L'autre jour, comme de nombreux autres jours, je monte dans le bus. C'est toujours avec plaisir que j'y mets un pied puis l'autre. A chaque fois, je trouve en son sein un sujet de réflexion. Un sujet qui m'occupe le temps du voyage. Car c'est un voyage. Tous les jours j'ai la chance de voyager. Je vais ici, là et même plus loin encore. Quand dans l'abri bus je regarde le plan des transports en commun de l'agglomération rouennaise, j'ai le tournis. A voir toutes les destinations qui me restent à découvrir, je suis excité comme une puce. Je vais faire des reportages photos de mes périples.
Toujours est-il que jeudi, après avoir constaté qu'il restait peu de places, m'appuyant sur la barre rembourrée qui court le long de la vitre, je suis resté debout. Cette station est propice à l'observation. Je regardais le regard particulièrement éteint de certains de mes compagnons de route. La fatigue? La transition qui laisse un répit jusqu'au terminus? Seul semblait connecté leur portable. Peut-être reculaient-ils tout simplement le moment de plonger dans le monde. Et moi qui ne trouvais pas mieux que de fouiller leurs pensées. Me rendant à l'évidence, je décidai de me retirer sur la pointe des cils et de les laisser dans leur quiétude.
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dimanche 20 mars 2016
mercredi 16 mars 2016
Coucou, c'est moi
A force de volonté, d'abnégation, de renoncement, de modestie, de bienveillance envers moi-même (moi-même, comme j'aime écrire ces deux mots) et de réalisme aussi, j'y suis parvenu. Pour autant, je ne crie pas victoire et je reste vigilant. La rechute (drôle de mot pour un chauve) est toujours possible, redoutée même si elle est parfois tellement agréable. Donc, depuis une semaine, j'ai un peu attendu avant d'en faire part moi-même au monde, je parviens chaque matin à passer devant le miroir de la salle de bain, que cela soit avant ou après la douche, sans me regarder. Il est vrai que le fait de ne pas avoir à me coiffer me facilite les choses. Je me lave les dents mais les yeux baissés vers le lavabo. Pour autant, j'ai bien conscience que nous sommes souvent très proches de nous-même.
Ainsi, hier matin, dans le bus F5, je cherchais à capter mon attention. Je furetais du regard en espérant le fixer sur un sujet d'intérêt. Après avoir erré quelque peu, j'ai trouvé à m'occuper en la personne d'une jeune fille, habituée de la ligne, qui ne se sépare jamais de son portable auquel je n'avais jusqu'ici porté qu'une attention lointaine. Certainement de peur de passer à côté, de peur de ne plus être de ce monde, toutes les trente secondes elle déposait un doigt sur l'écran qui s'illuminait. Constatant qu'il ne s'était rien passé durant cette demi minute, du même doigt elle faisait réapparaître l'écran noir. Et c'est à l'occasion de ce va et vient entre lumière et obscurité que je pus constater qu'elle avait choisi comme fond d'écran une photo d'elle-même, plus précisément de son visage. Toutes les trente secondes elle pouvait se voir. Toutes les trente secondes elle était face à elle-même. Toutes les trente secondes elle constatait qu'elle était bien là, qu'au moins une personne la regardait. Toutes les trente secondes elle s'assurait qu'elle n'était pas seule. Qui regardait l'autre?
Ainsi, hier matin, dans le bus F5, je cherchais à capter mon attention. Je furetais du regard en espérant le fixer sur un sujet d'intérêt. Après avoir erré quelque peu, j'ai trouvé à m'occuper en la personne d'une jeune fille, habituée de la ligne, qui ne se sépare jamais de son portable auquel je n'avais jusqu'ici porté qu'une attention lointaine. Certainement de peur de passer à côté, de peur de ne plus être de ce monde, toutes les trente secondes elle déposait un doigt sur l'écran qui s'illuminait. Constatant qu'il ne s'était rien passé durant cette demi minute, du même doigt elle faisait réapparaître l'écran noir. Et c'est à l'occasion de ce va et vient entre lumière et obscurité que je pus constater qu'elle avait choisi comme fond d'écran une photo d'elle-même, plus précisément de son visage. Toutes les trente secondes elle pouvait se voir. Toutes les trente secondes elle était face à elle-même. Toutes les trente secondes elle constatait qu'elle était bien là, qu'au moins une personne la regardait. Toutes les trente secondes elle s'assurait qu'elle n'était pas seule. Qui regardait l'autre?
dimanche 13 mars 2016
Au fond, pourquoi pas
Il existe des personnes d'ordre. Tout doit être dans le bon ordre. Chaque chose, chaque idée, chaque personne doit se trouver à la place qui est la sienne. De l'autre côté mais loin de là, évoluent dans l'incertitude les personnes de désordre. La plupart du temps, elles ne sont pas viscéralement contre l'ordre mais elle ne se souviennent plus de la place des choses. Elles éprouvent parfois des difficultés à trouver leur propre place. Alors tout traîne, jusqu'au temps. C'est ainsi que l'autre jour, dans le bus ligne F5, j'ai laissé traîné mon oreille. Ce n'est pas bien. Dans mon dos, devise ce que je suppose être un couple. Je n'ose pas me retourner mais à leur voix, je les devine jeunes.
Lui "Je ne sais pas si tu as remarqué, mais en ce moment je suis en pleine bourre"
Elle "J'ai vu".
Lui "T'imagines pas comme ça me titille".
Elle "Si, si, j'ai vu".
Lui " 'Tain, j'ai une de ces envies de faire l'amour".
Elle "D'habitude tu dis j'ai envie de baiser".
Lui "Oui mais là, je t'aime".
Elle "Et d'habitude?"
Lui "Complique pas. T'aurais pas envie de le faire maintenant?".
Elle "Dans le bus?
Lui "Bah oui. On va au fond. Tu t'assieds sur mes genoux, je referme mon manteau sur nous et le tour est joué. Tu te dandines comme si tu écoutais de la musique et on essaye de dépasser l'intro. Allez!"
Elle "On est bientôt arrivé. On essaye la prochaine fois."
Juste avant de descendre, je leur ai demandé s'ils savaient quand ils reprendraient le bus.
Lui "Je ne sais pas si tu as remarqué, mais en ce moment je suis en pleine bourre"
Elle "J'ai vu".
Lui "T'imagines pas comme ça me titille".
Elle "Si, si, j'ai vu".
Lui " 'Tain, j'ai une de ces envies de faire l'amour".
Elle "D'habitude tu dis j'ai envie de baiser".
Lui "Oui mais là, je t'aime".
Elle "Et d'habitude?"
Lui "Complique pas. T'aurais pas envie de le faire maintenant?".
Elle "Dans le bus?
Lui "Bah oui. On va au fond. Tu t'assieds sur mes genoux, je referme mon manteau sur nous et le tour est joué. Tu te dandines comme si tu écoutais de la musique et on essaye de dépasser l'intro. Allez!"
Elle "On est bientôt arrivé. On essaye la prochaine fois."
Juste avant de descendre, je leur ai demandé s'ils savaient quand ils reprendraient le bus.
vendredi 11 mars 2016
Langue (prendre)
Et là, je me suis dit "Mon garçon, ça ne peut plus durer ainsi. Instaurons de la convivialité, du contact, de l'échange". Sans trop savoir dans quoi je m'embarquais, j'ai pris la résolution suivante : chaque jour, je consacrerai au moins une minute à parler à quelqu'un que je ne connais pas. Et j'ai pris place à côté de la femme qui venait de ranger son rouge à lèvre.
- Bonjour, lui dis-je.
Je la perçois sur la défensive.
- Soyez rassurée, je suis moins dangereux que je n'en ai l'air. Pour tout vous dire, j'ai pris la résolution de parler une minute chaque jour à une personne qui m'est inconnue.
- Et c'est sur moi que c'est tombé?
- Comme vous finissiez de vous maquiller dans le bus, je me suis dit...
- Arrêtez de vous dire des trucs et allez vous asseoir ailleurs.
- Oui mais ça ne fait pas encore une minute.
- Excusez-vous de m'avoir dérangée et ça devrait être bon.
lundi 7 mars 2016
Accessoirement
Accessoirement
Le temps. Le temps vide. Le temps de transition. Le temps trait d’union entre deux autres temps. Le temps contraint mais disponible. Le temps de transport en fait partie. Chaque matin, sans raison particulière, davantage que le soir, ce temps pour aller d’un point à un autre, comme une virgule, est à ma disposition. En règle générale, je n'en fais pas grand-chose. Je regarde ailleurs. Mes chaussures pour vérifier qu'elles sont bien cirées. Qu'elles renvoient les reflets de la lumière intérieure. J'aime regarder les autres paires (de chaussures, ceci pour Phil, ce qui nous dispensera d'un commentaire douteux). Toutes ces paires qui ne m'appartiennent pas. C'est une façon d'épier. C'est ainsi que j'ai découvert une tendance. Une tendance en vogue chez l'adolescente citadine mais pas nécessairement urbaine. En matière de mode, d'élégance, il suffit parfois d'un rien qui peut même échapper à l'observation. Dans le cas présent, ce presque rien est visible. Depuis quelque temps, après une période plutôt flashie, j'ai constaté un retour de la sobriété vestimentaire.
Donc un matin, mon regard s'était focalisé sur les chaussures d'une lycéenne (quel symbole). Pour être plus précis, il s'agissait de tennis (le dit-on encore) modèle Stan Smith (une des idoles de ma jeunesse) d'un élégant blanc. Remontant lentement je découvre des soquettes tout aussi immaculées. Je fais une pose. Après quelques secondes, je reprends mon ascension. Et que découvre-je? Deux chevilles ainsi laissées à la vue de tous. Feignant l'indifférence, je passe au-dessus. S'offre alors à ma vue un bas de jean d'un bleu passé retroussé et formant ainsi un ourlet provisoire. Comme pour un tableau qui nécessite de la distance pour être apprécié, j'ouvre la focale pour englober l'ensemble. Ma foi... Et depuis, j'ai découvert que nombreuses sont celles qui ont adopté ce rien.
Le temps. Le temps vide. Le temps de transition. Le temps trait d’union entre deux autres temps. Le temps contraint mais disponible. Le temps de transport en fait partie. Chaque matin, sans raison particulière, davantage que le soir, ce temps pour aller d’un point à un autre, comme une virgule, est à ma disposition. En règle générale, je n'en fais pas grand-chose. Je regarde ailleurs. Mes chaussures pour vérifier qu'elles sont bien cirées. Qu'elles renvoient les reflets de la lumière intérieure. J'aime regarder les autres paires (de chaussures, ceci pour Phil, ce qui nous dispensera d'un commentaire douteux). Toutes ces paires qui ne m'appartiennent pas. C'est une façon d'épier. C'est ainsi que j'ai découvert une tendance. Une tendance en vogue chez l'adolescente citadine mais pas nécessairement urbaine. En matière de mode, d'élégance, il suffit parfois d'un rien qui peut même échapper à l'observation. Dans le cas présent, ce presque rien est visible. Depuis quelque temps, après une période plutôt flashie, j'ai constaté un retour de la sobriété vestimentaire.
Donc un matin, mon regard s'était focalisé sur les chaussures d'une lycéenne (quel symbole). Pour être plus précis, il s'agissait de tennis (le dit-on encore) modèle Stan Smith (une des idoles de ma jeunesse) d'un élégant blanc. Remontant lentement je découvre des soquettes tout aussi immaculées. Je fais une pose. Après quelques secondes, je reprends mon ascension. Et que découvre-je? Deux chevilles ainsi laissées à la vue de tous. Feignant l'indifférence, je passe au-dessus. S'offre alors à ma vue un bas de jean d'un bleu passé retroussé et formant ainsi un ourlet provisoire. Comme pour un tableau qui nécessite de la distance pour être apprécié, j'ouvre la focale pour englober l'ensemble. Ma foi... Et depuis, j'ai découvert que nombreuses sont celles qui ont adopté ce rien.
jeudi 3 mars 2016
Nous ne sommes pas à l'abri
Il arrive que des choses arrivent sans que nous les voyons venir. Ce qui, indépendamment de la nature de ces choses, est réjouissant. Chaque matin l'aventure commence. Open your mind. Donc, ce matin, je sors. Quelque peu plus tard que d'habitude. Pour tout dire, j'ai traîné. Surtout au lit. Du style "Oh aller, encore un quart d'heure". "Bon, encore 10 minutes et j'y vais". D'accord, c'est de la traînasserie frelatée mais ça donne l'illusion d'être maître de son temps. J'ai donc fini par me retrouver dehors dans le vent et la pluie. Dans ces circonstances météorologiques me vient toujours une chanson. Toujours est-il que je me retrouve dans l'abri bus. Plutôt seul. Du moins le pensais-je. Comme souvent je procède aux dernières vérifications d'usage. Ai-je ma carte de bus? Ai-je pris mes clés? Me suis-je muni de mon téléphone? Ai-je pris soin de fermer ma braguette? Ai-je mon couteau? Toutes les cases de la check-list étant cochées, j'éprouve un légitime soulagement. Pour passer le temps, je regarde un peu partout et notamment sur la droite. Et qui vois-je qui comme moi attend le bus? Julia Roberts. Comme vous, l'étonnement me saisit. Julia Roberts qui attend le bus à Mesnil Esnard! Elle est là. Elle vante un parfum. Quelque peu intimidé, je m'approche. Pour tout vous dire, Julia Roberts ne m'a jamais inspiré, même pendant les pires périodes de disette et dieu sait... Bien, sûr elle est dotée d'une plastique qui lui permet de représenter une certaine image du luxe. Toujours est-il qu'en m'approchant je me rends compte. Je me rends compte qu'il est parfois préférable de regarder de loin. Dans le cas présent, de loin Julia Roberts ressemble à Julia Roberts. Mais de près, force est de constater qu'elle ne se ressemble plus. Elle devient quelqu'un d'autre, produit d'une savante pixellisation. Lissée, retravaillée, recadrée, délestée de ce que d'aucuns considèrent comme des défauts. Pour résumer, elle est au désir ce que le kiri est au fromage (obscur?). Le bus est arrivé. Je suis monté, laissant Julia derrière la vitre, à l'abri du monde.
dimanche 28 février 2016
Dans le bus
T5. Une ligne que je me fais. T comme transport. 5 comme parfum. Le parfum des rencontres. Le parfum des surprises. Habitué de la ligne, des visages me sont devenus familiers. Et pourtant,
il ne m'est jamais venu à l'idée d'adresser la parole à leur
propriétaire.
- Vous prenez souvent ce bus?
- ?
- Je veux dire, vous êtes une adepte de la ligne?
- ?
- Je crois que je suis arrivé.
Je me contente donc de regarder. C'est ainsi que l'autre jour, ou bien un autre, une jeune fille grimpe. Son nez est la première chose qui attire mon regard. Ou plutôt l'anneau qui traverse ses deux narines. Un anneau de section fine, d'une fixité argentée. Dans un habitacle déjà bien garni, elle tente de trouver une place et finit par la trouver près de la porte. Son sac coincé entre les jambes, il ne lui reste plus qu'à attendre. Son visage, qui jusque là ne laissait paraître aucune expression particulière, s'illumine. Elle vient de reconnaître un jeune homme. Aucun doute, cela lui fait plaisir. Douceur de son sourire. Il ne lui est pas indifférent. Elle s'approche de lui. Ils se font la bise. Elle lui parle. Il écoute. Mes écouteurs sur les oreilles, je regarde ses lèvres silencieuses remuer. Un peu de temps passe. Dans ses yeux à lui, comme une fascination étonnée. Je me dis qu'elle doit lui raconter des trucs transperçants. Je retire les écouteurs et j'écoute.
"Tu me fais penser aux rumeurs de l'amour. Rumeurs de la résurrection dans le bazar des croyances. Une émergence faite de tentations réfrénées. Étonnant comme tu bruisses dans les battements de mon cœur. Je croyais t'avoir oublié. Il a suffit de se hasarder pour que je frissonne à nouveau. Je ne sais pas. Je ne sais pas si je dois m'en contenter. Si nous étions seuls, je me laisserais tomber dans la gueule du loup."
Le bus ralentit, puis s'arrête. Elle le regarde comme une première fois et descend. Quelques pas sur le trottoir, elle se retourne et lui sourit. Mais c'est autre chose.
Quant à lui, je ne sais pas trop.
- Vous prenez souvent ce bus?
- ?
- Je veux dire, vous êtes une adepte de la ligne?
- ?
- Je crois que je suis arrivé.
Je me contente donc de regarder. C'est ainsi que l'autre jour, ou bien un autre, une jeune fille grimpe. Son nez est la première chose qui attire mon regard. Ou plutôt l'anneau qui traverse ses deux narines. Un anneau de section fine, d'une fixité argentée. Dans un habitacle déjà bien garni, elle tente de trouver une place et finit par la trouver près de la porte. Son sac coincé entre les jambes, il ne lui reste plus qu'à attendre. Son visage, qui jusque là ne laissait paraître aucune expression particulière, s'illumine. Elle vient de reconnaître un jeune homme. Aucun doute, cela lui fait plaisir. Douceur de son sourire. Il ne lui est pas indifférent. Elle s'approche de lui. Ils se font la bise. Elle lui parle. Il écoute. Mes écouteurs sur les oreilles, je regarde ses lèvres silencieuses remuer. Un peu de temps passe. Dans ses yeux à lui, comme une fascination étonnée. Je me dis qu'elle doit lui raconter des trucs transperçants. Je retire les écouteurs et j'écoute.
"Tu me fais penser aux rumeurs de l'amour. Rumeurs de la résurrection dans le bazar des croyances. Une émergence faite de tentations réfrénées. Étonnant comme tu bruisses dans les battements de mon cœur. Je croyais t'avoir oublié. Il a suffit de se hasarder pour que je frissonne à nouveau. Je ne sais pas. Je ne sais pas si je dois m'en contenter. Si nous étions seuls, je me laisserais tomber dans la gueule du loup."
Le bus ralentit, puis s'arrête. Elle le regarde comme une première fois et descend. Quelques pas sur le trottoir, elle se retourne et lui sourit. Mais c'est autre chose.
Quant à lui, je ne sais pas trop.
jeudi 25 février 2016
Saint siège
Hier, alors que le soir était proche, j'ai pris le bus. C'est un mode de transport que l'on emprunte en commun sans pour autant être ensemble. Il faut d'abord l'attendre. Attendre et prendre. Dès que le bus est en approche, naît aux abords de l'abri du même nom une agitation qui peut laisser place à de la nervosité si l'attente s'est un tant soit peu prolongée. Certains des usagers tiennent absolument à avoir une place assise. Pour ces adeptes du transport individuel en milieu collectif, il est primordial d'évaluer avec le plus de précision possible l'endroit où s'arrêtera le bus, ce qui permet de se trouver face à l'une des ouvertures. Ceci fait, il est vital de se placer le plus près possible du bord du trottoir sans risquer pour autant d'être percuté par le bus. Il faut à l'occasion être capable de défendre sa position préférentielle car la concurrence peut être rude. Le bus s'arrête à l'endroit prévu. Il faut rester vigilant car tant que vous n'êtes pas assis, rien n'est gagné. On aborde ici le point le plus délicat de la conquête. Vous voulez monter dans le bus le plus rapidement possible mais il vous faut tenir compte de ceux qui veulent descendre et qui, parfois, peuvent se révéler très nombreux. S'il vous reste un soupçon de savoir vivre, vous allez faire un pas de côté pour les laisser passer. L'erreur du débutant car l'espace ainsi libéré est, dans le dixième de seconde qui suit, occupé par un de vos concurrents. Pour rien au monde vous ne devez bouger. Il en va de votre confort. Quitte à vous exposer à quelques frottements corporels, vous ne cédez pas un pouce de terrain. Dès que la voie est libre, dès qu'un espace vous permet de vous faufiler, vous vous introduisez dans l'habitacle. Même si vous êtes le premier, il y a une dernière erreur à éviter, à savoir l'hésitation. Si vous hésitez, un plus déterminé que vous occupera la place que vous convoitiez. Après avoir posé vos fesses, il est conseillé de regarder par la fenêtre. Ainsi vous évitez le regard des personnes âgées, des femmes enceintes, des infirmes en tous genres, des handicapés et autres assistés qui convoitent votre place qui n'est que la juste récompense de votre opiniâtreté, de votre volonté de vous faire une place en ce monde. Car vous avez compris que si ce n'est pas vous, ce sera un autre.
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