Délaissant provisoirement mes souvenirs, j'entrai dans le hammam. Un
homme, plutôt jeune, c'est à dire moins âgé que moi, se trouvait
derrière un comptoir d'une couleur respectable. Je vis tout de suite
dans son regard que quelque chose le chagrinait. Comme si son attitude
avait été une injonction, je stoppai ma progression vers lui. Depuis
tout petit j'ai une âme de coupable. Je ne sais pas d'où me vient cette
facilité à me sentir en faute. Quoi qu'il en soit, sur le moment, sans
qu'un seul mot ne soit échangé, j'étais certain d'avoir enfreint un
point de règlement. Peut-être fallait-il que je me déchausse avant
d'entrer ou que je baisse les yeux en entrant en ce lieu dont dieu ne
pouvait être absent? En ces moment d'incertitude timorée je ne brillais
pas par mon intelligence ou par toute autre manifestation d'une humanité
de bon aloi.
Je ne pouvais pas concevoir de faire demi-tour. Je m'avançai jusqu'à lui et lui fis part de mon intention de profiter de la chaleur ambiante. Avec une amabilité souriante, il me fit remarquer que l'entrée était réservée aux femmes. A la suite de cette révélation le silence s'installa. Je devinai dans son attitude combien il était désolé. Je ne savais pas trop quoi faire. Le sourire qu'il m'offrait m'empêchait d'évaluer sa détermination. Je n'avais pourtant pas l'intention de me conformer au règlement. En retour je lui souriais. J'avais conscience que ce ne serait pas suffisant. Pourtant, j'hésitais à lui parler, à argumenter. Il fallait que je l'entraîne à passer outre la règle sans qu'il se sente en danger, manipulé. Il fallait que j'utilise les circonstances et non pas remettre en cause le fait que les hommes ne pouvaient pénétrer en ce lieu. De toute façon, je ne sais pas convaincre. Dans mes relations avec les autres, je ne suis jamais crédible. Je donne cette impression de distance, de n'aspirer qu'à la solitude, cette solitude qui ne donne pas envie.
Sans trop savoir où j'allais, je lui fis remarquer qu'il ne restait que quelques minutes avant la fermeture et qu'en conséquence il était probable qu'il n'y ait plus personne. Peut-être avait-il la possibilité de le savoir. Il ne répondit pas à ma question. Je lui précisais alors, quel argument, que je pouvais m'aventurer à l'intérieur et que si je rencontrais quelqu'un, qui s'avérerait être une quelqu'une, il pouvait compter sur moi pour que je fasse demi-tour. Je n'avais quand même pas la tête d'un pervers. Il pouvait me faire confiance. De plus, dans ce cas, je ne demanderais pas à me faire rembourser. J'attendis sa réponse. Il resta silencieux. Illusion ou pas, la nature de son silence avait changé. C'était à présent un silence encourageant enrobé d'un sourire compréhensif. Il posa une serviette blanche sur le comptoir qui nous séparait. Je pris la direction des vestiaires.
samedi 11 octobre 2014
mercredi 8 octobre 2014
Profondeur
Le temps a passé. Je l’ai laissé s’éloigner.
J’espérais qu’il t’emporterait, qu’il nous emporterait avec l’amour, cet
amour que tu avais fait naître en moi.
J’étais près de toi. Si près que j’entendais l’éveil des feuilles. Le
mouvement des jours se perdait entre tes doigts. De tes lèvres
s’échappaient des notes claires et sombres. Les instants étaient des
éternités brisées. Les mots retraçaient des vérités qui
t’apaisaient. Peut-être déjà une autre vie.
Celui d'après
Je regardai l'heure. J'avais raté mon train. Je prendrai celui d'après. Après quelques pas, j'entrai dans le hammam avec des souvenirs. Les souvenirs d'une ville de l'Est. Cet ex Est qui fut des plus gris et austère, soumis pendant de nombreuses années à un hiver idéologique. Pendant plusieurs décennies, la seule preuve de l'existence du temps étaient les fissures grandissantes qui ornaient les murs des villas couleur sable qui s'imposaient le long d'avenues bordées d'arbres qui semblaient hésiter à se déployer au-delà des trottoirs sur lesquels marchaient ces femmes et ces hommes dont les souffrances ne sont peut-être même plus des souvenirs alors que je me dirigeais vers les bains alimentés par les sources chaudes qui se faufilent sous la ville. Durant toute un après-midi, je passais d'un bain à l'autre, me laissant aller à l'eau qui passait du tiède au chaud. Le plaisir d'avoir un corps.
mercredi 24 septembre 2014
Celui d'après
«Il arrive que nos cœurs soient profondément liés à un partenaire de long terme, mais que nos corps s'ennuient.» Cette phrase de Andi Schreiber m'est revenu à l'esprit. Un homme plutôt voûté marchait vers la sortie du jardin. L'évidence m'a heurté. Un jour, mon corps ne serait plus désiré par personne. Plus aucune femme n'aura envie de le caresser, ni même de le regarder. Aucune main ne glissera plus entre mes cuisses. Plus aucune bouche n'accueillera mon désir. Plus aucune lèvre ne me fera fondre. Même ma main n'aura plus envie. je haïrai les souvenirs. Le souvenir de nos étreintes, de ces moments où je disparaissais dans ton souffle, où je m'évanouissais entre tes bras, où je me noyais dans ton plaisir. Ma vie se dissimulera dans le lointain. Je pensais à ce jour, ce jour où je serai ignorant, ignorant qu'une dernière fois dans l'aire d'un lit j'aurais repris mon souffle.
Comme si je voulais oublier ce qui allait se passer, je me suis levé. J'ai regardé autour de moi. Je n'avais pas envie de rentrer. Même si bientôt le soleil se contenterait de se laisser deviner, j'avais mieux à faire. J'avais envie de volupté et d'abandon.
Comme si je voulais oublier ce qui allait se passer, je me suis levé. J'ai regardé autour de moi. Je n'avais pas envie de rentrer. Même si bientôt le soleil se contenterait de se laisser deviner, j'avais mieux à faire. J'avais envie de volupté et d'abandon.
lundi 22 septembre 2014
Celui d'après
Je suis sorti de l’église emportant avec
moi son silence. Silence que je retrouvais en pénétrant dans les jardins de la
mosquée. Je me suis assis sur un banc. J'ai regardé le sol. Je pensais à la
vie. Cette vie que je traversais. Ma vie. Cette sensation de ne pas vivre comme
si je n'avais qu'une vie. C'était comme si j'attendais quelque chose avant de
commencer à vivre. Ma vie était dans un entrepôt attendant que je vienne la retirer.
J'en ignorais la date de péremption.
Une feuille est tombée d'un arbre. Le vent ou la fatigue. J'ai entendu le bruit. Un bruit léger. Dans sa chute elle a frôlé d'autres condisciples. Elle rebondit. Je l'ai perdue de vue. Je voulais suivre sa progression vers le sol, absolument la voir se poser. Je lui offris toute mon attention. Un mouvement l'a éloignée des branches. Elle était dans la lumière. Comme si elle avait eu la volonté de retarder son contact avec le sol, elle décrivit des arcs de cercle. Sa légèreté ne la sauva pas. Elle rejoignit celles qui l'avaient précédée. Elles formaient une ondulation sèche et bruissante. Les pieds des derniers visiteurs leur donnaient un dernier élan vers l'ombre du soir.
Une feuille est tombée d'un arbre. Le vent ou la fatigue. J'ai entendu le bruit. Un bruit léger. Dans sa chute elle a frôlé d'autres condisciples. Elle rebondit. Je l'ai perdue de vue. Je voulais suivre sa progression vers le sol, absolument la voir se poser. Je lui offris toute mon attention. Un mouvement l'a éloignée des branches. Elle était dans la lumière. Comme si elle avait eu la volonté de retarder son contact avec le sol, elle décrivit des arcs de cercle. Sa légèreté ne la sauva pas. Elle rejoignit celles qui l'avaient précédée. Elles formaient une ondulation sèche et bruissante. Les pieds des derniers visiteurs leur donnaient un dernier élan vers l'ombre du soir.
lundi 15 septembre 2014
Celui d'après
Je n'ai jamais trouvé cette âme. Ni après avoir passé la porte ni dans cette église. Après m’être assis sur le banc, je consacrai
quelques minutes à observer mon environnement. Je n’étais qu’un regard.
La sobriété du lieu me reposait. Elle
me préservait d’une introspection. Je n’allais découvrir aucun secret,
aucune vérité. Je regardai la croix. Du bois, sur lequel était fixée une
sculpture. Le message m’échappait certainement. Les vitraux retraçaient le chemin de la souffrance, du sacrifice, de cette quête du pardon qui ne peut qu'atténuer la culpabilité. En observant ces signes forçant le trait d'une condition humaine peu enviable, j'étais dans l'obligation de m'avouer que je n'étais pas étranger à cette représentation. Même si je voulais apparaître comme un étranger en ce lieu, comme un élément neutre, je devais bien m'avouer que ma vie était parsemée de culpabilité. Malgré mes efforts de légèreté, j'étais un coupable dans l'âme. Parfois coupable de tout et parfois coupable sans en connaître l'objet. Pourtant, ce que je voyais finit par m'insupporter. La représentation d’un
esprit, d’une souffrance était une contrainte,
un obstacle. Je n’avais besoin de rien pour croire. Être en vie me
suffisait.
jeudi 11 septembre 2014
Maintenant
Je tente de rester à la surface de la mort. Là où la lumière réchauffe
les ombres. Je ne veux pas imaginer cette terre qui grouille. Je ne veux pas de
cette mémoire qui fouille. J’ai peur de ces souvenirs qui s’enfoncent. Je veux
oublier ces espoirs qui pourrissent. Je veux m’éloigner de ce vide qui vrille. J’ai
besoin de croire en cette autre chose, ce prolongement de mon amour.
mardi 9 septembre 2014
Celui d'après
J’entrai et trouvai le silence. Un silence qui comme l’air envahissait l’espace et m’entourait
de sa lenteur. Je lui laissais le temps. En ces premières secondes je n'ai rien ressenti. Je n'ai pas vu mon âme s'élever. Enfant, lorsqu'à genoux aux pieds d'un Christ crucifié (il m'a fallu plusieurs années pour découvrir qu'il n'avait pas passé toute sa vie sur la croix) se finissait ma confession qui en règle générale consistait à lire une liste de péchés plutôt véniels (mots dont j'ignorais la signification) affichée au mur, de sa voix miséricordieuse le prêtre, après avoir donné le détail de ma pénitence toujours composée de "Notre père" et "je vous salue Marie" en plusieurs exemplaires à réciter dans l'ombre de la contrition rédemptrice et alors que déjà je lui tournais le dos pour sortir de son bureau sorte de confessionnal convivial, me disait ainsi ton âme sera plus légère libérée du poids de ta faiblesse. Passé la porte, j'avais cette vaine volonté me sentir plus léger, libéré de je ne sais quoi. Si j'en croyais cette sainteté mon âme était à nouveau blanche. C'était cette époque de ma vie où je me devais d'accepter le sort qui m'était réservé. Malgré tout, sentant la caresse d'un sentiment de culpabilité, je ne pouvais m'empêcher de me poser cette question : où mon âme se trouve-t-elle?
mercredi 3 septembre 2014
Celui d'après
Si je pouvais me donner cette impression de marcher au hasard, j’étais à la recherche de quelque chose. Il me restait à déterminer la nature de ce quelque chose. Je jouais à être un homme sans passé, peu préoccupé de son avenir. Je voulais me sentir léger, être l'instant. J'étais un corps en mouvement. Je regardais les passants, l'agitation ambiante comme un spectacle qui me serait offert.
Après quelques pas je me retrouvai face à la grande mosquée, la grande mosquée de Paris. L'idée de dieu ne m'avait pas traversé l'esprit. Si j'exclus les présences forcées qui ont jalonné mon enfance et qui me voyait sur les bancs d'églises pour assister à des messes interminables et froides, j'avais peu fréquenté ce que j'appellerais les lieux saints. Hors les visites touristiques qui étaient teintées d'un soupçon de profanation, il m'était arrivé de passer du temps dans une église. J'ai un souvenir précis de l'une d'elle.
C’était
une église plutôt sobre. Bien sûr, certains signes ne laissaient aucun doute
sur le caractère catholique de l’édifice mais je ne me sentais pas écrasé par
une affirmation triomphante. C’était comme si ceux qui avaient participé à la
conception et à la construction de cette église y avaient glissé un espace de
neutralité spirituelle.
lundi 25 août 2014
Celui d'après
J'entrai dans le jardin. Ce n'était pas ma première traversée. Des parcelles aux angles droits. Des alignements de verts et d'autres couleurs. Une volonté de contenir, de prévenir d'éventuels débordements. Peut-être la peur du hasard. Un ensemble qui me paraissait figé, hermétique à toute évolution, si ce n'est à celle des saisons. L'archétype du jardin scientifique, fruit de théorèmes, planté de racines carrées sur lesquelles régnait la statue de Buffon. Mais ce jour là peu m'importait. Elles pouvaient pousser comme bon leur semblait. J'étais dissocié, un mouvement dans l'air, sans destination si ce n'est celle d'aller quelque part sans volonté particulière d'y parvenir. Je laissai les grilles derrière moi et débouchai place du Puits de l'Hermite.
samedi 23 août 2014
Tentative
Désespérément à la
recherche de doux pieds
Qui éclaire le fond des
yeux du faiseur de crime
Jamais plus il ne se
contentera de mime
Quel que soit le vert
lapidaire qui seul lui sied
Compter toujours pour
retomber sur ses petons
Tout en gardant sur la
langue la lenteur d’un rythme
Laisse se dérouler les contretemps du film
Images dont aujourd’hui
nous nous souvenons
Parfois froissées nous nous abîmons dans leurs plis
Alors le temps, souvenirs cassés, ressurgit
Il bondit d'âme en âme comme l'ombre d'un ballon
Nos lèvres s'ouvrent dans le silence de pierre
Nous oublions la musique des voix d'hier
Il reste les mots du sang sur qui nous comptons
Parfois froissées nous nous abîmons dans leurs plis
Alors le temps, souvenirs cassés, ressurgit
Il bondit d'âme en âme comme l'ombre d'un ballon
Nos lèvres s'ouvrent dans le silence de pierre
Nous oublions la musique des voix d'hier
Il reste les mots du sang sur qui nous comptons
mercredi 20 août 2014
Celui d'après
Ayant repéré un panneau sortie, j'empruntai un couloir, montai quelques marches et me retrouvai sur le trottoir, rue Monge. Puisque je ne l'avais plus, j'allais prendre mon temps. Probablement un autre temps, celui qu'aucun mécanisme ne peut mesurer, ce temps qui n'existe pas, qui ne marque rien, qui échappe à la mémoire collective, que l'on ne retrouve sur aucune photo, dans aucune bibliothèque, dans aucune chronique, qui échappe à la parole. Ce temps qui ne se partage pas, qui se dilue dans l'air.
Je pris à gauche. J'aime marcher au hasard, surtout à Paris. Passer d'une rue à une autre, d'un arrondissement à un autre, changer de trottoir comme je changeais de pays. Exagération, mais j'avais à chaque fois l'impression d'être ailleurs. Marcher ainsi au hasard me permet de m'affranchir de toute contrainte. Inutile de savoir où je vais, aucune heure fatidique. Une rivière qui coulerait sans jamais se jeter dans la mer. Le courant me déposa à l'entrée du jardin des plantes.
Je pris à gauche. J'aime marcher au hasard, surtout à Paris. Passer d'une rue à une autre, d'un arrondissement à un autre, changer de trottoir comme je changeais de pays. Exagération, mais j'avais à chaque fois l'impression d'être ailleurs. Marcher ainsi au hasard me permet de m'affranchir de toute contrainte. Inutile de savoir où je vais, aucune heure fatidique. Une rivière qui coulerait sans jamais se jeter dans la mer. Le courant me déposa à l'entrée du jardin des plantes.
dimanche 17 août 2014
Celui d'après
Alors que je tentais de sortir la main de ma poche
sans pour autant d'être soupçonné d'attouchements inappropriés sur
personne non consentante, mon esprit et mon corps, probablement lassés de temps de promiscuité, me contraignirent à quitter la rame. Propulsé sur le quai par d'autres corps expulsés, il me fallut quelques secondes pour reprendre mon volume d'origine. Un courant d'air venu d'un couloir chassa la chaleur de mon visage. Aller à droite, aller à gauche. Pas la moindre hésitation. Je ne savais pas. Je pris la décision de m'assoir sur le banc qui me faisait face et de laisser passer un peu de temps. Dans le métro je ne supporte de donner l'impression de ne pas savoir où je vais. C'est le seul endroit où j'aimerais être pris pour un parisien. Je regardais le quai d'en face. Au-dessus d'une affiche qui était censé nous inciter à partir loin d'ici, je découvris que j'étais descendu "Place Monge". Sacré Gaspard. J'étais incapable de situer l'endroit où je me trouvais. Je pris la direction de la sortie.
jeudi 14 août 2014
Pétarquette à la française (revue)
Parfois à
portée de main
Je me
souviens de ces rêves
Comme les
présents d’une trêve
Dans
l’attente du matin
L'aube coulait sur mes mains
Rosée dans
l’herbe qui lève
Avant que
le désir ne s’achève
Jusqu’à en
oublier demain
Je n’ai
plus aujourd’hui envie
De ces
lointains encore en vie
Je laisse
s’approcher le repos
Le vide prend sa place
Dans
l’ombre d’en face
Où se cache le dernier mot
mercredi 13 août 2014
Celui d'après
Accroché à la barre comme un
coquillage qui tente de résister, en vain, au flot, je regardais défiler
les stations. Au gré des accélérations, les corps finissaient par
s'agréger pour former une masse, sorte d'hydre informe et mouvante. Les
haleines se mêlaient et répandaient une humidité qui semblait provenir
du fond d'un marécage tapissé par des siècles de dépôts. A chaque arrêt,
il n'était pas question de frôlements mais de frottements que les
impératifs individuels pouvaient rendre agressifs. C'était comme si chacun de
nous était un élément d'un mécanisme dont on n'aurait pas encore trouvé
la fonction. Une fois les portières ouvertes, de nouveaux éléments
pénétraient dans l’habitacle avant même que les anciens s'en soient tous
extirpés. Ceux qui demeuraient se voyaient repoussés, contraints
d'entrer en contact avec d'autres corps, de respirer d'autres mélanges.
Pour ma part, temporairement résigné, je n'offrais aucune résistance aux
mouvements. Je prenais la forme de l'espace qui m'était laissé. Selon
l'ampleur du solde entre les entrants et les sortants, il arrivait que
je ne puisse bouger. Parfois, trop éloigné de la barre, je n'avais rien à
quoi me raccrocher.
lundi 11 août 2014
Celui d'après
Il faisait chaud. Je m’en
souviens. Une chaleur qui clouait au sol. Une chaleur qui vous donnait l’impression
d’évoluer dans un bain de mélasse. Je rêvais d'une douche. Un jet d'eau froide qui m'aurait surpris, saisi. Le souffle saccadé, j'aurais senti la fraîcheur précipiter la transpiration devenue colle. Mais rien de tout cela. J'étais au milieu des autres. Je faisais tout pour éviter les contacts. De tous côtés me parvenaient les odeurs d'hier et d'autres jours plus anciens. Je ne pouvais m'empêcher de penser à tous ces recoins où devait s’amonceler en couches successives la sueur que les frottements modelaient en vagues jaunâtres dans lesquelles se figeaient des touffes de poils trop longtemps restées dans l'ombre des solitudes nocturnes. J'avais l'impression d'observer comme pouvait l'avoir fait Zola. Un pseudo réalisme emprunt de mépris. J'avais exclu toute beauté, toute tendresse de mes observations. Cela ne me ressemblait pas. La fatigue certainement. Cela faisait déjà un moment que j'étais dans le métro. Mon séjour sous terre se prolongeait au-delà du prévisible. Je m'étais trompé plusieurs fois de direction. Toutes les conditions étaient remplies pour que je rate mon train.
vendredi 8 août 2014
Va savoir
A la fin, quand tout est terminé, quand il serait déjà trop tard, à ce moment où tout se fige, où le temps est passé à autre chose, où le présent peine à se faire une place, où la vie est un reflet de nos souvenirs, juste avant que l'ombre ne se referme, à quoi pense-t-on?
mercredi 6 août 2014
Tournicoti
Ce matin je parcourais sur l’écran les titres en une de mon
quotidien préféré. J’ai remarqué que la façon dont est rédigé un titre peut
avoir une influence sur ma décision de lire ou pas un article. Ceci dit je les faisais défiler l'esprit détaché, baignant dans la quiétude d'un mois d'août qui peine à justifier sa réputation. Depuis quelque temps déjà je flottais sur la douceur des jours sans objectif, jours livrés à mon oisiveté. Je n'esquissais pas la moindre interrogation. Je me laissais aller sans destination. Je lisais donc ces titres quand sans crier gare et alors que je ne lui avais rien demandé, alors que je m'en balançais royalement apparaît le titre "Il assure ne pas avoir pris sa décision concernant la présidence de l'UMP". Mais, me demandais-je, qui lui a demandé quelque chose, qui a envie de savoir ce qu'il n'a pas décidé? J'étais tranquille, naviguant dans ce temps sans aspérité, dédié au plaisir du jour glissant vers l'éternité et le voilà tel un Zébulon ne pouvant s'empêcher de tournicoter qui s'agite devant mes yeux sur lesquels passe le reflet de l'agacement. Que n'est-il un moustique que d'une claque je pourrais écraser. De savoir qu'à chaque instant il peut surgir...
mardi 5 août 2014
Au bord de l'autre
Au bord de toi
J'ai le vertige
Loin des vestiges
D'amours d'autrefois
Quand l'eau ruisselle
Sur les goûts d'hier
J'aspire l'amer
De l'ombreux isocèle
Les gouttes parsèment
La tentation d'un creux
Quand se répand laiteux
Entre les veines celui-là même
Je tombe ainsi de toi
Emporté par la mort
Comme si alors
Ne restait que le froid
J'ai le vertige
Loin des vestiges
D'amours d'autrefois
Quand l'eau ruisselle
Sur les goûts d'hier
J'aspire l'amer
De l'ombreux isocèle
Les gouttes parsèment
La tentation d'un creux
Quand se répand laiteux
Entre les veines celui-là même
Je tombe ainsi de toi
Emporté par la mort
Comme si alors
Ne restait que le froid
samedi 2 août 2014
Et pourtant
Je sais qu'il n'y aura pas d'autres matins
Je sais que ne se joindront plus tes mains
Je sais que tes doigts ne joueront plus
Je sais que les mots ont disparu
Je sais que tes notes se sont envolées
Je sais que ton sourire s'en est allé
Je sais que tu ne tourneras plus les pages
Je sais que je ne me souviens plus de ton âge
Je sais que tu ne verras plus le bleu du ciel
Je sais que le temps est resté tel quel
Je sais que les pierres se figent dans la terre
Je sais que tu traverses les reflets de la lumière
Je sais que la vie nous a laissés sans voix
Je sais que s'est rompu le fil de toi
Je sais que je cède à l'abandon
Je sais que peu m'importe l'horizon
Et pourtant
Je sais que ne se joindront plus tes mains
Je sais que tes doigts ne joueront plus
Je sais que les mots ont disparu
Je sais que tes notes se sont envolées
Je sais que ton sourire s'en est allé
Je sais que tu ne tourneras plus les pages
Je sais que je ne me souviens plus de ton âge
Je sais que tu ne verras plus le bleu du ciel
Je sais que le temps est resté tel quel
Je sais que les pierres se figent dans la terre
Je sais que tu traverses les reflets de la lumière
Je sais que la vie nous a laissés sans voix
Je sais que s'est rompu le fil de toi
Je sais que je cède à l'abandon
Je sais que peu m'importe l'horizon
Et pourtant
Inscription à :
Articles (Atom)