mercredi 5 novembre 2014
Pas drôle
Peut-être le mensonge creuse-t-il la vie comme un ver dévore un cadavre. Il s’immisce. Rien ne le rebute. Plonge si profond que l'on finirait par l'oublier. Comme une fièvre qui ferait trembler nos lèvres, le mensonge est un tourment qui tourne autour, nous enserre. Ne subsiste que le souvenir de sa présence le jour où nous sommes devenus ce mensonge.
Celui d'après
J'allai sortir de l'ombre de la cabine. Même en l'absence de bruit j'hésitai. J'hésitai à me dissimuler pour partie. Après un temps de réflexion ou d'hésitation, j'enroulai la serviette autour de ma taille qui depuis quelque temps avait tendance à prendre de l'ampleur. Ce constat m'agaçait. D'autant que ce surplus de volume m'avait sauté aux yeux un de ces foutus matins, comme si cette transformation s'était insidieusement déroulée au cours de la nuit profitant de mon inattention. Je soupçonnais mon corps de procéder à une vengeance pour l'avoir pendant toutes ces années contraint à s'épuiser dans des courses sans fin, par tous les temps. Il était meurtri, marqué, traumatisé. Je l'entretenais sans en prendre soin. Il avait fini en quelque sorte par manifester son mécontentement réclamant certainement plus d'égard, de respect. Comme le disent ces onctueux psychothérapeutes, il faut savoir écouter son corps.
vendredi 31 octobre 2014
Est-ce
Toujours sans cesse.
Je discerne le battement.
Lorsque le souvenir est une caresse
Qu'il remonte profondément
Dans les flots qu'il délaisse
Il échoue dans l'écume de lumière
Le tourment le laisse
S'évaporer dans la chaleur des pierres.
Je discerne le battement.
Lorsque le souvenir est une caresse
Qu'il remonte profondément
Dans les flots qu'il délaisse
Il échoue dans l'écume de lumière
Le tourment le laisse
S'évaporer dans la chaleur des pierres.
jeudi 30 octobre 2014
De retour
Hendaye. J'ose le dire, il n'y a qu'Hendaye qui vaille. Qui vaille à l'âme et au corps. 25° à l'ombre et pourtant libre. Libre de plonger dans les rouleaux sans se décoiffer. Libre de se laisser emporter par la houle qui vous transporte et vous rejette sur le sable. Sur le sable et pourtant riche des rayons dorés d'une chaleur qui vous donne envie. Envie d'y retourner et de se laisser porter par le goût du sel et disparaître dans l'écume du mouvement. Pour cela, il suffit de se laisser glisser jusqu'à l'océan depuis les hauteurs d'Urrugne.
Musique
Hier soir. Déjà. Hier soir donc, je suis allé voir et écouter Christine and the Queens. J'y suis surtout allé pour the Queens. Autant vous dire que j'ai été déçu. Non. J'y suis allé comme accompagnateur. Sympathique, généreuse, souriante, belle voix, aisance corporelle qui se déploie sur toute la scène. Elle n'a pas en moi suscité un enthousiaste renversant. Pour autant, la soirée fut agréable.
En revanche, les addicts, les greffés, les casse-couilles du smartphoooone ne se lassent pas de polluer l'espace. Faut-il qu'ils aient l'esprit aussi étroit que l'écran de leur portable pour qu'une partie de la soirée ils le tiennent à bout de bras afin de capter en tout petit ce qui s'offre grandeur nature à leurs yeux. Faut-il que maintenant ne soit consacré qu'à l'après?
Voilà, j'ai fini de grogner.
En revanche, les addicts, les greffés, les casse-couilles du smartphoooone ne se lassent pas de polluer l'espace. Faut-il qu'ils aient l'esprit aussi étroit que l'écran de leur portable pour qu'une partie de la soirée ils le tiennent à bout de bras afin de capter en tout petit ce qui s'offre grandeur nature à leurs yeux. Faut-il que maintenant ne soit consacré qu'à l'après?
Voilà, j'ai fini de grogner.
samedi 18 octobre 2014
Point de vue
Sur les hauteurs de l’air apparaît la transparence
des lointains. Le regard transperce l'horizon. Les forces s’arrachent à la pesanteur. L’élan des pointes
découpe la vision. Ralentie par le froid
la lumière peine à accompagner le jour. Déterminé, le temps s'en étonne pourtant. Une envie de se jeter dans le vide pour ressentir les restes d'une éternité. Plonger dans la morsure de l'air pour que maintenant se rapproche.
jeudi 16 octobre 2014
Celui d'après
Le couloir dans lequel je m'engageai se prolongeait dans la pénombre. De chaque côté, des cabines aux portes de bois peintes en bleu. J'avançai encore. Encore un peu. Sans vraiment choisir, j'entrai dans l'une d'elle. Quels auraient pu être les critères de ce choix? Une fois la porte refermée, j'ôtai mes vêtements avec un soin inhabituel. Je marquai un temps avant la nudité totale et finis par laisser glisser le dernier élément de tissu. Une relative absence de lumière ne me permettait pas de m'observer. De façon assez prévisible, je ressentis une certaine liberté. Peut-être même de la légèreté. Je n'étais rien que ce que j'étais. Je devais en sourire. Comme si nous étions deux dans ce carré préventif. L'un de nous deux était heureux pour l'autre qui sans pudeur s’exhibait. Je n'étais encore jamais parvenu à être un adepte du corps masculin. Je lui trouvais quelque chose de superflu. Je ne m'autorisais que la fréquentation de mon propre corps.
mardi 14 octobre 2014
Reflet
Ce matin je l'ai senti. Avant même d'arriver dans la salle de bain. Je suis persuadé que les racines se trouvaient au plus profond de ma nuit. Une sensation familière que j'hésitais à qualifier. Outre que j'aime bien hésiter, il m'arrive de ne pas trouver les mots ou, plus modestement, le mot. Je me suis regardé dans la glace histoire de me dire quelque chose. Du style "Alors mon gars..." avec l'espoir, même ténu, de me faire sourire. Il ne m'a fallu que l'espace des trois petits points pour me rendre à l'évidence que ce serait peine perdue. Celui que j'avais en face de moi était en dessous de la ligne de flottaison. Je l'ai regardé avec tendresse, essayant de lui faire comprendre que j'étais avec lui. Mais rien n'y a fait. Sa tristesse troublait le reflet. L'air de rien je l'ai laissé face à son destin qui devait se dessiner sur le mur d'en face. Je me suis glissé sous la douche. Et là, l'accablement m'a rejoint dans la vapeur de l'eau qui ruisselait. Je me suis concentré sur le savonnage. J'en ai mis partout, même là où je ne vais jamais. J'ai regardé les bulles disparaître dans le siphon. Je suis sorti. J'ai attrapé une serviette et je me suis à nouveau planté devant le miroir. Il était toujours là, des gouttes en équilibre sur le crâne. J'ai vainement attendu qu'il me soutienne, ne serait-ce qu'un peu, ce qui aurait été un juste retour. Mais rien. Pas la moindre compassion. Aucune solidarité. Pourtant, je ne lui en veux pas. Je ne fais même que penser à lui depuis ce matin. Peut-être le retrouverai-je ce soir, une brosse à dents dans la bouche.
Sans doute
Un jour sûrement. Un jour à n'en pas douter. Un jour sans presque. Un jour où la voix sera au-delà. Un jour j'entendrai ton chant. Des mots que je ne comprendrai pas se faufileront entre les harmonies. Ce jour où le sens n'existera plus. Ce jour sans lien, délivré des souvenirs. Ce jour suffira.
lundi 13 octobre 2014
Hasard
L'amour du pareil au même. Presque le même que celui rencontré dans les brumes. Sur les pas de cette blancheur confuse. La falaise se disloquait. Le fruit de sa défaite roulait sous mes pieds. Hors de la lumière du jour, le ressac s'accrochait au mouvement comme un rappel de l'usure. Le sens suivait le hasard du désir. Que sa silhouette prenne mon rêve avant que le temps ne se méprenne. Que pouvais-je craindre de ce monde qui se cachait dans l'absence? Comme un fossile dans ce brouillard venu du large, chaque goutte était comme un souvenir qui s'estompe dans l'impatience.
Sa voix
La retrouver dans ces quelques mots de douleur. Je repousse le matin. Encore un peu de temps. Encore un peu de temps pour me blottir. Pour que les caresses ne cessent. Pour que tout disparaisse. Jusqu'au jour où il ne restera rien. Demeurera cet instant. Cette solitude qui nous a ensevelis.
samedi 11 octobre 2014
Celui d'après
Délaissant provisoirement mes souvenirs, j'entrai dans le hammam. Un
homme, plutôt jeune, c'est à dire moins âgé que moi, se trouvait
derrière un comptoir d'une couleur respectable. Je vis tout de suite
dans son regard que quelque chose le chagrinait. Comme si son attitude
avait été une injonction, je stoppai ma progression vers lui. Depuis
tout petit j'ai une âme de coupable. Je ne sais pas d'où me vient cette
facilité à me sentir en faute. Quoi qu'il en soit, sur le moment, sans
qu'un seul mot ne soit échangé, j'étais certain d'avoir enfreint un
point de règlement. Peut-être fallait-il que je me déchausse avant
d'entrer ou que je baisse les yeux en entrant en ce lieu dont dieu ne
pouvait être absent? En ces moment d'incertitude timorée je ne brillais
pas par mon intelligence ou par toute autre manifestation d'une humanité
de bon aloi.
Je ne pouvais pas concevoir de faire demi-tour. Je m'avançai jusqu'à lui et lui fis part de mon intention de profiter de la chaleur ambiante. Avec une amabilité souriante, il me fit remarquer que l'entrée était réservée aux femmes. A la suite de cette révélation le silence s'installa. Je devinai dans son attitude combien il était désolé. Je ne savais pas trop quoi faire. Le sourire qu'il m'offrait m'empêchait d'évaluer sa détermination. Je n'avais pourtant pas l'intention de me conformer au règlement. En retour je lui souriais. J'avais conscience que ce ne serait pas suffisant. Pourtant, j'hésitais à lui parler, à argumenter. Il fallait que je l'entraîne à passer outre la règle sans qu'il se sente en danger, manipulé. Il fallait que j'utilise les circonstances et non pas remettre en cause le fait que les hommes ne pouvaient pénétrer en ce lieu. De toute façon, je ne sais pas convaincre. Dans mes relations avec les autres, je ne suis jamais crédible. Je donne cette impression de distance, de n'aspirer qu'à la solitude, cette solitude qui ne donne pas envie.
Sans trop savoir où j'allais, je lui fis remarquer qu'il ne restait que quelques minutes avant la fermeture et qu'en conséquence il était probable qu'il n'y ait plus personne. Peut-être avait-il la possibilité de le savoir. Il ne répondit pas à ma question. Je lui précisais alors, quel argument, que je pouvais m'aventurer à l'intérieur et que si je rencontrais quelqu'un, qui s'avérerait être une quelqu'une, il pouvait compter sur moi pour que je fasse demi-tour. Je n'avais quand même pas la tête d'un pervers. Il pouvait me faire confiance. De plus, dans ce cas, je ne demanderais pas à me faire rembourser. J'attendis sa réponse. Il resta silencieux. Illusion ou pas, la nature de son silence avait changé. C'était à présent un silence encourageant enrobé d'un sourire compréhensif. Il posa une serviette blanche sur le comptoir qui nous séparait. Je pris la direction des vestiaires.
Je ne pouvais pas concevoir de faire demi-tour. Je m'avançai jusqu'à lui et lui fis part de mon intention de profiter de la chaleur ambiante. Avec une amabilité souriante, il me fit remarquer que l'entrée était réservée aux femmes. A la suite de cette révélation le silence s'installa. Je devinai dans son attitude combien il était désolé. Je ne savais pas trop quoi faire. Le sourire qu'il m'offrait m'empêchait d'évaluer sa détermination. Je n'avais pourtant pas l'intention de me conformer au règlement. En retour je lui souriais. J'avais conscience que ce ne serait pas suffisant. Pourtant, j'hésitais à lui parler, à argumenter. Il fallait que je l'entraîne à passer outre la règle sans qu'il se sente en danger, manipulé. Il fallait que j'utilise les circonstances et non pas remettre en cause le fait que les hommes ne pouvaient pénétrer en ce lieu. De toute façon, je ne sais pas convaincre. Dans mes relations avec les autres, je ne suis jamais crédible. Je donne cette impression de distance, de n'aspirer qu'à la solitude, cette solitude qui ne donne pas envie.
Sans trop savoir où j'allais, je lui fis remarquer qu'il ne restait que quelques minutes avant la fermeture et qu'en conséquence il était probable qu'il n'y ait plus personne. Peut-être avait-il la possibilité de le savoir. Il ne répondit pas à ma question. Je lui précisais alors, quel argument, que je pouvais m'aventurer à l'intérieur et que si je rencontrais quelqu'un, qui s'avérerait être une quelqu'une, il pouvait compter sur moi pour que je fasse demi-tour. Je n'avais quand même pas la tête d'un pervers. Il pouvait me faire confiance. De plus, dans ce cas, je ne demanderais pas à me faire rembourser. J'attendis sa réponse. Il resta silencieux. Illusion ou pas, la nature de son silence avait changé. C'était à présent un silence encourageant enrobé d'un sourire compréhensif. Il posa une serviette blanche sur le comptoir qui nous séparait. Je pris la direction des vestiaires.
mercredi 8 octobre 2014
Profondeur
Le temps a passé. Je l’ai laissé s’éloigner.
J’espérais qu’il t’emporterait, qu’il nous emporterait avec l’amour, cet
amour que tu avais fait naître en moi.
J’étais près de toi. Si près que j’entendais l’éveil des feuilles. Le
mouvement des jours se perdait entre tes doigts. De tes lèvres
s’échappaient des notes claires et sombres. Les instants étaient des
éternités brisées. Les mots retraçaient des vérités qui
t’apaisaient. Peut-être déjà une autre vie.
Celui d'après
Je regardai l'heure. J'avais raté mon train. Je prendrai celui d'après. Après quelques pas, j'entrai dans le hammam avec des souvenirs. Les souvenirs d'une ville de l'Est. Cet ex Est qui fut des plus gris et austère, soumis pendant de nombreuses années à un hiver idéologique. Pendant plusieurs décennies, la seule preuve de l'existence du temps étaient les fissures grandissantes qui ornaient les murs des villas couleur sable qui s'imposaient le long d'avenues bordées d'arbres qui semblaient hésiter à se déployer au-delà des trottoirs sur lesquels marchaient ces femmes et ces hommes dont les souffrances ne sont peut-être même plus des souvenirs alors que je me dirigeais vers les bains alimentés par les sources chaudes qui se faufilent sous la ville. Durant toute un après-midi, je passais d'un bain à l'autre, me laissant aller à l'eau qui passait du tiède au chaud. Le plaisir d'avoir un corps.
mercredi 24 septembre 2014
Celui d'après
«Il arrive que nos cœurs soient profondément liés à un partenaire de long terme, mais que nos corps s'ennuient.» Cette phrase de Andi Schreiber m'est revenu à l'esprit. Un homme plutôt voûté marchait vers la sortie du jardin. L'évidence m'a heurté. Un jour, mon corps ne serait plus désiré par personne. Plus aucune femme n'aura envie de le caresser, ni même de le regarder. Aucune main ne glissera plus entre mes cuisses. Plus aucune bouche n'accueillera mon désir. Plus aucune lèvre ne me fera fondre. Même ma main n'aura plus envie. je haïrai les souvenirs. Le souvenir de nos étreintes, de ces moments où je disparaissais dans ton souffle, où je m'évanouissais entre tes bras, où je me noyais dans ton plaisir. Ma vie se dissimulera dans le lointain. Je pensais à ce jour, ce jour où je serai ignorant, ignorant qu'une dernière fois dans l'aire d'un lit j'aurais repris mon souffle.
Comme si je voulais oublier ce qui allait se passer, je me suis levé. J'ai regardé autour de moi. Je n'avais pas envie de rentrer. Même si bientôt le soleil se contenterait de se laisser deviner, j'avais mieux à faire. J'avais envie de volupté et d'abandon.
Comme si je voulais oublier ce qui allait se passer, je me suis levé. J'ai regardé autour de moi. Je n'avais pas envie de rentrer. Même si bientôt le soleil se contenterait de se laisser deviner, j'avais mieux à faire. J'avais envie de volupté et d'abandon.
lundi 22 septembre 2014
Celui d'après
Je suis sorti de l’église emportant avec
moi son silence. Silence que je retrouvais en pénétrant dans les jardins de la
mosquée. Je me suis assis sur un banc. J'ai regardé le sol. Je pensais à la
vie. Cette vie que je traversais. Ma vie. Cette sensation de ne pas vivre comme
si je n'avais qu'une vie. C'était comme si j'attendais quelque chose avant de
commencer à vivre. Ma vie était dans un entrepôt attendant que je vienne la retirer.
J'en ignorais la date de péremption.
Une feuille est tombée d'un arbre. Le vent ou la fatigue. J'ai entendu le bruit. Un bruit léger. Dans sa chute elle a frôlé d'autres condisciples. Elle rebondit. Je l'ai perdue de vue. Je voulais suivre sa progression vers le sol, absolument la voir se poser. Je lui offris toute mon attention. Un mouvement l'a éloignée des branches. Elle était dans la lumière. Comme si elle avait eu la volonté de retarder son contact avec le sol, elle décrivit des arcs de cercle. Sa légèreté ne la sauva pas. Elle rejoignit celles qui l'avaient précédée. Elles formaient une ondulation sèche et bruissante. Les pieds des derniers visiteurs leur donnaient un dernier élan vers l'ombre du soir.
Une feuille est tombée d'un arbre. Le vent ou la fatigue. J'ai entendu le bruit. Un bruit léger. Dans sa chute elle a frôlé d'autres condisciples. Elle rebondit. Je l'ai perdue de vue. Je voulais suivre sa progression vers le sol, absolument la voir se poser. Je lui offris toute mon attention. Un mouvement l'a éloignée des branches. Elle était dans la lumière. Comme si elle avait eu la volonté de retarder son contact avec le sol, elle décrivit des arcs de cercle. Sa légèreté ne la sauva pas. Elle rejoignit celles qui l'avaient précédée. Elles formaient une ondulation sèche et bruissante. Les pieds des derniers visiteurs leur donnaient un dernier élan vers l'ombre du soir.
lundi 15 septembre 2014
Celui d'après
Je n'ai jamais trouvé cette âme. Ni après avoir passé la porte ni dans cette église. Après m’être assis sur le banc, je consacrai
quelques minutes à observer mon environnement. Je n’étais qu’un regard.
La sobriété du lieu me reposait. Elle
me préservait d’une introspection. Je n’allais découvrir aucun secret,
aucune vérité. Je regardai la croix. Du bois, sur lequel était fixée une
sculpture. Le message m’échappait certainement. Les vitraux retraçaient le chemin de la souffrance, du sacrifice, de cette quête du pardon qui ne peut qu'atténuer la culpabilité. En observant ces signes forçant le trait d'une condition humaine peu enviable, j'étais dans l'obligation de m'avouer que je n'étais pas étranger à cette représentation. Même si je voulais apparaître comme un étranger en ce lieu, comme un élément neutre, je devais bien m'avouer que ma vie était parsemée de culpabilité. Malgré mes efforts de légèreté, j'étais un coupable dans l'âme. Parfois coupable de tout et parfois coupable sans en connaître l'objet. Pourtant, ce que je voyais finit par m'insupporter. La représentation d’un
esprit, d’une souffrance était une contrainte,
un obstacle. Je n’avais besoin de rien pour croire. Être en vie me
suffisait.
jeudi 11 septembre 2014
Maintenant
Je tente de rester à la surface de la mort. Là où la lumière réchauffe
les ombres. Je ne veux pas imaginer cette terre qui grouille. Je ne veux pas de
cette mémoire qui fouille. J’ai peur de ces souvenirs qui s’enfoncent. Je veux
oublier ces espoirs qui pourrissent. Je veux m’éloigner de ce vide qui vrille. J’ai
besoin de croire en cette autre chose, ce prolongement de mon amour.
mardi 9 septembre 2014
Celui d'après
J’entrai et trouvai le silence. Un silence qui comme l’air envahissait l’espace et m’entourait
de sa lenteur. Je lui laissais le temps. En ces premières secondes je n'ai rien ressenti. Je n'ai pas vu mon âme s'élever. Enfant, lorsqu'à genoux aux pieds d'un Christ crucifié (il m'a fallu plusieurs années pour découvrir qu'il n'avait pas passé toute sa vie sur la croix) se finissait ma confession qui en règle générale consistait à lire une liste de péchés plutôt véniels (mots dont j'ignorais la signification) affichée au mur, de sa voix miséricordieuse le prêtre, après avoir donné le détail de ma pénitence toujours composée de "Notre père" et "je vous salue Marie" en plusieurs exemplaires à réciter dans l'ombre de la contrition rédemptrice et alors que déjà je lui tournais le dos pour sortir de son bureau sorte de confessionnal convivial, me disait ainsi ton âme sera plus légère libérée du poids de ta faiblesse. Passé la porte, j'avais cette vaine volonté me sentir plus léger, libéré de je ne sais quoi. Si j'en croyais cette sainteté mon âme était à nouveau blanche. C'était cette époque de ma vie où je me devais d'accepter le sort qui m'était réservé. Malgré tout, sentant la caresse d'un sentiment de culpabilité, je ne pouvais m'empêcher de me poser cette question : où mon âme se trouve-t-elle?
mercredi 3 septembre 2014
Celui d'après
Si je pouvais me donner cette impression de marcher au hasard, j’étais à la recherche de quelque chose. Il me restait à déterminer la nature de ce quelque chose. Je jouais à être un homme sans passé, peu préoccupé de son avenir. Je voulais me sentir léger, être l'instant. J'étais un corps en mouvement. Je regardais les passants, l'agitation ambiante comme un spectacle qui me serait offert.
Après quelques pas je me retrouvai face à la grande mosquée, la grande mosquée de Paris. L'idée de dieu ne m'avait pas traversé l'esprit. Si j'exclus les présences forcées qui ont jalonné mon enfance et qui me voyait sur les bancs d'églises pour assister à des messes interminables et froides, j'avais peu fréquenté ce que j'appellerais les lieux saints. Hors les visites touristiques qui étaient teintées d'un soupçon de profanation, il m'était arrivé de passer du temps dans une église. J'ai un souvenir précis de l'une d'elle.
C’était
une église plutôt sobre. Bien sûr, certains signes ne laissaient aucun doute
sur le caractère catholique de l’édifice mais je ne me sentais pas écrasé par
une affirmation triomphante. C’était comme si ceux qui avaient participé à la
conception et à la construction de cette église y avaient glissé un espace de
neutralité spirituelle.
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