dimanche 12 mai 2013

Discours anniversaire 50 ans Jamal


Cher Jamal si tu me permets de t'appeler Jamal, Fabienne a voulu te faire une surprise en invitant des gens pour fêter ton anniversaire. Sa première idée était de passer la soirée en amoureux mais comme elle me l'a confié, deux heures en tête à tête avec toi ça risquait d'être long et puis avec les participations ça permet de répartir les frais pour le cadeau d’anniversaire et peut-être même de faire un bénéfice.

Je dois t'avouer que j'ai écrit ce texte par devoir et non par plaisir. En effet, il y a dix ans, lorsque tu as fêté tes 50 ans, tu m'avais reproché de ne pas avoir écrit de discours à cette occasion. Donc, pour être tranquille et ne pas en reprendre pour 10 ans de reproches feutrés, c'est avec mes petits doigts que j'ai tapé sur les touches du clavier.

A propos de touche, j'ai longtemps cru que notre première rencontre avait eu lieu sur un terrain de foot-ball. Mais tel ne fut pas le cas. Nous nous sommes rencontrés un jour qu'Agnès fêtait ses 30 ans. Je ne me souvenais pas que cela faisait si peu de temps. Quand je dis rencontrés, il serait plus juste de dire croisés ou aperçus car en cette soirée Fabienne, qui est d'habitude si mesurée, "c'est la tempérance même" me confiait récemment Pierre, pour une raison que l'on ne s'explique toujours pas, se précipita sur la sangria et avant même que ne craquent les premières chips, à coups d'avides gorgées se mit le cervelet en vrac, perdant ainsi rapidement la notion de ligne droite et tu fus, Jamal, obligé d'organiser un rapatriement d'urgence.

Comme tu peux le constater, même dans mes discours les femmes sont envahissantes, alors revenons à toi. Les textes que j'écris, notamment pour des anniversaires, sont toujours l'occasion de me demander quelle est la place du récipiendaire dans mon environnement. Et bien Jamal, je dois t'avouer que tu tiens une place essentielle dans ma vie et que tu m'es précieux. Comme tu le sais, cela fait déjà bien longtemps que je ne suis plus de droite, ce depuis le jour où, avec mon mange-disques, j'ai écouté Michel Sardou chanter "Si les ricains n'étaient pas là". Ce fut comme une révélation. En un éclair, j'étais devenu de gauche mais, au moins au début, à mon insu. Quand je dis de gauche, que l'on se rassure, je parle de gauche de bon aloi, de cette gauche de loin, de cette gauche pensante, de cette gauche moelleuse. Malgré tout, pendant de nombreuses années, j'ai senti comme un manque. Je pensais avoir tous les attributs du citoyen de gauche, à savoir la conscience, l'indignation, l’empathie, l'humour, la finesse, l'intelligence, le charme. C'est quand je t'ai vu que j'ai compris ce qui me manquait. Un immigré. Alors que Le Pen pouvait dire qu'il n'était pas raciste la preuve en était qu'il comptait parmi ses amis un avocat africain, moi pourtant défenseur acharné des minorités opprimées, je n'avais que des blancs dans mon entourage. Tu es en quelque sorte notre immigré pour tous. C'est pourquoi je tenais à te remercier pour m'avoir permis d'être un homme de gauche épanoui.

Mais Jamal tu n'es pas qu'un immigré. Ainsi que me l'avouait Fabienne, arborant un sourire gourmand, tu es un homme complet. Malgré les handicaps liés à ta condition, maîtrise approximative du français, accent ne laissant aucun doute sur tes origines, pratiques dites culturelles étranges comme celle qui consiste à s’exhiber nu dans les sous-bois et à se faire prendre en photo par une bande de pervers, tu as non seulement réussi à t'intégrer, avec quelques adaptations il est vrai, mais en plus tu as su tirer profit des facilités qui t’étaient offertes pour devenir médecin. Ce n'était pas gagné car qui aurait cru qu'un jour une cauchoise accepte de se faire tripoter le périnée par quelqu'un se prénommant Jamal. Je ne vous le fais pas dire. Qui, passant devant cette luxueuse demeure bourgeoise pourrait imaginer qu’elle appartient à un ancien boat-people. Des envieux font remarquer que dans Afrique, continent qui t’a vu naître, il y a frique. Comme le disait Bobby Fisher "Ce n'est pas parce que l'on est mate que l'on est voué à l'échec."

Mais Jamal, tu n'es pas qu'un esprit, tu es aussi un corps qui, m'a-t-on dit, ne fait pas que des envieuses. Fut une époque où nous fréquentions le même vestiaire. En ce temps là, sans que, de mon point de vue, cela soit le moins du monde justifié, tu jouais en équipe première et moi en réserve. Autant sur le principe je suis pour l’intégration autant pour ce qui est de son application je ne suis pas opposé à ce que l’on fixe des limites. J’ai donc à de nombreuses reprises pu t’observer notamment parcourant le chemin menant à la douche. J’ai déjà à plusieurs reprises évoqué ce moment particulier de la douche entre hommes, de cette virilité qu’enveloppe la vapeur, de ces corps qui dans la chaleur moite se relâche, de cet abandon que provoque la fatigue musculaire, de cette simplicité provocante, de ces regards furtifs qui cherchent à se rassurer en minimisant les différences car tous ces mâles transpirants le constataient, même si elle est du nord tu es né en Afrique. D’ailleurs, comme me le faisait remarquer Christel, dans Afrique n’y a-t-il pas « que » ?  Pour ce qui est de Fabienne, elle ne fut pas toujours, au cours de ces années, sensible à cette particularité, préférant un Jamal plus féminin qui aurait consacré davantage de temps pour s’occuper des enfants.

Mais comme chacun le sait, quand bien même j’utiliserais tous les mots de toutes les langues, toutes les phrases de tous les romans, toutes les images de tous les films  je ne pourrais dessiner qu’une vague esquisse de ce que tu es, des émotions qui me traversent quand je pense à toi, quand je vois ton sourire, quand je t’entends parler fort pour raconter une blague qui ne fait rire personne, quand se dessine sur ton visage cette attention que tu me prêtes, que tu me donnes les rares fois où j’ai quelque chose à dire. Je me contenterais de te dire, une fois sorti de la douche et rhabillé, Jamal, je t’aime.     

vendredi 10 mai 2013

Discours 50 ans



Chère Valérie, si tu me permets de t’appeler Valérie, c’est le 14 mai que tu rajouteras deux chiffres au bout de la ligne, le premier de la ligne étant un 1, qui a laissé peu de traces dans les mémoires, d’autant qu’il a rapidement laissé place au 2 qui lui-même…et c’est aujourd’hui que tu fêtes cette moitié d’un. Si je ne précise pas la moitié d’un quoi, c’est que tu n’es certainement pas pressée d’arriver au bout de la ligne, ce jour où la ligne sera coupée.
Mes propos sont peut-être brutaux mais pour tout te dire je n’avais pas envie de venir pas plus que d’écrire ce texte. Apprenant cela, Hervé, de chez Hervé et Véronique, m’a appelé en me disant « viens, tu vas voir on va se marrer, c’est moi qui m’occupe de l’animation ». Je ne sais pas vous mais pour ce qui me concerne, Hervé ne m’a jamais fait rire mais comme j’ai bon cœur je lui ai dit que je viendrai à condition qu’il m’aide à écrire ce texte. Résultat, c’est lui qui en a écrit les 9/10ème.
Donc pour en revenir au sujet du jour, tu as souhaité fêter ton anniversaire. Pourtant, nous ne sommes pas encore le 14, mardi d’une autre année où tu poussas ton premier cri. Pendant ce temps là, encore bien au chaud, en gestation, Olivier attendait son heure. Comme un signe annonciateur de sa future orientation professionnelle, il fit son apparition dans le monde un dimanche. Mais d’après ce que j’ai pu apprendre, tu as toujours été en avance. Ainsi Olivier m’a raconté que très tôt, en 69 pour être précis, tu as abandonné les poupées pour les sucettes à l’anis. A propos de sucette, quelque temps plus tard tu rencontras Olivier qui m’a confié qu’à l’époque, faute de mieux, il sautait des haies. Pour toi, il a laissé tomber sa ligne d’arrivée qui trop souvent ressemblait à l’horizon, pour ensemble prendre un autre départ. Et, comme un titre de film, sont arrivés Betty, Eliot. Ainsi que me l’a confié Hervé, ces enfants ont le charme de leur mère et le nom de leur père.

Je vais revenir sur ta brillante carrière professionnelle qui a fait de toi une femme de lettres. Tu commenças par la CPAM où tu travaillas comme une malade. C'est entre deux piles de feuilles maladie que tu rencontras Véronique plus connue dans le milieu sous le pseudonyme d’Améli. Ensuite, devenue adepte des quatre lettres, tu pris de la hauteur pour intégrer la CRAM, lieu si j’en crois Hervé où les femmes sont chaudes. Années de CRAM au cours desquelles tu as inlassablement sillonné les routes de la région, traquant sans répit jusqu'au fin fond des villages les entreprises qui s'y tapissent et dans  lesquels prospèrent les alcooliques, les drogués en tous genres et autres syphilitiques. Tablant sur le slogan « Il vaut mieux prévenir que guérir » tu débarquais avec tes caisses de préservatifs et ton régime de bananes, avec tes photos de foies hypertrophiés et spongieux. Mais lasse de te retrouver face à des auditoires avinés aux regards torves et libidineux, tu décidas de te lancer dans la communication institutionnelle. Résolument offensive, novatrice et trouvant Karen quelque peu planplan, comme le dis Rocco Sifrédi, tu pris résolument les choses en main. Ta première décision fut de changer le nom de l’institution  qui devint la CARSAT ce qui, de l’avis de tous et même si l’anagramme est tracas, permis de se faire une idée plus précise de ses missions. Et à partir de là, plus rien ne t’arrêta. Tu décidas de relever l’âge de départ à la retraite, de ne plus indexer les retraites sur le taux d’inflation, comme une pussyriot de la prévention tu encourageas les femmes à exhiber leur poitrine au cours de déambulations dans les rues de Franqueville tout en soufflant dans des préservatifs, campagne d’information que fort à propos tu intitulas « Même si ça te gonfle, deux en un c'est la santé »  et il se dit dans les couloirs que tu serais en train de préparer quelque chose concernant le montant des cotisations. Bien évidemment, une envieuse qui, selon Karen, est issue du canapé  tenta bien d’entraver ta marche en avant mais en pure perte. Aujourd’hui l’indice de notoriété des six lettres est en passe de rejoindre celui de Coca-cola.
Retournant dans le passé, j'ai cherché les circonstances de notre première rencontre. Autant je me souviens très bien avoir pris rapidement conscience après notre emménagement que nous étions voisins d'Olivier, ce qui nous astreignait au respect de certaines règles telles que celle du choix de la place de stationnement sous peine de se trouver relégué dans la case des casse-couilles , autant la discrétion de Valérie m'a amené à creuser profondément dans ma mémoire. Et enfin je me suis souvenu. C'était un matin, sous les coups de 8h30, face à l'école, juste au moment où Pascale abordait le trottoir avec son vélo derrière lequel on découvrait une carriole dans laquelle, à la limite du mauvais traitement, brinqueballaient trois pauvres loupiots. Toi, avec d'un côté Betty, de l'autre, ne tenant pas en place, Eliot et au milieu ta jupette en jean. Moi les mains vides et vêtu d'un grand manteau. Je ne sais pas si tu avais eu peur que je te propose des bonbons mais ce n'est pas se jour là que pour la première fois nous avons pris langue. Les enfants ont grandi et un peu plus tard, nous nous sommes retrouvés devant le collège puis un peu plus tard sur le parking du lycée.
Par la suite au gré des projets divers et variés tenant du camp de travail aussi bien que de l’organisation d’amusements collectifs, le temps a passé d’unité en unité, de dizaine en dizaine pour qu’aujourd’hui tu nous apparaisses dans toute la splendeur de ce nouvel âge plein de promesses.

lundi 6 mai 2013

Il y a un an

Il y a un an il nous a dit "Le changement, c'est maintenant". De mon point de vue, le changement a eu lieu puisque François Hollande est devenu président de la République.

samedi 4 mai 2013

Forcément

C'était un matin. Pour être plus précis, c'était hier matin mais dans le cas présent la précision ne présente aucun intérêt. Cela aurait pu avoir lieu un autre matin ou même demain matin. J'étais dans l'abribus et j'attendais le bus. J'étais seul. Je regardais au loin sans discerner l'arrivée prochaine du bus. Pendant quelques minutes j'ai observé les corneilles sur les toits. J'ai déjà remarqué que la corneille commune partage volontiers son espace avec ses congénères ce qui n'est pas le cas par exemple des pigeons qui par ailleurs ont d'autres qualités. Je devrais plutôt utiliser le terme particularité. Et puis mon observation s'est repliée sur l'intérieur de l'abribus. Sur le côté droit, quand on est face à la route, s'offrait au regard une affiche du film Gatsby le magnifique. Après une première vision globale, mon attention a été attirée par la phrase "Par le réalisateur de Roméo et Juliette et de Moulin rouge". Je n'en suis pas fier mais ces deux film n'avaient pas à leur sortie retenu mon attention. Du coup je ne sais pas qui est ce réalisateur. Alors, que fais-je? Je cherche son nom sur l'affiche et...je ne le trouve pas. Je me suis depuis renseigné. Il s'appelle Baz Luhrmann.

Mais ce qui a retenu mon attention dans cette phrase  "Par le réalisateur de Roméo et Juliette et de Moulin rouge" c'est le message qu'elle est censée faire passer. Le passé augure de l'avenir. Un des sommets du bon sens populaire (qui vole un œuf...). Du coup ce film ne retiendra pas mon attention.   

dimanche 28 avril 2013

Discours anniversaire



Avant de commencer la lecture de ce discours, un propos liminaire afin de vous informer que le texte qui va suivre ne contient que 5% de vérité, qu’il se veut quelque peu humoristique, humour enrobé de délicatesse et autant que faire ce peut fourré de finesse. Donc, je commence.

Chère Nénette, si tu me permets de t’appeler Nénette, en contrepartie de quoi tu pourras m’appeler Thierry le temps de la soirée, tu as souhaité fêter ton dernier anniversaire…en date. Même si ce n’est pas le premier discours que j’écris en l’honneur du quatrième âge, celui-ci est à l’évidence particulier. C’est en effet le premier que je vais lire à Rennes. Si j’ai choisi de le lire en début de repas c’est que je savais que compte tenu de la moyenne d’âge de l’auditoire je risquais si j’attendais le dessert de me retrouver face à un parterre de retraités somnolant. D’ailleurs Nénette m’a mis en garde en me disant « Tu verras, ce sont loin d’être des perdreaux de l’année et surtout tu lis lentement et tu n’utilises pas de mots trop compliqués ». Mais revenons au sujet du moment.

Nous sommes au siècle dernier. La troisième République ne va pas tarder à entamer son agonie. Daladier et Lebrun président aux destinées du pays. Il n’est encore question ni de maréchal tout court ni de général. Dans quelques jours sera procédé au premier tirage de la loterie nationale. Mais loin de toute cette agitation, pour tout dire loin de tout, nous sommes à Augan. ( ) Pour ceux qui ne connaîtraient pas, ce n’est pas un village à l’écart de tout perdu au milieu de la lande, ce n’est pas un bourg, fut-il gros, ce n’est pas une capitale fut-elle tentaculaire, c’est tout simplement le centre du monde, du moins pour ceux qui y habitent, c’est même pour certains tout simplement le monde, délimité à l’Ouest par le col et à l’Est par Rochette.

Pour être plus précis, nous sommes en 1933, l’année du médecin. En ce temps là, on naissait, on vivait, on mourrait à Augan. Bien sûr, il arrivait, pour les moins farouches et ceux qui avaient découvert l’usage du savon, qu’on aille à la ville, là-bas à Ploërmel, par delà les bois et les forets. Pour ce qui était de Rennes, ce n’était qu’un gros point sur la carte de France suspendue à la gauche du tableau noir. Ce n’était d’ailleurs pas sans appréhension qu’on allait rencontrer les gens de la ville. Bah dam oui, c’était ti qu’on allait comprende squi disaient ? Nous sommes donc à Augan, sa mairie, son église, ses chapelles qu’on allait de gaîté de cœur visiter le dimanche après-midi, son presbytère avec m’sieur l’curé, ses châteaux, ses nobles, son maréchal-ferrant et son enclume, ses troupeaux de vaches, ses fermes dans la cour desquelles trônait le tas de fumier amoureusement confectionné année après année et nurserie préférée des mouches , ses femmes courbées qui à petits pas traversaient la place pour se rendre à l’église, ses paysans que l’on reconnaissait à la sortie de la messe à leurs bas de pantalon de costume de premier communiant qui flottaient entre la cheville et le mollet et remonté jusque sous les aisselles, son école religieuse peuplée de bonnes sœurs attentionnées dans le regard desquelles  on pouvait deviner toute la compassion d’un cœur irrigué par des décennies de missel, de vêpres, de mâtines, de carêmes et autres neuvaines. On sentait chez elles cette ouverture d’esprit qui aujourd’hui les aurait sans aucun doute amenées à manifester en faveur du mariage pour tous, Augan et ses 88 débits de boissons officiellement déclarés plus tous les clandestins dont le nombre est jusqu’à ce jour resté inconnu. Ces nombreuses possibilités d’incliner la bouteille et de lever le coude avaient contraint les autorités de l’époque, dans le souci de sauvegarder la santé des agents du service public, à limiter à deux ans consécutifs la présence des facteurs sur le territoire de la commune.

Pour être un peu plus précis, nous sommes début février 1933. Des indices encore timides annoncent le printemps. Mais l’on devine que quelque chose d’autre est en cours. Alors que d’habitude seul le son des cloches et ce tous les quarts d’heure vient perturber le paisible déroulement du temps, depuis peu le bourg bruisse de rumeurs et autres muettes interrogations. On peut voir se balancer des mentons interrogatifs auxquels répondent des haussements d’épaules ignorants. 

 A l’évidence cela ne va pas tarder car pour être encore un peu plus précis, nous sommes un samedi de février 1933. Si Eugène bat le fer tant qu’il est encore chaud, proverbe qui dans la bouche de Landru donne « Il faut battre la femme tant qu’elle est encore chaude » ce qui est moins drôle, surtout pour elle, on constate une certaine agitation dans la maison Launay. Et là, vous vous demandez et à juste titre « Mais quels Launay ? » car si je m’en réfère à tout ce que m’a raconté Nenette, Augan est à 95% peuplé de Launay. Pour vous donner une indication, la petite brune qui pigne devant la porte en suçant son pouce s’appelle Jeannine. Elle est l’aînée mais elle sait que si elle laisse faire, de première elle va passer seconde. 

Pour être beaucoup plus précis, nous sommes le samedi 4 février 1933. Il ne faut pas se le cacher, il y a de la contraction dans l’air. Bien qu’encore en hiver, car en ce temps là ma bonne dame il y avait encore des saisons, l’ouverture du col ne devrait plus tarder. En cet instant, la vie devient un ensemble de vases communicants. D’un côté, on perdra les eaux et de l’autre on la fera chauffer. Ca y est. C’est imminent.

 Pour être définitivement précis il est 13 heures en ce samedi 4 février 1933. Les serviettes, les draps, les bassines, les onguents, les matrones, le souffle court, les grimaces, les douleurs, le linge mouillé sur un front chaud. Voilà, tout est là, tout est dit, on sait tout. Tout, est-ce bien sûr ? Mais non, car en ce temps là point d’échographie. Alors, garçon ou fille ? Il nous faut encore patienter devant la porte de la chambre. Eugène, les mains parfumées à la corne de sabot brûlée, entre dans la cuisine. Peut-être se demande-t-il si dans quelques minutes va apparaître tout emmailloté le prochain maréchal-ferrant. Et puis, un dernier cri, un premier pleur, la porte s’ouvre et l’on annonce « C’est une fille. » Venait de naître Antoinette.         

lundi 22 avril 2013

La première note (1,2,3 et 4)



Une chambre d'hôtel. Il est assis sur le bout du lit. Une sorte d'extrémité molle. De ses ongles, il frôle les cordes. Sur un meuble est posé un métronome. Il regarde le mouvement qu'accompagnent des points sonores. Il ne joue rien de précis comme si il attendait l'inspiration. Lui reviennent les premiers accords de "Butterfly collector".  S'il a bien suivi, c'est le dernier concert ce soir. Il quitte des yeux sa guitare. Une glace est accrochée au mur. Il est fatigué. Son visage s'encadre. Ce n'est pas un chef-d’œuvre. Il n'est pas né de l'inspiration d'un artiste. Sa tête ne lui plait pas. Il se demande comment il en est arrivé là.

  Sur le côté, à quelques mètres une porte qui donne sur un couloir. Il l'a emprunté tout à l'heure. Il n'a croisé personne. En sortant de l'ascenseur il a mis le pied sur la moquette. L'ascenseur est monté directement au cinquième. Personne n'y a pris place en même temps que lui. De l'index il a fait clignoter le cinq. Il est entré dans la cabine. Il a appuyé sur le bouton et la porte a coulissé. La femme à l'accueil lui a indiqué le métal argenté. Elle lui avait confirmé qu'il y avait bien une réservation pour lui. Elle a souri quand il lui a donné son nom. Sans trop savoir pourquoi, il a toujours cette angoisse qu'aucune chambre ne soit réservée. le chasseur lui a fait une sorte de révérence. En entrant dans le hall il a cherché quelques détails qui pourraient stimuler sa mémoire. La façade ne lui disait rien. Il a levé les yeux. Il a senti les gouttes d'une pluie froide. Il a ouvert la portière du taxi. La buée sur la vitre masquait en partie l'extérieur. Il remet la guitare dans son étui.

Il aime se faire conduire. Il n’a pas à choisir l’itinéraire. Il peut laisser son regard dans le vague, être ailleurs. Il échappe à chacune des secondes le long des rues qu’il ne connaît pas. Les façades se succèdent mais il ne s’en souviendra pas. Il se met sur le bas côté et laisse les autres prendre des décisions. Cela lui rappelle une période de son enfance. Chaque matin son père l’emmenait en voiture à l’école située à plusieurs dizaines de kilomètres de leur maison. Il détestait l’école mais il adorait faire le trajet qui l’en séparait. Après avoir pris bien soin de ne pas trop se réveiller, il prenait place à côté de celui qu’il imaginait être son chauffeur. Il s’emmitouflait dans son manteau, rabattait sa capuche et attendait que le bruit du moteur et la chaleur le fassent replonger dans le sommeil. Cela lui donnait parfois l’impression d’être sur le bord du temps. La voiture allait ralentir jusqu’à ce que le trajet s’approche de l’éternité. Son père lui disait qu’il ne lui manquait que les piquants et il serait un hérisson. « Tu crois que j’en aurai un jour ? »

Comme le chantait Plant "You must stop de train". Elle est sûrement désaccordée. Il la caresse du regard. Débranchée, elle lui transmet des vibrations. Il aime cette rugosité sur l'extrémité de son doigt. Il descend, remonte. Son index glisse sur une corde. Le corps se dissimule dans l'ombre du siège avant. Il le devine entre ses pieds. Le manche émerge entre ses cuisses.Le symbole n'a jamais fait que l'effleurer. L'étui s'ouvre en deux. Le zip de la fermeture se sépare.De sa main, il la sens au travers du tissu. Elle est là, sur le côté.  Il a besoin de la savoir proche. Il ne résiste jamais bien longtemps. Il peut trouver l'enchaînement des accords à tout moment.

Il se souvient de sa première guitare. Elle l'encombrait. Ce fut un accessoire avant d'être un instrument. Il s'installait devant une glace et essayait d'imiter les postures de ses idoles qu'il trouvait dans les magazines de son père. Ses cheveux trop court étaient une limite à la ressemblance. Un peu plus tard, lorsqu'il parvenait à être seul, il regardait "The song remains the same" et reproduisait la chorégraphie du guitariste. Au début, il fut incapable de jouer et de bouger en même temps. Il aimait sentir la guitare contre son ventre, la sentir bouger, se balancer. Il refermait sa main sur le manche, sentait les corde s'incruster dans ses phalanges. Même si pendant de nombreux mois ce fut un instrument de frustration, incapable qu'il était de tenir le rythme, il se sentait différent des autres.

Il ne se souvient pas de sa première note. Il n'y pense pas vraiment. Il imagine son pouce sur l'une des six cordes. A-t-il hésité. Une note, sans savoir laquelle. Une première note indifférente. Quelle fût la première note de l'humanité? Tout ce qu'il a lu,vu, entendu sur nos origines refait surface et lui permet de construire une histoire.  Il imagine un homme (pourquoi un homme?) nu qui avance dans la savane. Il fait chaud. Devant lui l'immensité du plat. A force de marcher il s'est éloigné des siens pour finir par les quitter. Il ne le sait pas mais il est seul. Peut-être n'a-t-il pas cette conscience de la solitude. Il est poussé vers l'avant, une sorte d'au-delà. Ses pieds se mêlent à la poussière. Quelques nuages blancs qui semblent hésiter à poursuivre leur route. Le soleil s'est plusieurs fois couché quand il arrive au bord de ce qui pourrait être une falaise. Il est à l'extrême du plateau de ses origines. Sous lui, le vide est comme une marche de géant. Il regarde droit devant lui. De son regard il repousse l'horizon jusqu'à le faire disparaître. La première fois qu'il peut voir aussi loin. L'envahit un sentiment de liberté absolue. Il devient le créateur d'un paysage. Il ouvre les bras et lance ce qui jusqu'ici était un cri et qui devient un hymne. Ses cordes vocales vibrent de longues secondes. Il reprend son souffle et recommence. Il découvre qu'il peut faire varier l'intensité. Il sourit. Il est heureux. Ce pourrait être l'origine de la première note.  

" L’origine. Existe-t-il une origine de tout, une origine d’un tout, un lieu d’où tout serait parti. Un élan qui se serait diffusé, qui continuerai de se propager sans que l’on puisse l’entraver, qui nous emporterait. Nous serions des morceaux d’origine, des grains de poussière. Il semble qu’il n’y ait pas d’origine paisible. L’origine serait un instant, le premier instant de chaleur. L’origine est un « one shot ». L'expulsion définitive qui arracherait la porte du hasard. Une création primitive. Une note de musique qui se dilate à la recherche d'une oreille. Une projection de soi, puis l'attente. La puissance d'un désir. Le plaisir de se désintégrer. La promesse de ne plus avoir peur, d'être l'horizon. Le baiser d'un souffle qui me fait frisonner, qui fait fondre l'hésitation. L'origine est l'expression de la passion. L'amour qui m'absorbe." Il repose son carnet et son stylo.

jeudi 11 avril 2013

Pleurer

Des jours où j'aimerais pleurer. Pleurer tout au long du jour. Pleurer en regardant le ciel. Pleurer les larmes du regret. Pleure les larmes de la rage. Pleurer de ne rien comprendre. Pleurer d'être vivant. Pleurer ce visage qui me sourit depuis ce jour. Pleurer sur le temps qui nous éloigne, ce temps qui déverse l'oubli. Pleurer de ne plus croire. Pleurer d'avoir renoncé. Pleurer de ne plus entendre sa voix. Pleurer de ne plus découvrir son sourire. Pleurer de ne plus voir ses cheveux briller dans le vent. Pleurer cet amour disparu. Ce matin, je pleure.

mercredi 10 avril 2013

Un souffle

Source de silence dans la légèreté de l'air, le son se propage sans obstacle. Un matin qui réveille mon désir, qui m'offre la clarté de l'esprit. Ressentir le besoin de ne plus bouger, d'écouter le chant des oiseaux. Les ritournelles traversent l'espace. Une impression de première fois. Comme si j'étais l'homme qui découvrait le premier matin. Je me sens libre. Le temps m'entoure. Les frissons de la vie traversent mon corps. Se fondre dans la transparence de l'instant. Je n'ai plus de souvenir. 

lundi 8 avril 2013

Que faire


Au mieux, je n'aurais que faire de Thatcher et de sa mort. Mais j'ai beau faire, cette mort ne me laisse pas indifférent. Allez savoir pourquoi, je ne suis pas mécontent qu'elle soit enfin bouffée par la rouille. Pourtant, qu'elle ait pu ainsi partir sans être le moins du monde inquiétée m'agace. Au nom d'une idéologie qui repose sur l’intransigeance et la certitude, elle a laissé mourir, elle a détruit, elle a humilié. Cela suffit, je commence à m'énerver. Il n'en demeure pas moins que, bien que cela m'aurait coûté, j'aurais aimé lui faire subir les derniers outrages. Enculée!

samedi 6 avril 2013

Dans le dos

«Les paradis fiscaux, le secret bancaire. C’est terminé.» déclarait Nicolas Sarkozy le 23 septembre 2009. Cahuzac ne peut donc pas être accusé d'avoir placé des fonds dans un paradis fiscal. Si?

vendredi 5 avril 2013

La première note (1,2 et 3)



Une chambre d'hôtel. Il est assis sur le bout du lit. Une sorte d'extrémité molle. De ses ongles, il frôle les cordes. Sur un meuble est posé un métronome. Il regarde le mouvement qu'accompagnent des points sonores. Il ne joue rien de précis comme si il attendait l'inspiration. Lui reviennent les premiers accords de "Butterfly collector".  S'il a bien suivi, c'est le dernier concert ce soir. Il quitte des yeux sa guitare. Une glace est accrochée au mur. Il est fatigué. Son visage s'encadre. Ce n'est pas un chef-d’œuvre. Il n'est pas né de l'inspiration d'un artiste. Sa tête ne lui plait pas. Il se demande comment il en est arrivé là.

  Sur le côté, à quelques mètres une porte qui donne sur un couloir. Il l'a emprunté tout à l'heure. Il n'a croisé personne. En sortant de l'ascenseur il a mis le pied sur la moquette. L'ascenseur est monté directement au cinquième. Personne n'y a pris place en même temps que lui. De l'index il a fait clignoter le cinq. Il est entré dans la cabine. Il a appuyé sur le bouton et la porte a coulissé. La femme à l'accueil lui a indiqué le métal argenté. Elle lui avait confirmé qu'il y avait bien une réservation pour lui. Elle a souri quand il lui a donné son nom. Sans trop savoir pourquoi, il a toujours cette angoisse qu'aucune chambre ne soit réservée. le chasseur lui a fait une sorte de révérence. En entrant dans le hall il a cherché quelques détails qui pourraient stimuler sa mémoire. La façade ne lui disait rien. Il a levé les yeux. Il a senti les gouttes d'une pluie froide. Il a ouvert la portière du taxi. La buée sur la vitre masquait en partie l'extérieur. Il remet la guitare dans son étui.

Il aime se faire conduire. Il n’a pas à choisir l’itinéraire. Il peut laisser son regard dans le vague, être ailleurs. Il échappe à chacune des secondes le long des rues qu’il ne connaît pas. Les façades se succèdent mais il ne s’en souviendra pas. Il se met sur le bas côté et laisse les autres prendre des décisions. Cela lui rappelle une période de son enfance. Chaque matin son père l’emmenait en voiture à l’école située à plusieurs dizaines de kilomètres de leur maison. Il détestait l’école mais il adorait faire le trajet qui l’en séparait. Après avoir pris bien soin de ne pas trop se réveiller, il prenait place à côté de celui qu’il imaginait être son chauffeur. Il s’emmitouflait dans son manteau, rabattait sa capuche et attendait que le bruit du moteur et la chaleur le fassent replonger dans le sommeil. Cela lui donnait parfois l’impression d’être sur le bord du temps. La voiture allait ralentir jusqu’à ce que le trajet s’approche de l’éternité. Son père lui disait qu’il ne lui manquait que les piquants et il serait un hérisson. « Tu crois que j’en aurai un jour ? »

Comme le chantait Plant "You must stop de train". Elle est sûrement désaccordée. Il la caresse du regard. Débranchée, elle lui transmet des vibrations. Il aime cette rugosité sur l'extrémité de son doigt. Il descend, remonte. Son index glisse sur une corde. Le corps se dissimule dans l'ombre du siège avant. Il le devine entre ses pieds. Le manche émerge entre ses cuisses.Le symbole n'a jamais fait que l'effleurer. L'étui s'ouvre en deux. Le zip de la fermeture se sépare.De sa main, il la sens au travers du tissu. Elle est là, sur le côté.  Il a besoin de la savoir proche. Il ne résiste jamais bien longtemps. Il peut trouver l'enchaînement des accords à tout moment.

Il se souvient de sa première guitare. Elle l'encombrait. Ce fut un accessoire avant d'être un instrument. Il s'installait devant une glace et essayait d'imiter les postures de ses idoles qu'il trouvait dans les magazines de son père. Ses cheveux trop court étaient une limite à la ressemblance. Un peu plus tard, lorsqu'il parvenait à être seul, il regardait "The song remains the same" et reproduisait la chorégraphie du guitariste. Au début, il fut incapable de jouer et de bouger en même temps. Il aimait sentir la guitare contre son ventre, la sentir bouger, se balancer. Il refermait sa main sur le manche, sentait les corde s'incruster dans ses phalanges. Même si pendant de nombreux mois ce fut un instrument de frustration, incapable qu'il était de tenir le rythme, il se sentait différent des autres.

mardi 2 avril 2013

La première note (1 et 2)



Une chambre d'hôtel. Il est assis sur le bout du lit. Une sorte d'extrémité molle. De ses ongles, il frôle les cordes. Sur un meuble est posé un métronome. Il regarde le mouvement qu'accompagnent des points sonores. Il ne joue rien de précis comme si il attendait l'inspiration. Lui reviennent les premiers accords de "Butterfly collector".  S'il a bien suivi, c'est le dernier concert ce soir. Il quitte des yeux sa guitare. Une glace est accrochée au mur. Il est fatigué. Son visage s'encadre. Ce n'est pas un chef-d’œuvre. Il n'est pas né de l'inspiration d'un artiste. Sa tête ne lui plait pas. Il se demande comment il en est arrivé là.

  Sur le côté, à quelques mètres une porte qui donne sur un couloir. Il l'a emprunté tout à l'heure. Il n'a croisé personne. En sortant de l'ascenseur il a mis le pied sur la moquette. L'ascenseur est monté directement au cinquième. Personne n'y a pris place en même temps que lui. De l'index il a fait clignoter le cinq. Il est entré dans la cabine. Il a appuyé sur le bouton et la porte a coulissé. La femme à l'accueil lui a indiqué le métal argenté. Elle lui avait confirmé qu'il y avait bien une réservation pour lui. Elle a souri quand il lui a donné son nom. Sans trop savoir pourquoi, il a toujours cette angoisse qu'aucune chambre ne soit réservée. le chasseur lui a fait une sorte de révérence. En entrant dans le hall il a cherché quelques détails qui pourraient stimuler sa mémoire. La façade ne lui disait rien. Il a levé les yeux. Il a senti les gouttes d'une pluie froide. Il a ouvert la portière du taxi. La buée sur la vitre masquait en partie l'extérieur. Il remet la guitare dans son étui.

Il aime se faire conduire. Il n’a pas à choisir l’itinéraire. Il peut laisser son regard dans le vague, être ailleurs. Il échappe à chacune des secondes le long des rues qu’il ne connaît pas. Les façades se succèdent mais il ne s’en souviendra pas. Il se met sur le bas côté et laisse les autres prendre des décisions. Cela lui rappelle une période de son enfance. Chaque matin son père l’emmenait en voiture à l’école située à plusieurs dizaines de kilomètres de leur maison. Il détestait l’école mais il adorait faire le trajet qui l’en séparait. Après avoir pris bien soin de ne pas trop se réveiller, il prenait place à côté de celui qu’il imaginait être son chauffeur. Il s’emmitouflait dans son manteau, rabattait sa capuche et attendait que le bruit du moteur et la chaleur le fassent replonger dans le sommeil. Cela lui donnait parfois l’impression d’être sur le bord du temps. La voiture allait ralentir jusqu’à ce que le trajet s’approche de l’éternité. Son père lui disait qu’il ne lui manquait que les piquants et il serait un hérisson. « Tu crois que j’en aurai un jour ? »

lundi 1 avril 2013

La première note (1)



Une chambre d'hôtel. Il est assis sur le bout du lit. Une sorte d'extrémité molle. De ses ongles, il frôle les cordes. Sur un meuble est posé un métronome. Il regarde le mouvement qu'accompagnent des points sonores. Il ne joue rien de précis comme si il attendait l'inspiration. Lui reviennent les premiers accords de "Butterfly collector".  S'il a bien suivi, c'est le dernier concert ce soir. Il quitte des yeux sa guitare. Une glace est accrochée au mur. Il est fatigué. Son visage s'encadre. Ce n'est pas un chef-d’œuvre. Il n'est pas né de l'inspiration d'un artiste. Sa tête ne lui plait pas. Il se demande comment il en est arrivé là.
  Sur le côté, à quelques mètres une porte qui donne sur un couloir. Il l'a emprunté tout à l'heure. Il n'a croisé personne. En sortant de l'ascenseur il a mis le pied sur la moquette. L'ascenseur est monté directement au cinquième. Personne n'y a pris place en même temps que lui. De l'index il a fait clignoter le cinq. Il est entré dans la cabine. Il a appuyé sur le bouton et la porte a coulissé. La femme à l'accueil lui a indiqué le métal argenté. Elle lui avait confirmé qu'il y avait bien une réservation pour lui. Elle a souri quand il lui a donné son nom. Sans trop savoir pourquoi, il a toujours cette angoisse qu'aucune chambre ne soit réservée. le chasseur lui a fait une sorte de révérence. En entrant dans le hall il a cherché quelques détails qui pourraient stimuler sa mémoire. La façade ne lui disait rien. Il a levé les yeux. Il a senti les gouttes d'une pluie froide. Il a ouvert la portière du taxi. La buée sur la vitre masquait en partie l'extérieur. 

samedi 30 mars 2013

Un matin



Un matin qui ne se distingue pas des autres. Le jour n’est pas levé mais on commence à le deviner. L'air nous frôle à peine. ce sont les instants d'hésitation que la vie finit par bousculer. Le réveil piétine la nuit, détruit la chaleur de notre sommeil. J'ignore. J'ignore tout de la dernière seconde. Je ne la vivrai pas. Elle m'échappera. J'ignorais tout de cette douleur, de ce qui nous arrache à la vie.
Je t'ai aimée de cet amour de tous les jours, de cet amour de douceur, de cet amour qui se consume jusqu'à la fin des jours, de cet amour qui explose au dernier souffle, de cet amour sans mot, de cet amour qui caresse, de cet amour qui nous enveloppait, de cet amour qui parfois me laissait sans force, de cet amour qui nous faisait sourire, de cet amour du premier jour, de cet amour qui nous avait offert un premier cri, de cet amour dont nous ne savions rien.

mercredi 27 mars 2013

Blague(s)

Carambar nous a dit que tout cela était de la blague, histoire de faire parler, de nous faire regretter en avant-première. La grosse déconnade en somme. Mais à l'avenir pourrai-je encore avoir confiance en Carambar? Bien sûr, jusqu'ici je ne me suis jamais demandé si un morceau de caramel m'inspirait confiance. Si j'avais été sondé sur le sujet avec une question du type: concernant Carambar, diriez-vous que vous avez confiance, plutôt confiance, plutôt pas confiance, pas confiance du tout? Mais là? Carambar nous dit les gars c'est fini, basta, terminé, vous n'entendrez plus parler de mes blagues, je vais faire tout autre chose. Nous n'avions aucune raison de ne pas le croire. Pour nous c'était réglé. D'un sens, nous étions débarrassés des mauvaises blagues. Et tout à trac, Carambar nous dit non. Même pas parties que les blagues étaient de retour. C'est à peine si il ne nous a pas dit que c'était par devoir.

C'est le genre de blagues qui colle aux dents.   

lundi 25 mars 2013

Observations


Les pieds dans l'eau, dans l'eau d'une rivière. Je voulais sentir la force, la lourdeur du liquide en mouvement. Après un moment de profonde concentration j'étais tout entier dans mes deux pieds. Je remuais les orteils. Le courant les enrobait d'une fraîcheur qui devint froid. Je perdais la sensation. C'était comme deux morceaux de chair passés du côté de la mort. Pourtant, je savais qu'à tout instant je pouvais les mettre au soleil. Ce que je fis. Pourquoi aurais-je résisté au désir? J'écrivis quelques phrases censées être une source.  

Retrouver le sens de l'eau emportée par le flot. Le corps se fond dans la fluidité. Les couleurs glissent sur la peau. Les reflets fragmentent les vagues. Le bruit accompagne les remous. L'ombre des éclats se réfugie sur les berges. Le bruissement du vent traverse le temps. Le silence me caresse le...

J'ai fini par m'endormir dans l'herbe.

Bon ou mauvais

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L’autre jour, je ne sais plus pourquoi, je me suis posé une question que je ne m’étais jusqu’alors pas posée. Je ne sais pas comment nous viennent les questions dans le flot de la journée. Je trouve que répondre à une question que l’on se pose ressort du mystère. Je me pose une question dont je n’ai pas l’impression de connaître la réponse. Je réfléchis, je vais chercher des éléments je ne sais où dans mon cerveau et leur assemblage me permet parfois de trouver la réponse.
L’autre jour, cela me revient, j’étais dans le bus, un des hauts lieux de la promiscuité. A portée de nez, un homme qui, sur la base de certains indices, semblait ne pas avoir pris le temps de la douche matinale. Je ne sais par quel cheminement une question a émergé. Quel est le goût d’un homme ? Quelles saveurs aurais-je sur la langue si j’en léchais un ? Je pouvais à priori conclure de cette question que cela ne m’était jamais arrivé ou bien j’avais oublié. Peut-on oublier le goût d’un pied par exemple ? je ne sais pas comment mais j’en suis arrivé à la conclusion que l’homme seul n’avait pas de goût si ce n’est celui de sa négligence.
Pourquoi seul ? L’homme est une plage de sable dont les grains sont humidifiés par les vagues.

samedi 23 mars 2013

Putain 10 ans

Comme Zezette aurait pu le dire, ça déborde. Le 6 mai 2012 au soir, naïvement, je me suis dit que pour au moins cinq ans nous allions être au calme, débarrassés des certitudes, des vérités, des bons et des méchants. J'avais toutes les raisons de le croire puisqu'il nous avait dit que s'il n'était pas réélu, nous n'entendrions plus jamais parler de lui. D'une certaine façon, en glissant avec plaisir mon bulletin dans la fente j'achetai son silence.
Et puis quoi? J'ai l'impression qu'il est davantage là depuis qu'il est parti que quand (1)  il était là.J'ai été trompé, j'ai été abusé. A tout prendre, je me demande si je n'aurais pas du voter pour lui. Il nous aurait fait cinq ans de plus et puis on en parlait plus. Basta. Alors que là, sans avoir voté pour lui je vais peut-être en prendre pour dix ans.


(1) que quand est une expression sarkozyenne

vendredi 22 mars 2013

Deux trois choses

L'actualité se bouscule. Je dois vous avouer que je ne suis pas parvenu à classer ces informations par importance. Le 14 avril Carambar arrête ses blagues. Hier notre ancien président a été mis en examen. Je me suis demandé si il n'y avait pas un lien d'autant qu'il est possible aujourd'hui de commémorer, de célébrer, de se souvenir du mouvement du 22 mars 1968 qui se prolongea par mai 68 qui est à l'origine de la permissivité qui s'est répandue jusqu'à nous en rongeant les fondements de l'autorité qui fait qu'aujourd'hui encore on cherche un chef  mais il semblerait...

L'heure

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L’heure et tu m’effleures. Le goût de nos pleurs serré contre ton cœur. Je sens battre les larmes qui font briller tes lèvres. Elles s’ouvrent, elles frémissent comme les prémices. Simplement oser. Oser attendre, sans un geste. Peut-être plus tard. Tu es là. Tu es la vie qui me laisse sans force, qui me donne envie. L’envie du temps qui s’enroule et comme une houle disparaît dans le sable. Les grains s’échappent entre mes doigts et caressent ta peau.