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lundi 28 septembre 2015

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Ce matin j'attendais que le thé avec patience infuse. Je profitais encore de l'élan des rêves. C'est un moment vide, qui n'est pas relié. Du temps dont on ne fait pas grand chose. Du moins pour ce qui me concerne. Je regardais le pot de miel dont le contenu est un des éléments essentiels de ce début de journée. Comme chaque matin, je lisais les mots blancs qui indiquent son nom, son origine et le patronyme du producteur ainsi que son adresse. Je ne sais pas si c'est l'instant Alzheimer ou poisson rouge mais chaque fois j'ai l'impression de lire ces indications pour la première fois. Aussitôt lu, j'oublie.
L'infusion ayant eu lieu, je me saisis du dit pot de miel. Et se produit ce que je ne supporte pas, à savoir que mes doigts entrent en contact avec le miel. Sensation désagréable et poisseuse. Si l'on prend le temps d'y réfléchir, nous sommes tous d'accord pour dire que le miel doit rester dans son pot jusqu'au moment où nous en avons besoin. Sinon, sinon si l'on n'y prend garde, il finit par y en avoir partout. Et là, le miel appelant le miel, on en retrouve sur la table, sur l'étagère et c'est l'envahissement. Pour ce qui me concerne, le miel n'a d'autre utilité que de sucrer mon thé. Il en va de même pour la confiture. Si l'on n'est pas vigilant, tout finit par se mélanger et on ne sait plus quoi est quoi.

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Exil. Comme des îles à dérive sur les rives qui décrivent avec les mots salés. Ils échouent sur l'inlassable sable. Décrire les cris. Et que dit-on sur les estrades érigées, minarets qui répandent l'ignorance et la haine, la peur et le mépris? Ils sont de millions dans l'ombre prêts à fondre, péril informe et hirsute qui ravage les rivages. 

mardi 22 septembre 2015

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Après avoir été un temps poreuses, les frontières redeviennent peureuses. Elles se hérissent. Elles se murent, se recroquevillent. Elles étaient des bras ouverts, des promesses, un sourire, un trait d'union, des échanges. Elles sont devenues des images. Des images brutes de brutalité, de rejet. Des lieux entre deux d'où aurait été exclue l'humanité, où s'exerce une violence sur des corps fatigués de coups, fatigués de tout, écrasés par le présent. Le désespoir qui lutte pour une place dans un train est photogénique. La misère est envahissante. Elle menace, elle déferle, elle se rue, elle piétine, elle s'entasse, elle se répand, elle est prête à tout.

mercredi 16 septembre 2015

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Je me souviens de la carte de la France placée à la gauche du tableau. D'un côté le bleu des mers et de l'océan et de l'autre un gros trait noir qui descendait comme un rempart qui nous séparait des autres pays dont on ne voyait que des bouts. Les couleurs étaient douces. Immuable, figé et rassurant. Parfois, de son estrade, la main prolongée d'une baguette, le maître nous désignait les pays qui nous entouraient. On n'en voyait que des bouts qui s'encastraient parfaitement. Je ne retenais rien.Je savais qu'au cas où, il nous restait le large comme nous quittions la classe pour rejoindre la cour où des groupes se formaient. C'était comme une constellation sur bitume. Des amas, des planètes constituées de filles ou de garçons. La cour était divisée en territoires qui ne se recoupaient pas. D'invisibles lignes que l'on ne franchissait pas.

jeudi 10 septembre 2015

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La frontière. Jusqu'ici c'était un ensemble de traits sur une carte. Des traits qui serpentaient. D'autres tirés à la règle. Selon des règles coloniales, géographiques, culturelles, hasardeuses. Comme un puzzle. Je me souviens des cartes muettes qu'il fallait compléter, qui me laissaient sans voix. Écrire des noms de pays dans ses frontières. J'ai longtemps cru que les pays étaient prisonniers ou respectueux de leurs frontières. Il peuvent les repousser, les abolir, les ignorer et même les violer. Violer une frontière. Ça consiste en quoi, violer une frontière? Passer en force. Faire fi de l'intégrité. C'est s'affranchir du respect de l'autre pour l'asservir ou plus radicalement pour le faire disparaître. Et pourtant, quoi que l'on fasse, on finit par se rétablir, par être rétabli dans ses frontières. Parfois, peu sûr de soi, peureux, paranoïaque, étriqué, on double la frontière d'un mur. Un mur pour ne pas voir. Pour ne pas voir l'autre, pour ne pas voir la vie, pour étouffer son souffle. Un mur qui serpente et s'enroule autour de la liberté pour la broyer. Mais rien n'est jamais définitif, ni l'oppression ni la souffrance. Il suffit parfois d'un peu de musique pour que le mur s'écroule. Il arrive que les frontières frémissent, qu'elles soient emportées par une irrépressible envie de liberté. La frontière devient nomade, voire hésitante. Elle se reforme ailleurs. Plus loin, plus près de notre destin.
Il arrive que la frontière soit naturelle. Elle symbolise peut-être le mieux l'autre côté, l'au-delà, un là-bas dont la nature nous a séparé. Un jour, cela ne faisait qu'un mais nous ne devions pas encore être là. Pouvons-nous l'imaginer, l'envisager? Pendant longtemps nous nous en sommes fait toute une montagne. Elle est parfois liquide, faite de vagues, probablement nées sur un autre rivage, qui s'échouent sur nos plages. Par endroit, les marées grignotent les falaises qui avec le temps s'affaissent. Nous essayons bien de construire des digues sans pour autant être convaincus. Mais nous avons tellement besoin d'être rassurés, de nous persuader que la meilleure solution est de résister.
Je me souviens de 89. Le mur s'ouvrait et laissait passer. Une frontière idéologique érigée pour s'isoler de la liberté. Il n'était question d'aucun flux migratoire, d'aucune invasion, d'aucun quota. La joie et l'allégresse se partageaient. Sourires et bras ouverts. Pourtant, je me souviens que dans nos esprits, cette frontière faite de parpaings était entrée dans la normalité, comme une fatalité historique. Il est étonnant comme ces régimes totalitaires pouvaient nous sembler installés pour longtemps. Et pourtant leur violence n'avait d'égale que leur fragilité, leur précarité. Dès l'instant où le peuple ne vis plus dans la crainte, dès l'instant où il n'a plus peur, la tyrannie se désagrège. 

vendredi 4 septembre 2015

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La frontière. Jusqu'ici c'était un ensemble de traits sur une carte. Des traits qui serpentaient. D'autres tirés à la règle. Selon des règles coloniales, géographiques, culturelles, hasardeuses. Comme un puzzle. Je me souviens des cartes muettes qu'il fallait compléter, qui me laissaient sans voix. Écrire des noms de pays dans ses frontières. J'ai longtemps cru que les pays étaient prisonniers ou respectueux de leurs frontières. Il peuvent les repousser, les abolir, les ignorer et même les violer. Violer une frontière. Ça consiste en quoi, violer une frontière? Passer en force. Faire fi de l'intégrité. C'est s'affranchir du respect de l'autre pour l'asservir ou plus radicalement pour le faire disparaître. Et pourtant, quoi que l'on fasse, on finit par se rétablir, par être rétabli dans ses frontières. Parfois, peu sûr de soi, peureux, paranoïaque, étriqué, on double la frontière d'un mur. Un mur pour ne pas voir. Pour ne pas voir l'autre, pour ne pas voir la vie, pour étouffer son souffle. Un mur qui serpente et s'enroule autour de la liberté pour la broyer. Mais rien n'est jamais définitif, ni l'oppression ni la souffrance. Il suffit parfois d'un peu de musique pour que le mur s'écroule. Il arrive que les frontières frémissent, qu'elles soient emportées par une irrépressible envie de liberté. La frontière devient nomade, voire hésitante. Elle se reforme ailleurs. Plus loin, plus près de notre destin.
Il arrive que la frontière soit naturelle. Elle symbolise peut-être le mieux l'autre côté, l'au-delà, un là-bas dont la nature nous a séparé. Un jour, cela ne faisait qu'un mais nous ne devions pas encore être là. Pouvons-nous l'imaginer, l'envisager? Pendant longtemps nous nous en sommes fait toute une montagne. Elle est parfois liquide, faite de vagues, probablement nées sur un autre rivage, qui s'échouent sur nos plages. Par endroit, les marées grignotent les falaises qui avec le temps s'affaissent. Nous essayons bien de construire des digues sans pour autant être convaincus. Mais nous avons tellement besoin d'être rassurés, de nous persuader que la meilleure solution est de résister.  

mercredi 2 septembre 2015

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La frontière. Jusqu'ici c'était un ensemble de traits sur une carte. Des traits qui serpentaient. D'autres tirés à la règle. Selon des règles coloniales, géographiques, culturelles, hasardeuses. Comme un puzzle. Je me souviens des cartes muettes qu'il fallait compléter, qui me laissaient sans voix. Écrire des noms de pays dans ses frontières. J'ai longtemps cru que les pays étaient prisonniers ou respectueux de leurs frontières. Il peuvent les repousser, les abolir, les ignorer et même les violer. Violer une frontière. Ça consiste en quoi, violer une frontière? Passer en force. Faire fi de l'intégrité. C'est s'affranchir du respect de l'autre pour l'asservir ou plus radicalement pour le faire disparaître. Et pourtant, quoi que l'on fasse, on finit par se rétablir, par être rétabli dans ses frontières. Parfois, peu sûr de soi, peureux, paranoïaque, étriqué, on double la frontière d'un mur. Un mur pour ne pas voir. Pour ne pas voir l'autre, pour ne pas voir la vie, pour étouffer son souffle. Un mur qui serpente et s'enroule autour de la liberté pour la broyer. Mais rien n'est jamais définitif, ni l'oppression ni la souffrance. Il suffit parfois d'un peu de musique pour que le mur s'écroule. Il arrive que les frontières frémissent, qu'elles soient emportées par une irrépressible envie de liberté. La frontière devient nomade, voire hésitante. Elle se reforme ailleurs. Plus loin, plus près de notre destin. 

mardi 1 septembre 2015

Tracer

La frontière. Jusqu'ici c'était un ensemble de traits sur une carte. Des traits qui serpentaient. D'autres tirés à la règle. Selon des règles coloniales, géographiques, culturelles, hasardeuses. Comme un puzzle. Je me souviens des cartes muettes qu'il fallait compléter, qui me laissaient sans voix. Écrire des noms de pays dans ses frontières. J'ai longtemps cru que les pays étaient prisonniers ou respectueux de leurs frontières. Il peuvent les repousser, les abolir, les ignorer et même les violer. Violer une frontière. Ça consiste en quoi, violer une frontière?