil cérébral, je n'en ai pas mesuré l'ampleur. J'étais le seul à connaître cette décision. J'aurais pu l'annuler sans que l'on puisse me le reprocher. Elle n'avait pas encore été créatrice de droit. Renoncer n'aurait lésé personne. Pourtant, par rigueur morale, je n'ai pas cédé. Il est vrai qu'entre la porte de la chambre et celle de la salle de bain, j'ai hésité. Face à la glace, je me suis regardé. J'ai vu ce regard qui ne demandait qu'à se dérober. J'y ai vu défiler tous les renoncements, tous les abandons, toutes les lâchetés. Ça n'en finissait pas. A croire que j'avais vécu plusieurs vies. Quoi, n'étais-je pas capable de courage? Avais-je renoncé à toute fierté? Étais-je condamné à être ce que j'avais été? Comme dirait un pétrolier qui fore le sol à la recherche de gaz de schiste, j'ai des ressources cachées. Dans le blanc de l'émail et des yeux, j'ai décidé de maintenir ma décision. C'est ainsi que je suis retourné me coucher.

lundi 2 novembre 2015

Hygiène buccale

Où se trouve ce qui a disparu? Pour qui sommes-nous perdus? Où avons-nous rangé ce qui n'existe plus? C'était un matin. Je m'étais extirpé. Mais pourquoi ne me suis-je pas couché plus tôt me dis-je? Comme à chaque fois, la fatigue s'allégeait et disparaissait, dans un dernier bâillement, avec l'eau de la douche. Demeurait pourtant une impression. Une de ces impressions qui demeurent dans l'ombre. J'avais oublié quelque chose mais je ne savais pas quoi. Avec le temps, s'amassaient les oublis. Il m'était impossible de me souvenir de tout ce qui avait quitté ma mémoire depuis mon premier jour. A n'en pas douter, il aurait fallu de nombreux registres pour tout recenser. J'avais oublié des voix, les visages d'inconnus, des sourires, des rendez-vous, des livres, des films, des corps, des lèvres, des hésitations, des regrets, des promesses, des jours de pluie, des matins, des chagrins, des toujours, des jamais, des peut-être, des désirs... Tout était pêle-mêle, laissé à l'abandon. Pourquoi serais-je allé fouiller? Pour trouver quoi? Pourtant, ce matin là, j'étais prêt à faire un effort. J'avais envie de me souvenir, envie de prendre le risque. Ce qui devait arriver arriva. Je suis entré dans la salle de bain et c'est en prenant la brosse à dents que ça m'est revenu. Il n'y en avait plus qu'une.  

dimanche 1 novembre 2015

Menace sur l'assiette

Cela n'a pas été sans mal, mais j'ai enfin identifié la menace qui me fait peur. Le phare qui, d'une lumière crue a pris dans son rai la menace qui commençait à sourdre et m'a révélé , se trouve à Béziers. Toute société, toute civilisation, pour peu qu'elle veuille prospérer et parfois simplement survivre a besoin de visionnaires, de ces hommes qui ont un sens inné du destin qui attend le monde dans lequel ils vivent. Et bien, Robert Ménard est un de cela. Bien avant tout le monde, avec modestie et opiniâtreté, il a, sans coup férir, identifié la perfide, la fourbe menace. Bien que Béziers soit éloignée des plages de la Méditerranée, de sa mairie Robert a identifié, débusqué les annonciateurs stigmates de la déferlante, de cette vague qui finira, si nous n'y prenons garde, par nous submerger. Il sera alors trop tard. L'irréversible sera là et bien là. Mais Robert, fin et judicieux observateur, a compris que l'invasion avait déjà commencé et ce par la bouche et que nous étions sur le point d'assister au grand remplacement culinaire. Béziers est envahi par le kébab et comme le dit Robert "Ces commerces n'ont rien à voir avec notre culture !" Mais bien sûr qu'il n'ont rien à voir avec le kébab tout comme le couscous, le nem, le hamburger, le tiep bou dien, le colombo, les tacos... Alors je dis merci à Robert qui, infatigable défenseur de nos traditions, depuis que le saucisson et l'andouillette sont accusés de tous les maux, s'apprête à débusquer les envahisseurs qui ont infiltré l'OMS. Allez Robert.


Repousse (1)

Peu de changement depuis la dernière fois pour ne pas dire aucun. L'adjectif imperceptible s'impose. Il est fort probable que nous devions (je vous associe) attendre le printemps. Nous verrons bien.

samedi 31 octobre 2015

De quoi?

C'est encore confus dans mon esprit. J'ai consulté la presse, écouté la radio, mes collègues de boulot ainsi que moi-même. Il m'arrive en effet de m'écouter. Il m'est parfois nécessaire de formuler pour rassembler divers éléments se trouvant dans différents endroits de mon cerveau afin de structurer une pensée, ce qui me permets de connaître mon opinion à propos de tel ou tel sujet. Donc, après avoir lu et écouté, je me suis dit qu'il fallait arrêter. Il faut se rendre à l'évidence, nous sommes menacés, notre monde est menacé. Quelle est la nature de cette menace? De fait il n'existe pas qu'une seule menace mais des menaces. Des menaces qui nous menacent. Qui menacent notre quotidien, qui menacent notre civilisation, qui menacent notre culture, qui menacent notre couleur, qui menacent notre assiette, qui menacent notre langue, pour tout dire qui menacent notre existence. Quand chaque matin, ouvrant les yeux, je constate que je suis vivant, j'en suis presque étonné. Quand je me trouve installé à la table de la cuisine avec à ma gauche le beurre et la confiture, à ma droite mes tartines et au milieu mon café je sens m'envahir un soulagement et remercie Dieu d'être si prévenant. Quand, au petit matin, marchant sur le trottoir où légères virevoltent les feuilles d'un doux automne, je constate que seul le ciel est voilé, je sens se détendre mon corps et s'affermir ma démarche. Alors, confiant et sourire au lèvres, je poursuis mon chemin quand mon regard est attiré par l'étal de la charcuterie bien achalandé et baignant dans une séraphique lumière sous le regard bienveillant du charcutier qui me salue. De ses deux millénaires de gastronomie, la tête de cochon me contemple. Ainsi, toute cette journée sera jalonnée de tous ces signes, de tous ces riens qui font que notre pays est notre pays et le demeurera. Pourtant, car il y a un pourtant, diffuse je sens se répandre la menace. Derrière les sourires l'on devine l'incertitude baignant dans le doute. J'avoue, j'ai peur. Je vais prendre le temps de réfléchir et d'être à mon écoute pour savoir de quoi j'ai peur et je reviens vers vous pour vous dire quoi. 

lundi 26 octobre 2015

Autre chose (passer à)

Il y a des jours, je me demande. Je me demande ce que je fais là. Là précisément. Dans ce bureau mal chauffé. Je tapote sur des touches et je remplis des cases, plus précisément des cellules. Il en suffit d'une pour que je me sente à l'étroit. Je pourrais être ailleurs, même si je ne sais pas où. Il suffit d'en évoquer la possibilité. Je ne sais pas ce que je fais. Je l'ai déjà oublié. Le dérisoire envahit. Une journée dont il ne reste rien. Une journée faite de riens que je remplis de pas grand chose. Une journée aérophagique. Une journée redondante. Sait-elle seulement que je me suis levé pour elle, rien que pour elle? Une journée qui s'est moquée de moi, qui n'a pas respecté mon désir, mon désir de la remplir, d'en faire une journée pleine, une de ces journées dont on est fier. Comme le dit ma collègue, cette journée s'est foutue de ma gueule. Pour demain matin, faut voir.

dimanche 25 octobre 2015

Il était temps

Le jour se lève et le silence s'endort.

Ratiboisage (suite enfin)

Je me précipitais dans la salle de bain et osais me regarder dans le miroir. Ce que je voyais m'affligeait. J'avais l'impression d'être un autre. J'aurais aimé être un autre. J'avais beau me dire que c'était une question de temps, que d'ici quelques jours je n'y penserais plus, on m'avait pris quelque chose, qui n'avait rien à voir avec les cheveux. Je me confrontais à la perte.
Tout cela pour en venir au bucolique ratiboisage. Dans le jardin, s'était épanoui un noisetier qui faisait écran avec les voisins. D'aucuns le trouvaient envahissant, le noisetier. D'une certaine façon, on pouvait considérer qu'il outrepassait ses droits en passant par dessus le mur du voisin, ce mur qui délimite les territoires respectifs. Donc décision fut prise de le tailler, de le rafraîchir, de le raccourcir. Pour ce faire on requerra les service d'un professionnel sachant avec dextérité manier la tronçonneuse. Pendant de longues minutes, de très longues minutes j'entendis le bruit du massacre. A chaque fois que le silence se faisait, je me disais c'est bon c'est fini. Je ressentais malgré tout l'angoisse d'un retour imminent. Quelques secondes passaient et la tronçonneuse vrombissait derechef. Mais qu'allait-il rester du noisetier, ramasserai-je encore des noisettes? Le ratiboiseur n'avait-il pas un compte à régler avec les noisetiers? Puis et enfin le silence. Ce silence qui précède la vérité. Il ne me restait plus qu'à constater. Ce que je fis et immortalisais.

samedi 24 octobre 2015

Ratiboisage

Quand j'étais petit... Je me demande jusqu'à quel âge on demeure petit. J'entends la réponse "Ce n'est pas une question d'âge". Rien n'est une question d'âge. J'aime ces phrases qui commencent par rien. Ce côté définitif qui contient tout. C'est vrai. Combien de fois, tout en étant grand, me suis-je trouvé petit. Devenir grand a peut-être cela de commun avec l'horizon que l'on ne fait que s'en rapprocher. Ceci dit, je n'ai rien dit et j'arrête là.
J'ai peut-être commencé à devenir grand le jour où, pour la première fois, c'est moi, et non ma mère, sur instruction de mon père, qui ait décidé d'aller chez le coiffeur. Mon père ne supportait pas les cheveux longs. Il faut entendre par cheveux longs, le cheveu qui vient taquiner l'oreille. J'ai toujours soupçonné mon père d'établir une relation entre cheveux longs et virilité. Toujours est-il que j'allais chez le merlan accompagné de ma mère. Comme un extrait d'"Un jour sans fin" le coiffeur à chaque fois demandait on le coiffe comment, ce à quoi ma mère répondait bien dégagé derrière les oreilles, raccourcir la mèche devant et les pattes et désépaissir le dessus  et pour la nuque on fait quoi demandait inquiet le coiffeur et pour la deuxième fois ma mère utilisait les deux mots bien dégagé. Et commençait le massacre, la déforestation, le ratiboisage, l'éradication capillaire. Avec sa vibration, se mettait en route la tondeuse. Désespéré, je regardais tomber cheveux et disparaître ma tignasse comme disait mon père. Je pensais au lundi matin où j'allais devoir affronter les "quolibets" des copains et les sourires moqueurs des filles. Une fois la dernière mèche tombée et le dernier coup de brosse, le coiffeur se tournait vers ma mère et lui demandait ça va comme ça comme si c'était elle que l'on venait de coiffer. A chaque fois, elle me disait bah tu vois, tu es beaucoup plus beau comme ça, au moins on voit ton visage. Plus beau alors qu'avec mes oreilles j'avais des airs de Dumbo. Nous rentrions à la maison où mon père me gratifiait d'une nouvelle inspection.
Pourquoi ce passage chez le coiffeur? Réponse demain.

jeudi 22 octobre 2015

Proche

Vide. Un sentiment de vide. Quelque part. Un endroit de rencontre. Où les pas disparaissent dans la transparence de ce jour. La violence voile les yeux. Les rires et les voix s'échappent. Une tristesse décharnée s'écoule. La foi s'est mêlée à la terre. J'ai rêvé ta vie. 

lundi 19 octobre 2015

Qui flanche

L'oubli. Est-ce que tu te souviens? Quelques secondes. Est-ce que je me souviens? Non. Mais si, souviens toi. Quelques détails qui devraient stimuler ma mémoire. Ce n'est pas possible que tu aies oublié. Ça ne s'oublie pas. Encore quelques secondes. Oui, peut-être, c'est possible. Je pense lui faire plaisir en ne le laissant pas tout à fait seul avec son souvenir. Mais je vois bien qu'il est déçu. Peut-être même m'en veut-il. Il est au moins agacé. Il y a une minute, il me souriait. Et maintenant, je lis dans ses yeux le reproche. Cette envie de partager. Je n'ai pas envie de me souvenir. Si je pouvais, j'oublierais tout et le reste. Le passé me fatigue. Il est partout. Dans les têtes, sur les murs, dans les livres, dans les albums de photos, dans les mots. Je doute de l'existence d'un premier jour. Le passé forme parfois une brume entre l'horizon et moi. Franchement, que tu ne te souviennes pas, ça me dépasse. Fais un effort. Quel effort veux-tu que je fasse? Il me fixe, comme si avec son regard intense il pouvait extirper ce foutu souvenir de mon cerveau. Et pourquoi voudrais-tu que je m'en souvienne. Je ne sais pas, cela fait partie de notre vie. Les souvenirs font partie de notre vie commune. Ce sont des briques, des témoins, des caresses du temps passé. Si tu te lances dans la poésie... C'est maintenant que j'ai envie que tu me caresses. 

jeudi 15 octobre 2015

Imperceptible

"Je me sens tellement seule que j'ai envie d'être ensemble". C'est ce qu'aimerait dire une pierre. Cette pierre est dans un désert. Elle ne sait pas lequel. En étudiant l'environnement, il devrait être possible de savoir dans lequel elle se trouve. Aujourd'hui, si elle avait des yeux, du haut de la dune elle pourrait voir l'horizon. Un horizon fait de dunes ondulantes. Le désert est une sorte de mer sans eau ni plage. Les dunes font office de vagues. Elles avancent mais ne s'échouent jamais. Elles progressent emportées par le vent. Rien de lunaire dans ce mouvement. La pierre est entourée de grains de sable qui les jours de tempête la recouvrent. Elle peut ainsi disparaître plusieurs jours d'affilés. Elle n'aime pas les grains de sable. Ils l'agressent, la piquent, l'érodent, la harcèlent, la parsèment. Ils sont usants. Il arrive qu'ils la rendent folle. Combien de ses coreligionnaires, adoratrices du temps, ont fini par être réduites en sable. Même si elle ne les côtoyait que de loin, il est des jours où elle se sent seule. Si elle avait de la mémoire, elle se souviendrait qu'elle a été un rocher. Un de ces rochers respectables qui offraient de l'ombre. Aujourd'hui, elle est obligée d'attendre le soleil couchant pour offrir de l'ombre à un scarabée. L'érosion a été si lente qu'au détour d'une aube elle s'est découverte insignifiante. Elle se répand jour après jour par milliers, traverse, survole et se dépose. Si le dernier grain pouvait parler, peut-être se demanderait-il où il veut en venir.  

mardi 13 octobre 2015

Sans les mains

C'est en lisant une étude (en fait un compte rendu) sur la sexualité des iguanes parue en 1996 dans les Proceedings of the Royal Society B que j'ai découvert deux particularités fort intéressantes chez ces sauriens. Le sujet de fond de l'étude était de savoir comment font les mâles non dominants, et donc ne possédant pas de harem, pour se reproduire sachant qu'il leur faut en moyenne trois minutes entre la pénétration et l'éjaculation. Compte tenu du fait que le mâle dominant est très à cheval sur le respect de la propriété privée, le chapardeur ne dispose que de quelques secondes pour éjecter ses gamètes. Alors? Alors il se masturbe, sans y toucher. Il entrepose sa semence dans une poche idoine, ce vaurien et dès qu'il le peut, il saute sur une femelle et vide sa poche. Ainsi délesté, il repart. Autre élément étonnant, il est affublé de deux pénis. Mais il ne peut en utiliser qu'un seul à la fois.
 Je ne sais pas vous, mais je lui trouve un air libidineux.