mercredi 16 septembre 2015
Tracer
Je me souviens de la carte de la France placée à la gauche du tableau. D'un côté le bleu des mers et de l'océan et de l'autre un gros trait noir qui descendait comme un rempart qui nous séparait des autres pays dont on ne voyait que des bouts. Les couleurs étaient douces. Immuable, figé et rassurant. Parfois, de son estrade, la main prolongée d'une baguette, le maître nous désignait les pays qui nous entouraient. On n'en voyait que des bouts qui s'encastraient parfaitement. Je ne retenais rien.Je savais qu'au cas où, il nous restait le large comme nous quittions la classe pour rejoindre la cour où des groupes se formaient. C'était comme une constellation sur bitume. Des amas, des planètes constituées de filles ou de garçons. La cour était divisée en territoires qui ne se recoupaient pas. D'invisibles lignes que l'on ne franchissait pas.
samedi 12 septembre 2015
J'aurais pas cru
L'autre matin, je patientais dans la cuisine attendant que le thé soit moins fumant. La radio était allumée mais je n'y prêtais pas attention. Ne rien penser mobilisait toutes mes ressources. Je me contentais de regarder ce qui m'entourait. Tous ces objets que l'on trouve habituellement en un tel lieu. Comme l'a dit Boris Vian, un frigidaire, un atomixaire, une cuisinière avec un four en verre, des tas de couverts et des pelle à gâteaux et tout ce qui se cache dans les tiroirs et les placards. Et une table sur laquelle reposaient mes coudes. La confiture, le beurre, des fruits pour faire joli, des bols. Je ne sais par quel cheminement, je me suis demandé combien de petits déjeuners j'avais pu prendre dans cette cuisine. Par un calcul qui n'avait rien de savant, j'en suis arrivé au nombre de huit mille. Je me suis ensuite demandé combien de temps cela avait-il bien pu me prendre. A l'aide de multiplications et de divisions j'ai obtenu 2666 heures soit 111 jours. Ce qui m'a épaté, c'est que j'ai pu m'assoir huit mille fois à la même place et d'être incapable de me souvenir d'un petit déjeuner en particulier. Ma mémoire n'a rien retenu alors qu'il est communément admis que c'est le moment le plus important de la journée. Peut-être parce que je suis toujours seul face à mon bol. Que peut-on retenir de la solitude matinale?
jeudi 10 septembre 2015
Tracer
La frontière. Jusqu'ici c'était un ensemble de traits sur une carte. Des
traits qui serpentaient. D'autres tirés à la règle. Selon des règles
coloniales, géographiques, culturelles, hasardeuses. Comme un puzzle. Je
me souviens des cartes muettes qu'il fallait compléter, qui me
laissaient sans voix. Écrire des noms de pays dans ses frontières. J'ai
longtemps cru que les pays étaient prisonniers ou respectueux de leurs
frontières. Il peuvent les repousser, les abolir, les ignorer et même
les violer. Violer une frontière. Ça consiste en quoi, violer une
frontière? Passer en force. Faire fi de l'intégrité. C'est s'affranchir
du respect de l'autre pour l'asservir ou plus radicalement pour le faire
disparaître. Et pourtant, quoi que l'on fasse, on finit par se
rétablir, par être rétabli dans ses frontières. Parfois, peu sûr de soi,
peureux, paranoïaque, étriqué, on double la frontière d'un mur. Un mur
pour ne pas voir. Pour ne pas voir l'autre, pour ne pas voir la vie,
pour étouffer son souffle. Un mur qui serpente et s'enroule autour de la
liberté pour la broyer. Mais rien n'est jamais définitif, ni
l'oppression ni la souffrance. Il suffit parfois d'un peu de musique
pour que le mur s'écroule. Il arrive que les frontières frémissent,
qu'elles soient emportées par une irrépressible envie de liberté. La
frontière devient nomade, voire hésitante. Elle se reforme ailleurs.
Plus loin, plus près de notre destin.
Il arrive que la frontière soit naturelle. Elle symbolise peut-être le mieux l'autre côté, l'au-delà, un là-bas dont la nature nous a séparé. Un jour, cela ne faisait qu'un mais nous ne devions pas encore être là. Pouvons-nous l'imaginer, l'envisager? Pendant longtemps nous nous en sommes fait toute une montagne. Elle est parfois liquide, faite de vagues, probablement nées sur un autre rivage, qui s'échouent sur nos plages. Par endroit, les marées grignotent les falaises qui avec le temps s'affaissent. Nous essayons bien de construire des digues sans pour autant être convaincus. Mais nous avons tellement besoin d'être rassurés, de nous persuader que la meilleure solution est de résister.
Je me souviens de 89. Le mur s'ouvrait et laissait passer. Une frontière idéologique érigée pour s'isoler de la liberté. Il n'était question d'aucun flux migratoire, d'aucune invasion, d'aucun quota. La joie et l'allégresse se partageaient. Sourires et bras ouverts. Pourtant, je me souviens que dans nos esprits, cette frontière faite de parpaings était entrée dans la normalité, comme une fatalité historique. Il est étonnant comme ces régimes totalitaires pouvaient nous sembler installés pour longtemps. Et pourtant leur violence n'avait d'égale que leur fragilité, leur précarité. Dès l'instant où le peuple ne vis plus dans la crainte, dès l'instant où il n'a plus peur, la tyrannie se désagrège.
Il arrive que la frontière soit naturelle. Elle symbolise peut-être le mieux l'autre côté, l'au-delà, un là-bas dont la nature nous a séparé. Un jour, cela ne faisait qu'un mais nous ne devions pas encore être là. Pouvons-nous l'imaginer, l'envisager? Pendant longtemps nous nous en sommes fait toute une montagne. Elle est parfois liquide, faite de vagues, probablement nées sur un autre rivage, qui s'échouent sur nos plages. Par endroit, les marées grignotent les falaises qui avec le temps s'affaissent. Nous essayons bien de construire des digues sans pour autant être convaincus. Mais nous avons tellement besoin d'être rassurés, de nous persuader que la meilleure solution est de résister.
Je me souviens de 89. Le mur s'ouvrait et laissait passer. Une frontière idéologique érigée pour s'isoler de la liberté. Il n'était question d'aucun flux migratoire, d'aucune invasion, d'aucun quota. La joie et l'allégresse se partageaient. Sourires et bras ouverts. Pourtant, je me souviens que dans nos esprits, cette frontière faite de parpaings était entrée dans la normalité, comme une fatalité historique. Il est étonnant comme ces régimes totalitaires pouvaient nous sembler installés pour longtemps. Et pourtant leur violence n'avait d'égale que leur fragilité, leur précarité. Dès l'instant où le peuple ne vis plus dans la crainte, dès l'instant où il n'a plus peur, la tyrannie se désagrège.
lundi 7 septembre 2015
Pas tant que ça
Depuis quelque temps le monde politique s'éclate. Le monolithique a disparu. Il y a encore des chefs, des chefs élus, des chefs autoproclamés, des chefs faute de mieux, des chefs pourquoi pas, des chefs en attendant. Ils semblent tous être des chefs en quête de légitimité, des chefs à l'autorité éparpillée, des chefs qui courent après d'autres chefs. Tout cela pour dire que l'on ne sait plus très bien ni quoi ni qu'est-ce alors que tout un chacun a besoin de repères, de constance au risque d'avoir cette désagréable impression que tout lui échappe.
Heureusement il y en a au moins un qui répond à notre besoin de continuité et ce avec une louable et remarquable constance. Même s'il ne manque pas une occasion de nous dire qu'il a changé je suis a chaque fois rassuré par le fait qu'il parle sûrement de sa chemise car pour le reste...
Ainsi, invité à une bucolique université, son intervention me rassura, m'apaisa car je dois avouer qu'à chacune de ses apparitions je ressens malgré tout cette angoisse de découvrir qu'il ait un tant soit peu changé. Mais là, non, égal à lui même. Malgré tout, je ne cacherais pas qu'il est un domaine où sa constance me laisse pantois, même si elle me réjouit. C'est un homme qui a exercé les plus hautes responsabilités, qui a côtoyé les grands de ce monde, qui a représenté notre pays par delà le monde, qui a lu des discours écrit par ce cultivé et intransigeant Henri Gaino, qui est avocat, qui fait des conférences devant des parterres de décideurs de tous poils et qui aspire à redevenir ce qu'il a été mais en mieux. Et pourtant, c'est un homme qui ne maîtrise qu'imparfaitement cette langue qui devrait lui être maternelle. Comme il s'est présenté à ce rassemblement politique sans discours écrit, les mains dans les poches, sans se donner la peine de préparer puisqu'il allait parler de l'immigration et du front national, sujet qu'il maîtrise, ça n'a pas manqué. Il nous a offert un dérapage syntaxique du plus bel effet et pour le moins acrobatique. Ce qui donna "Ya quelque chose que je suis très attaché..." Il est vrai que cela ne nous empêcha pas de comprendre ce qu'il a voulu dire. N'est-ce pas là l'essentiel, cette phrase se terminant par "La France a toujours été du côté des dictateurs".
Heureusement il y en a au moins un qui répond à notre besoin de continuité et ce avec une louable et remarquable constance. Même s'il ne manque pas une occasion de nous dire qu'il a changé je suis a chaque fois rassuré par le fait qu'il parle sûrement de sa chemise car pour le reste...
Ainsi, invité à une bucolique université, son intervention me rassura, m'apaisa car je dois avouer qu'à chacune de ses apparitions je ressens malgré tout cette angoisse de découvrir qu'il ait un tant soit peu changé. Mais là, non, égal à lui même. Malgré tout, je ne cacherais pas qu'il est un domaine où sa constance me laisse pantois, même si elle me réjouit. C'est un homme qui a exercé les plus hautes responsabilités, qui a côtoyé les grands de ce monde, qui a représenté notre pays par delà le monde, qui a lu des discours écrit par ce cultivé et intransigeant Henri Gaino, qui est avocat, qui fait des conférences devant des parterres de décideurs de tous poils et qui aspire à redevenir ce qu'il a été mais en mieux. Et pourtant, c'est un homme qui ne maîtrise qu'imparfaitement cette langue qui devrait lui être maternelle. Comme il s'est présenté à ce rassemblement politique sans discours écrit, les mains dans les poches, sans se donner la peine de préparer puisqu'il allait parler de l'immigration et du front national, sujet qu'il maîtrise, ça n'a pas manqué. Il nous a offert un dérapage syntaxique du plus bel effet et pour le moins acrobatique. Ce qui donna "Ya quelque chose que je suis très attaché..." Il est vrai que cela ne nous empêcha pas de comprendre ce qu'il a voulu dire. N'est-ce pas là l'essentiel, cette phrase se terminant par "La France a toujours été du côté des dictateurs".
Repos
Je perçois le bruit et la fureur des jours qui s'entassent dans le fracas des souvenirs métalliques. Si parfois la mouvance de la vie me fait peur, je goûte la rémanence des souvenirs qui me semblent encore si proches. Ce sont des échos caressants. Ils assèchent le chagrin des profondeurs.
dimanche 6 septembre 2015
Observations
C'était un matin. Un de ces matins que je n'avais pas vécus depuis plusieurs mois. Sur le quai j'attendais le métro. Comme sortis de je ne sais où, partout, comme une invasion concertée, des jeunes. Des filles et des garçons. Si ce fut le cas à une certaine époque, la confusion des sexes n'est aujourd'hui plus possible même si... J'attendais donc, peut-être encore plus conscient du temps qui me séparait d'eux. Sans trop savoir pourquoi, je me suis demandé si nous étions prêts à accueillir toute cette jeunesse qui envahissait notre espace. Garçons qui se bousculaient et jeunes filles boudeuses. Peut-être qu'une répartition reposant sur des quotas régionaux permettrait une prise en charge plus équitable. Toujours est-il que le métro a fini par arriver. Comme sur tous les quais français, le flot des sortants lutta contre celui des entrants. Ceci fait, je pris place. Ma principale occupation dans les transports en commun étant l'observation, j'observais. Sur la gauche, trois jeunes filles. Debout, formant un triangle mouvant, elles parlent. J'hésite à écrire qu'elles se parlent. Elles ont de commun une façon d'être qu'il n'est pas aisé de décrire, qui se retrouve dans la posture, les gestes. Elles disposent des mêmes accessoires. Chacune est le miroir des autres. Mon attention se porte plus particulièrement sur l'une d'elles. Afin de ne pas prendre le risque de passer pour un pervers pépère, j'adopte le regard léger agrémenté d'un sourire bienveillant. Je m'imagine inoffensif. Cette jeune fille, que j'appellerai Zap, est bien sûr munie d'un sac à main d'une taille respectable ainsi que d'un portable qui tient à peine dans sa main. Elle s'entretient d'abord avec ses deux copines. L'une d'elles décroche rapidement pour offrir toute son attention à son appareil téléphonique. Plus personne n'accole ces deux mots. Il ne s'agit donc plus que d'un dialogue. Dans les faits, c'est un monologue. Zap partage son attention entre celle qui lui parle et son portable. Sans cesse son regard voyage entre le visage qui lui fait face et l'écran qu'elle allume, qu'elle éteint toutes les cinq secondes. Ses lèvres ne bougent pas. Elle finit par ranger son portable dans son sac. Je n'ai pas le temps d'esquisser la moindre pensée qu'elle l'en extrait et allume à nouveau l'écran. Rien d'important semble-t-il. Elle le glisse dans la poche arrière de son pantalon. Peut-être deux secondes ont-elles eu le temps de s'écouler, elle le reprend en main et vérifie au cas où pendant qu'à peu de distance continue le monologue. Arrivé à destination, c'est à regret que je descends.
vendredi 4 septembre 2015
Tracer
La frontière. Jusqu'ici c'était un ensemble de traits sur une carte. Des
traits qui serpentaient. D'autres tirés à la règle. Selon des règles
coloniales, géographiques, culturelles, hasardeuses. Comme un puzzle. Je
me souviens des cartes muettes qu'il fallait compléter, qui me
laissaient sans voix. Écrire des noms de pays dans ses frontières. J'ai
longtemps cru que les pays étaient prisonniers ou respectueux de leurs
frontières. Il peuvent les repousser, les abolir, les ignorer et même
les violer. Violer une frontière. Ça consiste en quoi, violer une
frontière? Passer en force. Faire fi de l'intégrité. C'est s'affranchir
du respect de l'autre pour l'asservir ou plus radicalement pour le faire
disparaître. Et pourtant, quoi que l'on fasse, on finit par se
rétablir, par être rétabli dans ses frontières. Parfois, peu sûr de soi,
peureux, paranoïaque, étriqué, on double la frontière d'un mur. Un mur
pour ne pas voir. Pour ne pas voir l'autre, pour ne pas voir la vie,
pour étouffer son souffle. Un mur qui serpente et s'enroule autour de la
liberté pour la broyer. Mais rien n'est jamais définitif, ni
l'oppression ni la souffrance. Il suffit parfois d'un peu de musique
pour que le mur s'écroule. Il arrive que les frontières frémissent,
qu'elles soient emportées par une irrépressible envie de liberté. La
frontière devient nomade, voire hésitante. Elle se reforme ailleurs.
Plus loin, plus près de notre destin.
Il arrive que la frontière soit naturelle. Elle symbolise peut-être le mieux l'autre côté, l'au-delà, un là-bas dont la nature nous a séparé. Un jour, cela ne faisait qu'un mais nous ne devions pas encore être là. Pouvons-nous l'imaginer, l'envisager? Pendant longtemps nous nous en sommes fait toute une montagne. Elle est parfois liquide, faite de vagues, probablement nées sur un autre rivage, qui s'échouent sur nos plages. Par endroit, les marées grignotent les falaises qui avec le temps s'affaissent. Nous essayons bien de construire des digues sans pour autant être convaincus. Mais nous avons tellement besoin d'être rassurés, de nous persuader que la meilleure solution est de résister.
Il arrive que la frontière soit naturelle. Elle symbolise peut-être le mieux l'autre côté, l'au-delà, un là-bas dont la nature nous a séparé. Un jour, cela ne faisait qu'un mais nous ne devions pas encore être là. Pouvons-nous l'imaginer, l'envisager? Pendant longtemps nous nous en sommes fait toute une montagne. Elle est parfois liquide, faite de vagues, probablement nées sur un autre rivage, qui s'échouent sur nos plages. Par endroit, les marées grignotent les falaises qui avec le temps s'affaissent. Nous essayons bien de construire des digues sans pour autant être convaincus. Mais nous avons tellement besoin d'être rassurés, de nous persuader que la meilleure solution est de résister.
mercredi 2 septembre 2015
tracer
La frontière. Jusqu'ici c'était un ensemble de traits sur une carte. Des
traits qui serpentaient. D'autres tirés à la règle. Selon des règles
coloniales, géographiques, culturelles, hasardeuses. Comme un puzzle. Je
me souviens des cartes muettes qu'il fallait compléter, qui me
laissaient sans voix. Écrire des noms de pays dans ses frontières. J'ai
longtemps cru que les pays étaient prisonniers ou respectueux de leurs
frontières. Il peuvent les repousser, les abolir, les ignorer et même
les violer. Violer une frontière. Ça consiste en quoi, violer une
frontière? Passer en force. Faire fi de l'intégrité. C'est s'affranchir du respect de l'autre pour l'asservir ou plus radicalement pour le faire disparaître. Et pourtant, quoi que l'on fasse, on finit par se rétablir, par être rétabli dans ses frontières. Parfois, peu sûr de soi, peureux, paranoïaque, étriqué, on double la frontière d'un mur. Un mur pour ne pas voir. Pour ne pas voir l'autre, pour ne pas voir la vie, pour étouffer son souffle. Un mur qui serpente et s'enroule autour de la liberté pour la broyer. Mais rien n'est jamais définitif, ni l'oppression ni la souffrance. Il suffit parfois d'un peu de musique pour que le mur s'écroule. Il arrive que les frontières frémissent, qu'elles soient emportées par une irrépressible envie de liberté. La frontière devient nomade, voire hésitante. Elle se reforme ailleurs. Plus loin, plus près de notre destin.
mardi 1 septembre 2015
Tracer
La frontière. Jusqu'ici c'était un ensemble de traits sur une carte. Des traits qui serpentaient. D'autres tirés à la règle. Selon des règles coloniales, géographiques, culturelles, hasardeuses. Comme un puzzle. Je me souviens des cartes muettes qu'il fallait compléter, qui me laissaient sans voix. Écrire des noms de pays dans ses frontières. J'ai longtemps cru que les pays étaient prisonniers ou respectueux de leurs frontières. Il peuvent les repousser, les abolir, les ignorer et même les violer. Violer une frontière. Ça consiste en quoi, violer une frontière?
mardi 25 août 2015
Fin de journée
Écrasé entre la terre et le ciel. Comme un virus l'abandon se répand. Tu m’apparais dans les éclairs. Soubresauts d'une colère qui nous arrache. L'envie, l'envie profonde, l'envie caressante et fraîche, cette envie qui rôde, l'envie qu'à nouveau... La vie semble parfois si lourde. Je me fais l'effet d'un suricate en train de gratter la surface de ma vie à la recherche de souvenirs pour nourrir mes jours. Souvenirs à dévorer. Souvenirs qui me dévorent.
lundi 24 août 2015
Feutre
Le temps nous éloigne. J'ai le souvenir de cet amour. Cela me paraît pourtant si lointain. Comme de la poussière dans le vent. Dans un scintillement, il traverse la lumière. J'entends ces notes. Elles étaient si appliquées. Incertains, je revois tes doigts effleurant le blanc et le noir. Une découverte inachevée. La vie n'a pas pris le temps d'hésiter.
samedi 22 août 2015
C'est possible
La journée était terminée. Elle était en train de se terminer. La gare était dans mon dos. Le dernier train n'allait pas tarder. C'est le moment où tout est dernier. J'attendais de repartir. Je regardais comme ça, sans penser à rien. Ce qui se passait me suffisait. Et puis une jeune fille a déclenché ma caméra du souvenir. C'est son allure générale qui m'a fait supposer que c'était une jeune fille. Elle marchait sur le trottoir. Elle allait certainement quelque part. Elle semblait pressée ou peut-être décidée. Moi qui ne sais jamais trop, j'ai tendance à être fasciné par les personnes qui donnent toujours cette impression de savoir où ils vont dans la vie. Elle faisait partie de cette catégorie. Elle avançait d'un pas décidé. Son bras gauche formait un angle droit dans le creux duquel se balançaient les deux anses d'un sac de bonne taille. Dans la main du même bras se lovait un portable qu'un fil souple reliait aux oreilles qui se dissimulaient dans une chevelure ondulant dans le mouvement. Le tout donnait une impression d'urgence. Elle n'avait pas une seconde à perdre, à donner à ce qui n'était pas son monde, à ce qui n'était pas immédiat. Sa vie était maintenant, dans les quelques secondes à venir. Et puis, elle est arrivée à un carrefour. Le petit bonhomme était rouge. Elle s'est arrêtée et a attendu qu'il devienne vert. De la voir ainsi immobile, ne serait-ce que quelques secondes, m'a fait un bien immense. J'étais comme soulagé, enveloppé d'un souffle de sérénité. C'était reposant de constater qu'elle pouvait parfois prendre le temps d'attendre.
mercredi 19 août 2015
Ma vie au burlingue, c'est dingue.
Après toutes ces années je viens de me rendre compte que je ne connais pas les personnes avec qui je travaille. Cette remarque peut paraître bien naïve.
L'autre matin, un collègue, que nous appellerons Robert pour préserver son anonymat, se présente dans le bureau que j'occupe, dans lequel j'accomplis avec plus ou moins d'intensité un certain nombre de tâches. Cela faisait quelques jours que j'étais revenu de vacances mais j'en portais encore les stigmates, notamment sur le visage. Bien que cela aille bien à mon teint, je n'aime pas revenir bronzé des vacances. Cela permet de s'épargner des remarques convenues qui me fatiguent. Donc, Robert, avec qui j'échange épisodiquement des "bonjour comment ça va" et dont mutuellement nous n'avons que faire de la réponse, me lance "Dis donc, t'es bronzé. T'as mis une chemise blanche. T'es malin. C'est pour attirer les femmes." Sur le moment j'ai eu envie de lui répondre qu'au moins à l'évidence j'attirais la connerie mais allez savoir pourquoi, je me suis abstenu. Et là, je ne sais pas ce qui m'a pris, probablement histoire d'être convivial et avenant je commence à lui raconter ma vie. Je lui dis qu'en prenant le bus j'ai l'impression d'être le seul qui soit parti en vacances car aucun des autres passagers n'est bronzé. Ce à quoi, petit sourire entendu, il me répond qu'il y a des bronzés mais qu'eux ne veulent pas repartir, qu'ils s'incrustent parce que chez nous il y a toujours des allocs à gratter. Comme il semblait vouloir "faire" dans la modération et le respect, je me lève, fais le tour du bureau et je lui mets un coup de boule et je reprends place. C'est du moins ce que j'ai eu envie de faire. Je suis simplement resté silencieux. Il a attendu quelques secondes et il est parti. Avant qu'il ne passe la porte je lui ai demandé de faire attention au soleil.
L'autre matin, un collègue, que nous appellerons Robert pour préserver son anonymat, se présente dans le bureau que j'occupe, dans lequel j'accomplis avec plus ou moins d'intensité un certain nombre de tâches. Cela faisait quelques jours que j'étais revenu de vacances mais j'en portais encore les stigmates, notamment sur le visage. Bien que cela aille bien à mon teint, je n'aime pas revenir bronzé des vacances. Cela permet de s'épargner des remarques convenues qui me fatiguent. Donc, Robert, avec qui j'échange épisodiquement des "bonjour comment ça va" et dont mutuellement nous n'avons que faire de la réponse, me lance "Dis donc, t'es bronzé. T'as mis une chemise blanche. T'es malin. C'est pour attirer les femmes." Sur le moment j'ai eu envie de lui répondre qu'au moins à l'évidence j'attirais la connerie mais allez savoir pourquoi, je me suis abstenu. Et là, je ne sais pas ce qui m'a pris, probablement histoire d'être convivial et avenant je commence à lui raconter ma vie. Je lui dis qu'en prenant le bus j'ai l'impression d'être le seul qui soit parti en vacances car aucun des autres passagers n'est bronzé. Ce à quoi, petit sourire entendu, il me répond qu'il y a des bronzés mais qu'eux ne veulent pas repartir, qu'ils s'incrustent parce que chez nous il y a toujours des allocs à gratter. Comme il semblait vouloir "faire" dans la modération et le respect, je me lève, fais le tour du bureau et je lui mets un coup de boule et je reprends place. C'est du moins ce que j'ai eu envie de faire. Je suis simplement resté silencieux. Il a attendu quelques secondes et il est parti. Avant qu'il ne passe la porte je lui ai demandé de faire attention au soleil.
mardi 11 août 2015
lundi 10 août 2015
A bicyclette (2 et non bleue)
Je fais amende honorable. Dans cette vidéo je porte un jugement quelque peu définitif sur la bourgade d'Orio. Comme souvent, j'ai parlé trop vite. Orio est divisée en deux, une partie vieille ville, que j'ai découverte le lendemain, tout à fait typique et une partie balnéaire de facture récente qui ressemble à la grande Motte mais sans la Motte ou peut-être serait-il plus judicieux de parler de petite Motte.
Cette fois-ci, sans faute, la suite et fin demain.
Pince-moi
Ce soir là je suis rentré tard. C'était déjà demain. Je revenais d'ailleurs où j'avais rencontré l'envers du décor. Ce n'était pas la première fois mais à chacune de ces fois je décelais dans certains regards la conscience. Cette conscience qui provoque le désespoir, qui l'espace d'un voile s'enfonce dans le cœur. Ce soir là je retrouvai ma demeure sans avoir tout oublié. La faim s'imposa comme une transition. Mon choix se porta sur des lentilles. Agrémentées de sauce tomate j'en fis un plat qu'il ne me serait pas venu à l'esprit d'échanger. Tout en les portant à ma bouche je regardai bêtement l'écran. Dehors la nuit brillait dans un coin. J'ai fini par monter. Expression à tiroirs. J'ai ouvert la porte de la chambre qui se trouve au bout du couloir. Dans l'angle le plus éloigné une lumière offrait un éclat contenu, abandonnant le reste de la pièce à l'oubli. Je me suis approché du lit et de l'incertitude. Dans l'enchevêtrement des étendues froissées, je vis l'origine du monde. Devais-je en être étonné? Comme déposée dans le sommeil. Je ne sais pourquoi, je fermai les yeux. Je perçus un frôlement. Ouvrant à nouveau les yeux, comme dans un vide lointain, m'apparut la face cachée. Tout à ma perturbation, je posai mes petites fesses sur le lit qui, certainement aussi ému que moi, s'affaissa sans regret. Sortant d'une émergente douceur, l'origine du monde me chuchota " C'est le pied".
jeudi 6 août 2015
A bicyclette (1)
Il s’agit d’une
première série de vidéos qui s’intègre dans un ambitieux projet qui a pour
objectif de proposer des informations sur les parcours vélo que j'effectue ici et là. Réalisé sans préparation, c'est encore quelque peu hésitant, imprécis. Dans la première vidéo, le bruit peut faire penser à des avions qui décollent mais ce ne sont que des automobiles qui passent. Avec les lunettes je ressemble à une grosse mouche mais une mouche qui pédale. La suite demain.
mercredi 5 août 2015
Dur comme
J'allais écrire "Dans notre vie" mais réflexion
faite, je vais m'en tenir à la mienne. Ma vie est composée de constantes. Des
constantes de toute nature. Des plus communément partagées aux plus intimes et
que l'on imagine personnelles. Je ne vais pas cette fois-ci entrer dans les
détails tout en me concentrant sur un détail. J'utilise ce mot avec prudence.
Ce détail est un verbe. Le verbe faire. Cela fait longtemps que je veux écrire
à son sujet et allez savoir pourquoi j’ai toujours repoussé à plus tard. Alors
pourquoi maintenant et pas plutôt plus tard ? De fait, le vase était
plein. Dès ma plus tendre enfance, a-t-elle été si tendre, ma vie a été traversée par le verbe faire et ce qui gravite autour. A titre d'exemple : mais qu'est-ce que tu fais, est-ce que tu l'as fais, tu comptes le faire quand, qu'est-ce qu'on va faire de toi, t'as pas mieux à faire, c'est pas moi qui vais le faire, t'as pas fini de faire l'andouille, fais attention et tant d'autres. Pour certains de nos contemporains, faire est un idéal de vie. Faire c'est vivre et inversement. Nous en connaissons tous. Pour ce qui me concerne, j'ai un collègue de bureau qui fait partout et tout le temps. Il ne part pas en vacances, il ne visite pas, il ne se promène pas, il ne mange pas mais il a fait l'Espagne, il a fait l'Italie, il a fait le musée du Louvre, il a fait l'exposition Picasso, il a fait les Alpes à pieds, il a fait la traversée du Quercy, il s'est fait un couscous, il a fait un gueuleton. Et il veut toujours savoir ce que tu as fait pour pouvoir te dire "Moi aussi je l'ai fait." Ainsi, l'autre matin, découvrant ma bouille bronzée, il en conclut finement que je reviens de vacances. Je vous épargne tous les poncifs préliminaires pour en venir, enfin, aux faits. Il me demande où je suis allé. Je lui donne l'information et là c'est un festival de est-ce que t'as fait ci, est-ce que t'as fait ça? A chaque fois je lui réponds non et je sens bien qu'il a envie de me dire "Mais qu'est-ce que t'as foutu?" Je lui réponds même s'il ne m'a pas posé la question la question.
"Tu sais Robert, je préserve son anonymat, si je pars en vacances c'est pour ne rien faire. Je ne fais pas de visite, je ne fais pas de musée, je ne fais pas de découverte, tout ce qui est typique m'emmerde, je ne fais pas connaissance avec l'autochtone, je ne fais aucun effort, je ne m'intéresse à rien. Je vais même te dire, je ne fais tellement rien que je n'ai aucun souvenir de vacances, c'est à peine si je me souviens où je suis allé. Et quand je te dis rien, c'est que je n'ai vraiment rien fait. Et pourtant y avait à faire. Rien que sur la plage que je voyais de ma chambre, il y avait des centaines de nanas avec autant de chattes offertes entre des cuisses écartées et le double de nibards qui s'étalaient impudiques et luisants. Et bien aussi incroyable que ça puisse paraître, je ne m'en suis pas fait une seule. Je vais te dire, ça ne me faisait même pas bander. Je ne me suis même pas fait une petite branlette. Il faut que tu saches qu'en règle générale, dans la vie je ne fais rien et que je ne fais rien de ma vie. Alors évite de me faire chier avec tes questions".
Il est sorti du bureau sans un mot.
lundi 3 août 2015
De Marseille
J’ai le souvenir
d’avoir longuement couru ce matin-là. J’avais laissé au jour à peine le temps de
se pointer et j’étais sorti. Un peu plus tôt, je m’étais extirpé de mon lit avec difficulté.
Poser les deux pieds sur le parquet nécessitait à chaque fois la mobilisation
des restes éparpillés d’une volonté qui depuis déjà longtemps chancelait. Après avoir revêtu les attributs du coureur à pied et bu quelques verres d'eau, j'ai entamé les premières foulées sur le bitume. Le ciel était cru. Le soleil rayait encore faiblement le bleu. Dans toute sa perspective, la rue était vide. Les oiseaux interrompaient le silence. Et le temps passa. Peut-être l'esprit ailleurs, je constatai que j'avais couru deux heures. De la tête aux pieds les gouttes s'écoulaient et finirent par former une flaque sur le carrelage. Je n'allais pas tarder à avoir froid. Mais pourquoi avoir couru si longtemps alors qu'une heure aurait largement suffi? Gardant short et maillot, je me retrouvai sous la douche. J'allais laver textile et corps. Avant d'esquisser le moindre geste, je profitai du plaisir de l'eau chaude. Pour qui pratique un sport, chacun sait que la douche est le meilleur moment de l'effort. Je pris le temps de savonner assez longuement maillot et short qui s'imprégnaient de la douceur des bulles dont certaines entamaient une descente qui les mènerait à mes pieds. Est-ce une sensation particulière, je me lançais par surprise dans une séance de pleine conscience. Avec lenteur, je prenais conscience de la mousse. Je le sentais, elle était vivante. Les yeux fermés, je m'imprégnais de sa progression. Elle rendait le temps glissant. Elle se mouvait comme une caresse progressive. Chaque partie de mon corps se laissait aller à sa possession. Ma conscience l'y encourageait. La chaleur de l'eau continuait de se propager. J'étais pleinement là, entier avec cette sensation de déborder de l'espace. Mon corps se fondait dans l'épaisseur. Mon esprit semblait me regarder comme s'il avait lui aussi l'envie d'être savonné. Comme si elles n'étaient que de passage et qu'elles souhaitaient découvrir, mes mains semblèrent sortir de l'engourdissement. N'ayant jamais été aussi près de ce que je cherchais, ma conscience vint à mon aide pour prolonger l'immobilité. Je parvins à l'équilibre qui permet de disposer de soi, d'échapper à l'entrave du quotidien. N'ayant pourtant décelé aucun mouvement, je sentis ce que j'identifiai comme des doigts me parcourir le torse, glisser sur mon ventre. La douceur de ma peau s'incrustait, se prolongeait. Ils se déplacèrent jusqu'à mes épaules, se rassemblèrent jusqu'à former une ondulation apaisante. Emportés par la pente, ils se répandirent dans un massage dorsale. J'avais l'impression de fondre, d'être un liquide suspendu par la seule volonté d'un sculpteur magnétique. Mes mains le long du corps ne bougeaient toujours pas. Je n'avais plus qu'un désir. Que ces doigts, peu m'importait à qui ils appartenaient, continuent leur progression.
Ailleurs une porte s'ouvrit et ploc fit la bulle.
Ailleurs une porte s'ouvrit et ploc fit la bulle.
jeudi 30 juillet 2015
Un portrait
Je vis avec ma douleur. Ainsi pense l'homme assis dans le parc. Une douleur qui partage mes jours et mes nuits. Il est encore vieux. Elle m'accompagne depuis ce jour. Il sourit à moins que ce ne soit que des rides. Ma douleur est un diamant. Ses mains reposent sur ses genoux. Elle brille dans la nuit, le temps est impuissant à l'adoucir. Elles semblent sur le point de trembler. Parfois elle se fait discrète. Son dos forme une courbe douce. Elle s'abat comme le silence. Son crâne est parsemé de taches lunaires. Elle surgit au détour d'une pensée. Le regard fixe, il ne regarde rien. Je ne la repousse pas. Dans ses yeux coulent les reflets de la fatigue. Elle sera mon dernier signe de vie. Il navigue dans l'oubli comme un navire abandonné en bout de quai. Je n'ai jamais quitté cet instant. Il est retranché dans un manteau noir. Des images restituent le chaos. L'envie s'est assoupie au plus profond de sa vie.
Ses sentiments sont comme la lave qui se refroidit en s'éloignant du cratère et finit par se figer. Les formes assombries laissent deviner la force et la chaleur qui se précipitaient. Ce ne sont plus que des rides qui ont durci. Elles ne sont pas dénuées d'une certaine beauté que le temps leur a offert. Il a laissé la parole s'échapper. Jour après jour il en a perdu l'usage. Le lien s'est effacé jusqu'à la solitude. Depuis ce jour, il offre l'illusion de l'eau claire, cette impression de sérénité que donne un corps qui se coule dans le jour. Sa vie est devenue l'attente du dernier. Un édifice qui s'effondre sans fin.
Ses sentiments sont comme la lave qui se refroidit en s'éloignant du cratère et finit par se figer. Les formes assombries laissent deviner la force et la chaleur qui se précipitaient. Ce ne sont plus que des rides qui ont durci. Elles ne sont pas dénuées d'une certaine beauté que le temps leur a offert. Il a laissé la parole s'échapper. Jour après jour il en a perdu l'usage. Le lien s'est effacé jusqu'à la solitude. Depuis ce jour, il offre l'illusion de l'eau claire, cette impression de sérénité que donne un corps qui se coule dans le jour. Sa vie est devenue l'attente du dernier. Un édifice qui s'effondre sans fin.
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