lundi 26 novembre 2007

Droit du sang




Voici le témoignage de Laurence l'insurgée, qui nous fait par de son indignation, de sa révolte, de son refus de l'injustice. Laurence, c'est à vous.

" Je tiens ici à exprimer mon indignation, à vous faire part de mon refus du conservatisme, à affirmer ma farouche volonté de combattre les idées reçues, à fustiger l'obscurantisme que l'on voudrait nous imposer comme une valeur universelle. Je vous le dis tout net, nous en avons assez des donneurs de leçons. Je dis nous car je ne suis pas seule. Nous avons jusqu'ici fait preuve d'une bienveillante et compréhensive patience. Nous avons toujours accepté la discussion, respecter les différents points de vue même si nous ne les partagions pas. Nous avons toujours eu le souci d'écouter, d'entendre, de comprendre les arguments, car, contrairement à ce que j'entends ici ou là, nous sommes pour le débat d'idées, pour les échanges francs et constructifs qui nous enrichissent mutuellement et sont l'honneur de notre société.

Pour autant il faut savoir faire la part des choses et avant tout il faut savoir rester modeste. Nous ne pouvons, au risque d'être contreproductifs, nous ériger en donneurs de leçons car nous-mêmes ne sommes exempts de tout reproche. Nous nous devons de prendre en compte la sensibilité de nos interlocuteurs qui ont vocation à devenir nos partenaires. Des relations équilibrées reposent sur la confiance, la non ingérence et le respect de l'autre, de sa culture, de ses aspirations. Même si le souci de la franchise doit guider nos propos ils ne doivent pas humilier mais concourir à l'établissement d'une relation durable et équilibrée.

Alors, bien sûr, il y aura toujours de beaux esprits pour trouver à redire, qu'on en fait trop, qu'on en fait pas assez, qu'il ne fallait pas y aller. N'en déplaise à ceux qui s'érigent en conscience et s'auto-proclament défenseurs de l'humanisme, j'approuve sans réserve le voyage en Chine de notre président. Si notre pays n'avait pas vendu ses avions et ses centrales nucléaires, d'autres, moins scrupuleux que nous ne le sommes, l'auraient fait à notre place. L'histoire montre que démocratie et développement économique vont de pair, car ne nous y trompons pas, les droits de l'homme progressent en Chine même si c'est de façon imperceptible. Les moralisateurs auront beau jeu de dénoncer la peine de mort, les arrestations arbitraires, l'absence des libertés fondamentales, l'exploitation des ouvriers, les conditions de travail, le soutien financier, politique et militaire à d'autres dictatures. Notre président sait tout cela et il s'est fait fort de le rappeler à ses interlocuteurs en mettant sur la table l'ensemble des dossiers et ce sans concession. Notre président sait que la démocratie finira par s'établir en Chine, mais qu'il faut du temps et la patience n'est pas la moindre des qualités de ce grand peuple que sont les chinois qui sait pouvoir compter sur notre soutien".

Merci Laurence. Il est parfois nécessaire que les choses soient dites et bien dites. La vérité doit avoir droit de cité.

vendredi 23 novembre 2007

En un mot comme en cent


C'est avec fierté que je vous présente la centième chronique sortie de mon cerveau. Afin de récompenser mes fidèles lectrices et lecteurs, je vous propose de gagner l'original de cette chronique dédicacée par son auteur. Pour ce faire, il vous suffit de répondre à la question suivante : à qui appartiennent les pantoufles ci-dessus?

J'aimerais écrire une chronique par jour mais je dois vous avouer que je suis parfois victime de coup de mou, victime d'une volonté qui s'effiloche et disparaît entre les coussins du canapé sur lequel je m'allonge pour regarder la télé. A chaque fois, la mauvaise conscience se refléte dans l'écran comme un message subliminal que vous m'adresseriez "Que fais-tu, affalé comme un veau, corps sans cerveau au regard qui s'emplit d'images qui finissent par se perdre dans les méandres de l'oubli". Je prends alors conscience que je me fourvoie sur le chemin de la facilité, du renoncement, que les images sont l'acide qui ronge mots et idées qui sont nos liens qui, si je n'y prends garde, vont se dissoudre dans le flot de la médiocrité. La honte alors m'envahit et je prends la résolution de ne plus sombrer dans les eaux fangeuses du renoncement.

Mais chaque soir, je passe à proximité du canapé. Alors, comme une planète à proximité d'un trou noir, je me laisse attirer. Comme si j'étais certain de dominer la situation, je "décide" de simplement m'asseoir. Je suis dans la situation de l'enfant qui a une tablette de chocolat et qui se jure qu'il ne mangera qu'un carré.

J'ai honte.

mercredi 21 novembre 2007

Robert et moi (boom limonade 2)

Comme il se doit, la mère de famille insiste pour que la salle soit bien décorée. Nappes, petits bouquets de fleurs, serviettes en papier festives, agencement artistique des bouteilles de soda et des gâteaux. Vous naviguez entre la honte et la haine qui va se prolonger tout au long de la boom. La mère de famille se fait un plaisir d'accueillir tous les invités les gratifiant au passage d'un enjoué "Amusez-vous bien les enfants mais ne faites pas trop les fous". Ensuite, elle ne pourra s'empêcher d'intervenir régulièrement pour voir si tout va bien, pour préciser qu'il reste du coca dans le frigo, pour remettre un peu d'ordre sur les tables, pour embrasser son grand fils qu'une telle attitude emplit de désespoir.

Mis à part cette pollution affective, la boom limonade se caractérise par la stratégie de l'attente niaise. Au début, les filles forment un groupe homogène que ne quittent pas des yeux les garçons. Les filles minaudent et les garçons rient très fort. Ils évaluent, notent, faisant le tri entre les envisageables et les "faute de mieux". Vous faites peut-être partie de ceux qui jusqu'à ce jour n'ont fait que regarder, espérant secrètement qu'elle ferait le premier pas. Elle est là dans le groupe de filles. Vous la regardez le plus discrètement possible mais bien décidé à tenter quelque chose. Comme toujours dans un groupe de garçons, il y a ceux dont vous êtes persuadé qu'ils ont fait le grand saut et qui font tout pour vous conforter dans cette idée.

mercredi 14 novembre 2007

Robert et moi (boom limonade 1)



Lors d'une précédente chronique j'avais mentionné le concept de "boom limonade". Nous sommes nombreux à avoir été dupés par ce qui pouvait sembler le plan d'enfer. La description qui suit correspond à la réalité des années 70 dans le milieu de la moyenne bourgeoisie et équivalent.

La boom limonade est une soirée qui a lieu l'après-midi et qui se déroule chez une copine ou un copain de classe. En règle générale, l'identité de l'organisateur n'a aucune importance. Les invitations sont distribuées dans le cadre de la classe. Imaginons que vous êtes l'organisateur.

Les contraintes de l'organisateur sont nombreuses. La première, question de fierté et de future notoriété, est de réussir à inviter le plus de monde possible car les invités, en fonction de leur projet à caractère libidineux qui pour le coup rime avec boutonneux, se préoccupent de connaître l'identité des autres, ce qui déterminera leur présence.
La deuxième contrainte, qui est un préalable non négociable, est le contrôle par la mère de famille de la moralité des invités. La moralité s'entend au sens large et peut, chez les plus tatillonnes, faire l'objet d'une recherche généalogique. La mère de famille n'aime pas les visages inconnus. Donc, en amont, la mère de famille sollicite son réseau d'informatrices, les autres mères connues et de bonne réputation, afin de collecter des informations qui lui permettront d'opposer son véto à la présence de tel ou tel dont on dit que..., qui parait-il aurait..., qui aurait des fréquentations..., dont la soeur aurait redoublé sa troisième année de maternelle. Il faut ensuite déterminer les heures d'ouverture et de fermeture. Puis la mère de famille rappelle les principaux points du règlement intérieur : interdiction de fumer, de boire de l'alcool, d'aller dans les chambres, de se livrer à des pratiques qui n'ont lieu d'être que dans le cadre du mariage, d'attenter à la virginité des jeunes filles, de faire se succéder deux slow, d'éteindre les lumières...

lundi 12 novembre 2007

Merci Christophe



Ce matin, je manquais d'énergie. J'ai donc essayé d'adapter les préceptes de notre économiste en cheftaine, j'ai nommé notre amie Christine qui, après avoir fait la promo du lissage dans le temps (j'aimerais qu'elle lisse de même sa bêtise), nous a fait part de son espoir de voir les prix baisser début 2008. Notre président a proclamé devant le congrès américain qu'elle était belle, je complète "et qu'elle se taise". Ce matin, j'étais donc face à l'alternative suivante : économiser mon énergie en restant couché ou la dépenser en allant travailler. J'ai choisi.

Vous avez raison, Christine ne s'appelle pas Christophe et réciproquement. J'étais partie pour vous dire un mot au sujet de monsieur Christophe de Margerie, PDG de TOTAL. J'ai écouté ses propos à la radio. Vous avez certainement remarqué que depuis quelques temps et ce jusqu'à épuisement, on nous bassine à propos des prix du pétrole dont par ailleurs je ne méconnais pas les effets, notamment sur ma facture de fuel.J'y reviendrai. Donc le journaliste demande à Christophe ce que compte faire son entreprise qui est citoyenne. Il répond "La contribution citoyenne de mon entreprise est de faire baisser les prix, du moins de ne pas les faire augmenter trop brusquement". Je m'attendais à ce qu'il ponctue sa réponse par "Humour".

Ensuite le journaliste lui demande si rester en Birmanie n'est pas un signe de soutien à la dictature. Christophe répond " Je crois que ça nuit (mais là, je fais la réponse moi-même) à la question. Ca nuit beaucoup moins qu'on le pense. C'était nécessaire. Ca reste plus que jamais nécessaire et si j'avais qu'un mot à dire : moi je suis absolument content qu'il y ait une reprise de dialogue entre la Lady, cette grande dame, et la Junte... C'est comme ça que ça doit se passer, c'est comme ça que nous avons toujours tout fait pour essayer que ça se passe parce que contrairement à ce qui a été dit, nous avons été actif mais de manière discrète dans ce domaine, c'est-à-dire pousser la Junte à s'améliorer, c'est pas difficile mais très certainement à faire en sorte que nous puissions rester en respectant notre code de conduite ; et c'est pas en faisant partir, probablement le dernier rempart de la démocratie dans ce pays, que vous allez faire avancer les choses. Très clairement, nous restons.".

Nom d'un pipeline, TOTAL est responsable du rétablissement de la démocratie en Birmanie mais pas de l'état des navires qui transportent son pétrole.

samedi 10 novembre 2007

Chronique du matin (plaisir)



Ce matin le ciel est gris. Les dernières feuilles du noisetier qui se trouve dans le jardin tentent de résister au vent. Les noisettes ont toutes été entreposées par l'écureuil du coin. A propos de noisettes, pendant l'été, le noisetier fait écran avec les voisins d'en face et la lointaine rue.

Ainsi, certains matins, avant que les sons de la routine ne me soient renvoyés par la rue, levé depuis quelques secondes, j'ouvre la fenêtre de la chambre, je regarde le noisetier et je me sens ailleurs. Je ne pense à rien, je ne fais que regarder. La sensation de premier matin du monde est renforcé par la tenue qui est la mienne durant ces premières secondes. Je laisse la fraîcheur se déposer sur mes membres. Si je me sens gagné par un sentiment de liberté et prêt à offrir mon corps à la nature, ce qui n'a aucun sens, mon envie d'exibitionnisme urbain est modéré par le fait que les balasts des corps caverneux peuvent mettre quelques minutes à se vider, non que j'ai honte de mon corps caverneux mais je préfère lui offrir une audience restreinte.

Pourtant, comme une mémoire cachée réveillée par un gène que l'air frais aurait ravivé, j'ai devant les yeux l'image d'un cerf humant l'air d'une clairière et essayant de déceler le parfum du désir.

Je referme la fenêtre avant de me mettre à bramer.

mardi 6 novembre 2007

Robert et moi




Voici donc la première écoute personnelle de mon premier disque de Led Zeppelin. Je pose le disque sur le tourne-disque, autrement appelé électrophone. Malgré un design plutôt anguleux qui lui donne l'aspect d'un objet de contrebande en provenance de la RDA, il possède des options. Le "posage" du bras pouvait être manuel ou automatique. Les deux étaient d'usage délicat. N'étant pas muni d'un système hydraulique, l'option manuelle pouvait donner lieu à un posage craquant, voir dérapant. L'option automatique quant à elle comportait le risque d'un posage hors cible avec ripage sur le côté. Comme l'on dit au foot, j'avais une super occase mais qui se terminait par un poteau sortant. Les spécialistes aprécieront.

J'ai dans mes connaissances, un puriste qui possédait un tourne disque, qu'il appelait pompeusement, avant l'heure, une mini chaîne. Il lui accolait le qualificatif de stéréophonique parce qu'elle possédait deux "enceintes" qui dans la réalité crachaient la même bouillie mais il semblait le seul à ne pas s'en apercevoir, pensant peut-être que deux mono étaient égaux à une stéréo. Donc, sa mini chaîne possédait, bienfait de la technologie, un bouton pour les aigus et un autre pour les graves ce qui lui permettait, à peu de frais, de jouer à l'ingénieur du son.

Emu mais la main ferme, j'ai posé le bras, et le saphir, diamant du pauvre, est entré en contact avec le sillon. Je ne sais pas si c'est la chambre en rotin à l'acoustique approximative ou si c'est l'enceinte qui jusque là, sur l'échelle de la violence phonique, n'avait jamais dépassé le palier Sheila, mais le résultat fut décevant. Black Dog semblait avoir un chat dans la gorge. Pour tout dire, j'étais l'auteur d'un sacrilège. C'était confiture au cochon et compagnie. Il est vrai que j'avais entendu dire par un de ces spécialistes en tout, que le pressage français était une catastrophe. Cette première fois m'avait laissé frustré.

Chronique du matin (envie)

La dernière fois, je vous ai fait part du plaisir de retarder le lever, blotti au fond du lit, dans la chaleur de la nuit que l'on tente de retenir comme dirait...
Après ce premier plaisir, je me lève et surgit avec force le premier désir, désir incidieux, désir qui me caresse, désir qui engourdit ma volonté, désir qui me fait entrevoir la volupté, j'ai nommé le désir de se recoucher. Vais-je résister? Certains matins, c'est triomphalement que la volonté s'impose, où mon esprit prend le pas sur mon corps. La victoire de l'un ou de l'autre se décide en quelques secondes.

Sorti du lit, j'ai froid et je sens que je vais céder. Rapidement, pour me donner bonne conscience, je cherche à quel moment je vais pouvoir gagner du temps pour effacer le retard mais c'est comme les économies budgétaires, difficile de trouver le poste de dépenses que l'on pourrait contracter. M'en remettant à l'improvisation, je replonge dans le lit. Sentir la chaleur se déposer sur ma peau est source d'un divin plaisir. Il faut que je me roule sans vergogne dans ce plaisir solitaire car il ne dure que quelques secondes. Allez savoir pourquoi, mais rapidement le plaisir fait place à la mauvaise conscience, à cette réalité que je ne me suis accordé qu'un sursis.

A chaque fois je me dis que je n'aurais pas dû me recoucher. La volonté, cet instrument de torture que l'on glorifie, n'a pas le triomphe modeste.

Lagarde devrait se rendre



J'étais prêt à fondre sur Christine, tel un rapace avide de sang sur sa proie, prêt à la déchiqueter, à la réduire en miettes, à la fouler d'un pieds vengeur, à lui faire avaler le micro, à lui faire goûter de la pompe à vélo pour lui signifier qu'elle me gonfle. J'étais prêt à tirer au bazooka sur l'ambulance. J'étais prêt à endosser les habits de Raoul. Et puis je me suis aperçu que ce n'était même plus une ambulance mais un brancard et je n'ai pu que baisser les armes. J'étais prêt à mettre un genou en terre et à prier, à prier pour qu'elle se taise, à prier pour qu'elle réfléchisse. Un retour en arrière pour expliquer ce début.

L'autre soir, j'écoutais distraitement les informations quand mon esprit, le mauvais, fut rebranché sur le secteur à l'annonce de la présence de notre ministre de l'économie. Le sujet était le prix du pétrole et ses répercutions sur notre pouvoir d'achat, pouvoir d'achat qui fait l'objet de toutes les attentions. Comme le dirait Vince, pas très fun le sujet et mauvais pour le karma. Donc, persuadé qu'elle allait nous gratifier d'analyses dignes du café du commerce, je m'apprêtais à prendre des notes. Dès les premières secondes je ressemblais à la Victoire de Samothrace.

Cette chère dame m'a découragé. J'étais consterné, j'avais honte pour elle. Pourquoi parler quand on n' a rien à dire? Si je n'avais qu'une chose à demander à un ministre c'est d'imaginer qu'il s'adresse à des personnes dotées d'une intelligence. Ayant pris la peine de l'écouter, les propos de Christine Lagarde étaient une insulte à mon intelligence. Qu'avons-nous fait pour mériter ça? Christine, tu ne me fais plus rire.

vendredi 2 novembre 2007

Trois hommes et des confins (suite et fin)

Nous voici donc partis pour la deuxième étape de notre soirée. Le parcours est trop court pour un discours. Après quelques hésitations, nous voici devant l'entrée d'un concept, le restaurant-brocante. Avant d'entrer, l'endroit donne lieu à des commentaires des connaisseurs. Ce que j'en comprends c'est que ce lieu a été conseillé par quelqu'un qui n'y est jamais allé, que trop contents, ceux qui y vont ne veulent pas prendre le risque d'aller ailleurs, que le menu est bon mais qu'il ne faut pas compter le prendre car on ne dispose jamais du temps nécessaire, qu'il nous faut donc nous rabattre sur les tartines et que ça vaut bien le menu.

Nous entrons et nous installons. Nous sommes six dont deux hommes. Le troisième homme, à l'emploi du temps toujours mystérieux, arrivera plus tard avec sa moitié à plein temps. En attendant nous commandons les tartines et les patates chaudes. Le dernier couple nous ayant avertis d'un prévisible retard, nous décidons de commencer sans eux. Dans la série l'herbe est plus verte dans le champ d'à côté, mon voisin d'en face, un coutumier du fait, qui a choisi une tartine, lorgne avec envie et regret sur la patate chaude de sa voisine. Il accepterait qu'on lui refile.

Comme souvent, la conversation porte sur les absents qui ne sont que des présents en retard. En choeur nous louons cette rencontre qui fait d'eux un gentil petit couple, qui est si bien assorti. On ne pouvait pas rêver mieux. Comme quoi, il suffit d'être patient. Ce qui fait plaisir, c'est qu'il est épanoui. D'un autre côté, il faut qu'ils apprennent à se connaître. Toujours est-il qu'on ne pouvait pas espérer mieux. Il n'y a qu'à les voir se tenir par la main.

Après avoir découvert que les toilettes étaient à la dimension de la propriétaire des lieux, ce qui se matérialise par un manque d'aisance pour les plus d'un mètre cinquante, obligeant à des acrobaties au risque de devoir renoncer à certaines options qui permettent habituellemnt de faire deux choses à la fois, nous nous sommes dirigés vers Saint-Ouen d'Attez, derniers confins de la civilisation normande.

Nous sommes entrés dans le petit bar bruissant d'une animation que la nuit ne laissait pas présager. Nous sommes accueillis par Hélène et Emmanuel qui font revivre le village et battre en choeur la campagne. Nous avons écouté un gars qui écrit des textes sur lesquels il met des notes de musique et une chanteuse accompagnée d'un contre-bassiste dont le physique a retenu toute l'attention de la gente féminine alors que concernant la chanteuse mon voisin me précisa qu'il n'avait aucune attirance pour la progéniture de Sim.

Et arrive le moment où il faut partir. On essaye toujours de prolonger un peu en espérant qu'il y en aura bien un qui dira "Bon, allez, on reste", le mieux étant "Allez, vous restez, on va bien réussir à se tasser", mais c'est rare. Pourquoi faut-il toujours quitter ceux avec qui on se sent bien, surtout si c'est pour finir par aller là où l'on a pas envie d'aller? A défaut de pouvoir rester, il faudrait pouvoir se quitter comme la lumière du jour laisse la place à la nuit.

mardi 30 octobre 2007

Merci Christine



Christine Lagarde, ministre de l'économie, des finances et de l'emploi est une pointure, du moins nous l'a-t-on vendu comme telle. Elle a exercé ses talents avec succès outre-Atlantique dans un des plus importants cabinets d'avocats. Ainsi, tout comme notre ami Jean-François, elle a su garder les pieds sur terre, se coltiner la réalité, ses escarpins couverts de la poussière des moquettes. Et pourtant...

Je la suis de près depuis quelques temps, friand de ses analyses de la situation. Elle occupe son poste actuel depuis le mois de juin. Ce matin, certainement après avoir potassé à fond les dossiers préparés par ses collaborateurs, elle analyse ainsi, sur France Info, la situation monétaire et pétrolière : "Christine Lagarde a par ailleurs souligné qu'un euro fort permet de compenser l'impact des prix élevés du pétrole qui sont libellés en dollar". A sa décharge, l'étude de son CV nous révèle qu'elle n'a pas bénéficié de formation en économie. Il me semble qu'un des engagements de Nicolas Sarkozy était d'être plus proche de ses concitoyens. A l'évidence, Christine Lagarde a fait sien cet engagement. La profondeur de son analyse en fait une femme comme les autres.

Il y a peu, pour mettre fin à la suspicion qui pesait sur les statistiques du chômage, madame Lagarde a, pour faire court, d'une part demandé à l'INSEE de revoir ses méthodes de calcul et d'autre part de ne plus publier que des statistiques trimestrielles, tout en maintenant les statistiques mensuelles de l'ANPE, considérant que seule cette périodicité trimestrielle permettrait d'apprécier une tendance, alors que des données mensuelles n'étaient sujettes qu'à des polémiques comme il se doit stériles. Ainsi, les prochaines statistiques dignes de foi seront publiées mi-novembre.

Pourtant, Madame Lagarde n'a pu s'empêcher de dire, à propos des statistiques mensuelles de septembre:
"Je vous signale que nous aurons à la fin de la journée un chiffre qui devrait être absolument positif... sur la baisse du nombre de demandeurs d'emploi"

Par ailleurs, le "absolument positif sur la baisse" est, comme l'on dit, absolument savoureux.gj

lundi 29 octobre 2007

Trois hommes et des confins

Samedi soir, je suis allé là où je n'étais jamais allé. J'ai découvert les confins du département de l'Eure. Les confins est une notion relative, bien répartie sur le territoire et accessible à tous. Chacun de nous a ses confins. Des extensions sont possibles. Il en est ainsi des confins de l'âme où il ne fait pas toujours bon s'aventurer.

Samedi donc, nous avons eu la chance d'atteindre deux fois les confins. Dans un premier temps, une étape dans le chef lieu des confins locaux et ensuite une longue pause dans les confins du terroir, les vrais, ces confins où l'indigène, quoique frustre et méfiant au premier abord, d'un sourire chaleureux et d'une poignée de main autant virile que caleuse vous signifie la bienvenue.

Après un trajet au cours duquel il fut principalement question d'une souris crevée à l'origine d'une odeur pestilentielle empêchant nos hôtes de dormir dans leur chambre, ce d'autant que cette bête crevée est à l'origine d'une recrudescence du nombre de mouches et dont le cadavre en décomposition fait office de garde-manger pour les larves fruits de la frénésie sexuelle qui s'est emparée des dites mouches, frénésie provoquée par l'odeur de putréfaction qui agit sur la mouche comme un puissant aphrodisiaque mais qui n'a pas le même effet sur nos hôtes qui, dans un premier temps ignorant l'origine du remugle, en attribuaient l'origine à leur conjoint à l'hygiène corporelle supposée négligée, nous finîmes par arriver à Verneuil sur avre.

Après nous être garés sur la belle place de l'église, comme promis, c'est avec impatience et mus par l'excitation de découvrir les nouvelles collections automne-hiver de gants et écharpes que nous avons pénétré dans le magasin sur le fronton duquel j'ai découvert son nom "De mère en fille". Une fois à l'intérieur, je peux vous dire que nous n'avons pas été déçus, la réalité s'affichait à la hauteur des attentes. Des gants, des écharpes, des chapeaux des plus classiques aux plus fous, de toutes les formes, de toutes les couleurs et même un bonnet pour rasta chauve.

Pendant que glissant d'une collection à l'autre et échangeant quelques bons mots qui faisaient sourire la propriétaire des lieux en proie au déchiffrement d'un petit carnet et m'attendant à voir entrer madame Bovary, nous apparurent au milieu des boas et des bijoux fantaisie deux jeunes femmes. Il y a des signes qui ne trompent pas. Autant certaines soirées avant même de commencer sentent le pâté, la foirade de première, autant il en est d'autres qui prennent la peine de nous envoyer des signes d'un proche avenir radieux. Samedi soir était une de ces soirées. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ces deux personnes que nous devions retrouver ailleurs plus tard étaient là maintenant. Après les embrassades et les sourires que la surprise prolongeait, c'est confiants et légers que nous décidâmes de nous diriger vers la prochaine étape que je vous conterai dans le détail lors d'une prochaine chronique.

vendredi 26 octobre 2007

Il ne manque que la photo



Chacun a une photo à mettre dans le cadre.


Un monde de brutes, de Jean-Michel Dumay
LE MONDE | 20.10.07 | 14h03 • Mis à jour le 20.10.07 | 14h03


obert Sutton, un professeur américain de management à la Stanford Engineering School, a théorisé récemment la notion du "coût total des sales cons" en entreprise (CTSC). A la suite d'un très sérieux article dans la Harvard Business Review, il a rédigé un "petit guide de survie face aux connards, despotes, enflures, harceleurs, trous du cul et autres personnes nuisibles qui sévissent au travail". Paru en France en avril (Objectif zéro-sale-con, Vuibert, 186 p., 18 €), le livre aurait quelque succès. Pour plus de détails, disons que le CTSC, qui peut s'avérer très élevé, est notamment corrélé à l'absentéisme, aux démissions ou dépressions engendrées au contact direct du "sale con". Etant entendu que la nature de celui-ci, à la définition duquel chacun d'entre nous n'a jamais la garantie de se soustraire, est repérable à la quantité d'insultes personnelles qu'il profère, à sa capacité d'envahir l'espace d'autrui sans vergogne, à intimider ou à humilier, souvent publiquement.



Si la chasse aux mauvais managers, à coups de formation au développement personnel et à la gestion des émotions, est monnaie de plus en plus courante en entreprise, celle-ci seule, cependant, ne saurait arriver à bout du monde de brutes que semble décrire la sociologie des organisations. Le stress, par exemple, en constitue l'avatar premier dans les sondages. Quels sont, selon vous, les mots qui décrivent le mieux la façon dont la plupart des gens vivent leur travail aujourd'hui ? questionnait l'institut TNS-Sofres pour l'hebdomadaire Pèlerin en juillet : "Le stress", répondaient en tête et sans ambiguïté 78 % des actifs - 92 % ajoutant croire que ce fléau touche aujourd'hui beaucoup ou un peu plus leur entourage au travail qu'il y a quelques années.

De fait, les changements dans l'organisation du travail ont induit une nouvelle donne relationnelle. L'évaluation individualisée des performances a copié-collé au coeur des entreprises l'univers concurrentiel du petit village global. Résultat, pour Christophe Dejours, psychiatre et psychanalyste, qui s'exprime ainsi dans Enjeux (octobre) : "Les relations de confiance ont déserté l'univers du travail. La convivialité, le vivre-ensemble ont disparu. Avec les "contrats d'objectifs", ce qui compte, c'est le résultat ; le chemin par lequel on y parvient n'intéresse pas."

En gagnant pas à pas chaque secteur d'activité soumis aux injonctions de la croissance, le culte de l'urgence et du court-termisme axe les efforts sur les moyens au détriment de la fin. Il détourne l'esprit du sens à donner à l'action. Du coup, il bloque toute volonté d'engagement, empêche toute consolidation, écarte toute construction de loyauté et de confiance mutuelle - les ferments, puis ciment, de toute stabilité. Dans cet univers morcelé sur la durée, chacun est fragmenté et sommé de s'adapter. Or, chacun le sait, le discours de l'adaptation se nourrit (aussi) des peurs et, notamment, celle, si présente, de l'exclusion. "D'où une solitude psychique et sociale, suggère Christophe Dejours. Les pathologies qui surgissent depuis quinze ans sont des pathologies de la solitude."

Au coeur de ce mouvement, et dans la sphère privée cette fois, Marie-France Hirigoyen note à son tour une augmentation de la dureté des relations (Les Nouvelles Solitudes, La Découverte, 216 p., 17 €). "L'exigence de perfection a rendu les relations entre sexes de plus en plus dures", écrit-elle. Les sites de rencontres prospèrent au service de consommateurs de l'autre de plus en plus exigeants. "Nous voulons que l'autre corresponde précisément à nos attentes et, si ce n'est pas le cas, la solution la moins dérangeante consiste à rompre et à passer à une autre relation." Cela se ferait sans gants. Au besoin avec des mots de plus en plus durs, de plus en plus violents. Avant de replonger dans la fausse douceur des très actuels paradis virtuels.


Jean-Michel Dumay

mardi 23 octobre 2007

Robert et moi (14)



J'effectue la sortie du magasin le disque à la main. Je vous rappelle que je viens d'acquérir le "IV" de Led Zeppelin. Durant le voyage je vais le tourner et le retourner. Arrivé à destination, je dois participer au déchargement de la voiture. Je ne vais pas jouer les Cosette mais un enfant de commerçant est corvéable à merci et il ne bénéficie pas de la protection du code du travail. Je travaillais plus mais pour ne rien gagner.

Une fois les travaux de manutention achevés, je suis monté dans ma chambre, le disque sous le bras. J'étais l'heureux occupant de ce que l'on appelait une chambre en rotin. Le lit, la table de nuit, le guéridon, le bureau intégré à l'armoire, le fauteuil, tout était en rotin. Je suppose que le rotin était un signe extérieur de richesse car ma mère ne se lassait pas de dire que son fils avait une chambre en rotin. Je vous parlerai dans le détail de ma chambre d'adolescent un peu plus tard.

J'étais également l'heureux propriétaire d'un tourne disque ressemblant à celui qui illustre cette chronique. L'appellation tourne disques correspond tout à fait à la réalité. Le mien possédait trois vitesses, 45, 33 et 13. Le treize tours était peut-être une anticipation d'un projet qui n'a jamais vu le jour. Ce tourne disques était vendu avec deux accessoires, l'un pour les 45 et l'autre pour les 33, qui permettaient, en supperposant les disques, de réaliser une programmation, ce qui pour les boum limonade était très pratique. Vous vous demandez peut-être ce qu'est une boum limonade. Je vous en ferai une description lors de la prochaine chronique.

Donc, évoluant dans le cadre de ma chambre en rotin, j'ouvre la porte de mon bureau, reproduction en rotin d'un pont-levis, porte sur laquelle je pose mon tourne disques. Je le branche mais pour une raison que j'ai oubliée, le fil se trouve dans le passage qui sépare ma chambre en rotin de la chambre contemporaine de mes parents. Le contemporain est fonctionnel. Il arrivait à mes parents de traverser ma chambre. Autant ma mère faisait l'effort de passer sous le fil, autant il était hors de question que mon père fasse de même. En fonction du moment de la journée, je pouvais être amené à débrancher plusieurs fois par face. Mon père n'a jamais partagé mes goûts musicaux. J'avoue que la réciproque était vraie.

Je vous raconterai la première écoute la prochaine fois. C'est promis.

Merci beaucoup Pierre

Sans sa permission, je me permets ici de reproduire un billet de Pierre Assouline sur la journée du 22 octobre. Je vous encourage à le lire. En le lisant, on a l'impression que tout est dit. Je ne vous cacherais pas que le passage sur Henri Guaino me comble.
Bonne journée.



Que faire de Guy Môquet ?
Il y a ceux qui, comme Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, liront eux-mêmes ce lundi la lettre d’adieu de Guy Môquet dans un lycée en prenant soin de la replacer dans son contexte et en faisant fi des problèmes de récupération que cela pose, persuadés de rendre ainsi un hommage à la Résistance à travers cette lecture tenue également comme une forme de “contestation de la politique qui est actuellement menée dans notre pays”.

Il y a ceux qui, tel Guy Krivopissko, conservateur du Musée de la Résistance nationale, recommanderont plutôt la lecture du poème saisi sur Guy Môquet le jour de son arrestation.

Il y a ceux qui, comme les adhérents syndiqués du SNES, appellent à un boycott collectif de cette lecture.

Il y a ceux qui appellent à manifester à Paris à la station de métro Guy-Môquet.

Il y a ceux qui, tel le psychiatre Xavier Pommereau, appellent à la plus grande prudence lorsque cette lettre sera lue à des adolescents, en la resituant précisément dans son contexte afin d’éviter tout contresens et de lever toute ambiguité, en précisant bien que “ce n’est pas la lettre de quelqu’un qui a choisi de mourir car (…) aujourd’hui, un adolescent qui voudrait en finir n’écrirait pas autre chose que ce qu’a écrit Guy Môquet”, précision qui a son importance lorsqu’on sait que le suicide est la seconde cause mortalité chez les 15-24 ans.

Il y a ceux qui, tels ces comédiens du Français, se réuniront avec Michel Favory à 20h au Théâtre du Vieux-Colombier à Paris pour lire les écrits des poètes de la Résistance.

Il y a ceux tels ces historiens membres du Comité de vigilance face aux usages publics de l’Histoire, qui dénoncent dans cette initiative son aspect purement commémoratif ajoutant l’esprit de communion, l’apologie du sacrifice et le désir d’union nationale à la dimension cérémonielle (monument aux morts, flamme de l’Arc de triomphe, devoir de mémoire) : “Chaque acteur de l’espace scolaire jugera de l’attitude qui lui paraît la plus juste, mais il ne nous apparaît pas possible, en tant qu’enseignants comme en tant que chercheurs, de cautionner un tel risque de confusion mémorielle“.

Il y a ceux qui, tel le journaliste Laurent Joffrin, directeur de Libération, pensent exactement le contraire et appellent les enseignants à lire cette lettre en cours… pour toutes les raisons invoquées justement par ses détracteurs car, selon lui, s’y refuser reviendrait à juger le chef de l’Etat non sur ses actes mais sur ses intentions…

Il y a ceux, tels les membres de l’Association des professeurs d’histoire et de géographie, qui refusent que la rôle de l’Etat aille au-delà de la commémoration, que son chef édicte ce qui doit s’enseigner et se permette d’empiéter sur la liberté pédagogique en rendant obligatoire ce qui devrait être laissé à l’appréciation de chacun. L’historien Jean-Pierre Azéma, l’un des meilleurs spécialistes de l’Occupation, ne dit rien d’autre lorsqu’il refuse “cette caporalisation mémorielle” (”Guy Môquet, Sarkozy et le roman national” in L’Histoire, No323, septembre 2007).

Il y a ceux telle Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, qui assisteront ce matin à 9h à la lecture de cette lettre au collège Paul Vaillant-Couturier à Argenteuil, et ce soir à 20h30 au concert de Paul MacCartney à l’Olympia.

Il y a ceux qui, tel le conseiller de l’Elysée Henri Guaino qui a eu cette idée de génie de rendre la mémoire obligatoire à jour et à heure fixes, liraient cette lettre à leurs élèves s’ils étaient leur professeur tout en soulignant son caractère universel, ne se formaliseraient de ce que “quelqu’un” a cru bon y remplacer “camarade” par “compagnon” dans l’intitulé de l’hommage officiel, ne comprendraient même pas que tous les enseignants ne la lisent pas, pousseraient le cynisme jusqu’à dénoncer dans “cette agitation de quelques professeurs (…) une attitude purement politicienne (..) une prise d’otage idéologique” et manifesteraient leur colère car “la nation mérite un peu de respect de la part de ceux qui sont sensés la servir”.

Afin que nul n’en ignore, rappelons donc que ce lundi 22 octobre 2007, les enseignants des écoles françaises sont requis par le président de la République, via une note de service du ministre de l’Education nationale, de lire solennellement en classe les derniers mots de Guy Môquet à la veille de son exécution le 22 octobre 1941. L’Elysée a tenu à rappeler que cette lecture était obligatoire mais que néanmoins, les contrevenants ne seraient pas sanctionnés. On croit rêver, mais non.


Si j’étais dans la situation d’un professeur du secondaire, j’annoncerais aujourd’hui à mes élèves que nous parlerons toute l’année, régulièrement, sauf ce lundi 22 octobre, de l’esprit de résistance tel qu’il s’illustre dans de magnifiques lettres de lycéens et d’étudiants, de toutes origines et de toutes tendances, dont celles de Guy Môquet et de ses compagnons, adressées à leurs proches à la veille d’être exécutés par les Allemands entre 1940 et 1944. L’Histoire n’est pas la mémoire. Sous l’influence d’Henri Guaino, ce type dangereux qui lui sert de plume et de conseiller, et qui lui a déjà pondu un discours affligeant aux Africains pour leur expliquer leur incapacité fondamentale à entrer dans l’Histoire, le chef de l’Etat a commis l’erreur non seulement d’instrumentaliser une mémoire et une tradition qui lui sont étrangères (pas la moindre impasse Guy Môquet à Neuilly mais un boulevard Maurice Barrès, ce qui n’est pas pour déplaire à M. Guaino qui se dit justement “de sensibilité barrésienne”) mais aussi la maladresse de l’incarner personnellement. Ce qu’il fait systématiquement en toutes circonstances au risque de se voir renvoyer à la figure une initiative qui pourrait être louable en son principe mais qui se métamorphose par sa faute en réflexe antisarkozyste. Cette fois, c’était une fois de trop. L’Elysée le sait mieux que quiconque car depuis des semaines, on y observe avec inquiétude, de rapports en notes confidentielles, la montée d’un mécontentement qui ne vient pas que de la gauche enseignante, il s’en faut.

dimanche 21 octobre 2007

Chronique du matin (précision)



L'illustration de la précédente chronique du matin a suscité quelques réactions internes à la cellule familiale. Il vous faut d'abord savoir qu'en choisissant cette illustration je ne pensais pas à mal. Cette illustration est un symbole qui, je le reconnais, n'a pas pour tous la même signification.

A la demande d'une personne qui m'est très proche, je précise, comme l'on dit, que toute ressemblance avec une personne existante ou ayant existé ne serait que pure coïncidence. De toute façon, je ne sais pas peindre.

Si vous le souhaitez je peux remplacer l'origine du monde par cet ange qui, je vous le concède, n'a rien à cacher. Il faut malgré tout que vous sachiez que de récentes recherches ont mis en évidence que les premières iconographies d'anges sont l'oeuvre d'un religieux du IV siècle que l'on soupçonne d'avoir été pédophile.

mercredi 17 octobre 2007

Chronique du matin (plaisir)


Le matin est parfois et parfois c'est souvent source de contrariétés. Mais le matin ne vaudrait d'être vécu s'il n'était peuplé de plaisirs et de désirs.

J'ai longtemps cru que je n'étais pas du matin, ce qui ne reposait sur rien car je ne suis pas certain d'avoir essayé avant d'essayer pour me rendre compte que j'étais autant du matin que du soir. Pour ce qui est de l'après-midi, je l'ai toujours été. Remarquez, c'est comme pour les filles, pendant plusieurs années je les trouvais idiotes. Un jour j'ai essayé, et j'ai constaté que j'étais plutôt filles. Même si c'est un mot que j'aime bien, je me demande ce que plutôt vient faire là, à moins que mon inconscient ne me laisse une porte de sortie.

Pour passer en revue désirs et plaisirs du matin, je me dois d'effectuer un flash back de plusieurs minutes.

Il fait encore nuit. Le silence est là si ce n'est le frôlement du souffle sur les lèvres. Les corps ne se doutent de rien. Le matin attend son tour. Il reste une seconde. Le sommeil nous préserve de l'angoisse du réveil.

Et badaboum, le radio réveil se met en marche. Je prends conscience du lit, de la chaleur qui me préserve de l'extérieur. Je m'étire dans la douceur des draps qui me caressent les jambes, les bras, les épaules... Je me tourne d'un côté, de l'autre pour essayer de retrouver la bonne position. Je finis par me recroqueviller non sans avoir remonté drap et couvertures de façon que seule dépasse ma tête. Je jette un coup d'oeil au réveil. Encore un quart d'heure. Une éternité. Je ferme les yeux et je laisse le temps m'engourdir. J'imagine souvent que le temps va ralentir, s'arrêter. J'aime sentir mon corps se détendre, échapper à mon esprit pour à nouveau me conduire d'un frôlement aux limites du sommeil. J'aime faire semblant de croire que la vie est presque parfaite. J'aime me dire jusqu'au dernier moment que je ne me léverai pas, que rien ne justifie que je quitte cet endroit où je suis si bien, que de toute façon personne ne viendra me chercher et je m'enfonce un peu plus vers le fond du lit. Il arrive qu'une de mes mains fasse preuve d'autonomie.

Pourquoi cette illustration? C'est toujours à regret que je quitte mon lit.

mardi 16 octobre 2007

François a dit


"Je dois le dire devant tous les élus qui sont présents ici : la réforme de l'Etat, cela supposera que nous soyons courageux,la réforme de l'Etat supposera que chacun d'entre nous accepte qu'il y ait moins de services, moins de personnel, moins d'Etat sur son territoire ".

Je ne serai pas long. Juste pour vous dire que dans cette phrase de François, prononcée devant les libéraux de l'UMP, ne riez pas, l'UMP est diverse, la preuve en est qu'il existe aussi un courant social-libéral de sensibilité gaulliste très actif. La gauche n'a pas le monopole de la sensibilité.

Je reprends. Cette phrase de François comporte rien moins que trois fois le mot moins. Si il n'y avait eu que deux moins, au bout du compte, moins par moins ça fait plus. Mais là, trois moins, vous aurez beau les retourner dans tous les sens, ça fera toujours moins.

Mis à part ce raisonnement foireux, François a le mérite d'annoncer la couleur. Il est écrit noir sur blanc que nous allons faire grise mine. A y réfléchir de plus près, est-ce que nous voulons vraiment qu'il y ait moins de service public ? Ayons conscience du sens de cette phrase, de son application sur le terrain, de ses conséquences sur notre vie de tous les jours.

En elle-même cette phrase n'a pas de sens. Pourquoi moins, moins, moins, pourquoi pas plus, moins, moins, ou plus, moins, plus. Comme cela est devenu une habitude, François argumente en disant que d'autres pays l'ont fait, donc c'est bien. Par ailleurs François me semble bien pressé. Il a commandé plusieurs audit qui doivent servir de base à la réforme de l'Etat. Le résultat de ces audit sera connu au printemps prochain. Ensuite il y aura des entretiens avec les partenaires sociaux. La réforme de l'Etat, comme l'on dit, s'inscrit dans le temps. Et voilà notre François, craignant peut-être que Nicolas ne le dise avant lui, nous annonce que ce sera moins, moins et moins.

Soyons optimistes, rien n'est fait puisque François le dit lui-même "il faudra que nous soyons courageux". J'en conclus qu'ils ne le sont pas encore mais qu'ils ont vocation à l'être. Quoi qu'il en soit, je ne vois pas de quel courage il parle.

Certains me reprochent de toujours m'en prendre à la majorité. Quand l'opposition agira et fera des propositions, c'est promis je ne les louperai pas.

Je ferai plus court la prochaine fois.

Merci Brice (pour rire)


Une contribution de Dominique qui à l'évidence se croit plus malin que tout le monde.

"Sacré Brice. Avant d'aller plus loin, je vous offre un retour en arrière. Il y a peu, Fadéla Amara qualifie de "dégueulasse" le contenu de l'amendement Mariani. Cette saillie provoque l'indignation de députés de la majorité qui se sentent gravement insultés et demandent des excuses. A cette occasion nous voyons réapparaître madame Morano, tout en finesse et retenue, qui nous fait le grand numéro de la prude offusquée. Pour tout dire, Fadéla Amara entretient la polémique dénoncée par notre ami François.

Et comme par miracle, le lendemain, sages et dociles, les pitbulls retournent dans leur niche et la vierge éffarouchée regagne sa chambre. Fadéla est invitée par Patrick, qui en connaît un rayon dans le domaine des insultes, à un petit déjeuner afin qu'elle puisse faire plus ample connaissance avec les députés de la majorité. A 24 heures près, c'était la salope qui allait chez les gros dégueulasses. Patrick n'est pas le seul à prendre soin de Fadéla. François en personne y va de son soutien. Il l'invite à prendre place dans son automobile pour, de concert, effectuer un voyage officiel. François est l'ami de Fadéla. Dans la bouche de François, il n'est plus question de polémique stérile et indigne et ridicule mais plutôt de l'expression de la diversité qui caractérise la société française.

Et ce matin, le pompon a été décroché par notre ami Brice qui à propos des propos de Fadéla nous dit avec aplomb " Par conviction je pense que tout débat enrichit et n'appauvrit pas." Donc, si j'ai bien compris, Fadéla participe au débat, ce débat enrichissant et par contre le Comité consultatif national d'éthique polémique.

Pour terminer, je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager la contribution au débat de Michèle, notre ministre de l'intérieur. Elle a ainsi affirmé : "il faut distinguer entre, peut-être, l'expression politique qui implique que chacun éventuellement peut donner un avis et participer à un débat" et "ce qu'attendent nos concitoyens, c'est-à-dire une visibilité".
J'ai bien envie de lui conseiller d'aller faire un tour à l'extérieur."

Vous aurez noté avec moi le parti pris de Dominique qui à l'évidence est tenaillé par un besoin de revanche.
Certains parmi vous se plaignent que sous couvert d'ouverture, je ne donnerais accès à cette tribune qu'aux gens de gauche, voire aux gauchistes. Pour toute réponse, je dirai simplement que je ne souhaite alimenter cette polémique.

lundi 15 octobre 2007

Robert et moi (13)






Ma première rencontre face à face avec Led Zeppelin n'a rien de glorieux. Je ne l'avais d'ailleurs jamais imaginée. A cette époque j'étais enfant unique, ce que je suis toujours. C'est une des constantes de ma vie. Je vivais seul. Avec mes parents, soit, mais seul. Je n'étais ni heureux ni franchement malheureux. D'un certain point de vue, je n'étais rien. Pour être plus précis, j'étais tout en intériorité.
Donc, un de ces jours qui ne ressemblait à rien, qui n'avait aucun intérêt pour un garçon de treize ans, je me trainais derrière mes parents dans une grande surface exclusivement réservée aux professionnels, ce qu'étaient mes parents. Je vivais avec des professionnels sans en avoir conscience.

Marchant dans les allées, entre les cornichons et les raviolis, je découvre ce que l'on appelerait aujourd'hui un espace culturel entièrement dédié à la musique. Il est fort probable que cet espace ne se trouvait pas à cet endroit mais on ne pouvait pas demander à ce magasin qui faisait dans le demi-gros de faire preuve de délicatesse. Je me dirige vers les bacs. Les passant en revue sans rien en attendre, je ne me souviens plus de leur contenu. Je tombe sur Led Zeppelin IV. J'étais en passe d'acquérir mon premier Led Zep. Dans son emballage de cellophane, je l'extrais. Bien sûr, je le regarde recto verso avec l'envie de lui arracher son enveloppe transparente. Avant il me faut m'assurer du financement parental et ensuite passer à la caisse.

Commencer par le IV c'est comme acheter, sitôt son permis en poche, une berline spacieuse, confortable aux sièges moelleux qui roule vers la plage sur une autoroute à huit voies. A son volant, une blonde à la bouche, vous êtes entre Robert et Jimmy, Bonzo vous donnant le tempo. Autrement dit, ce serait comme débuter par "Harvest" pour découvrir Neil Young, au risque de le confondre avec América.

En passant à la caisse, je ressens la fierté des initiés car sur la pochette il n'est fait aucune indication du nom du groupe de celui de l'album. Je suis impatient de l'écouter.

PS : Le résultat est tombé, brutal, sans appel. Je resterai de ce côté-ci de la Manche. Je ne fais pas partie des élus qui ont obtenu un billet pour le concert