dimanche 18 mai 2014

Tentation

Etait-il dans le reflet de cette flaque stagnante qui disparaîtrait dans la chaleur de l'été, laissant apparaître la vase qui bientôt se craquellerait. Une décomposition qui n'en finissait pas. A croire que le temps s'était absenté. Des feuilles sans énergie se figeaient dans la putréfaction. Elles n'étaient plus que des restes d'un cycle de vent et de lumière. L'eau qui autrefois les avait irriguées s'appliquait à les transformer, à les dévorer avec cette lenteur qui ne laisse aucun espoir. Elles feraient partie de cette vase, chrysalide d'une autre vie,  dans laquelle se tortillaient les vers, patientaient les larves. Il avait envie d'y plonger la main, de la sentir immiscer entre ses doigts, tiède, visqueuse. Combien de temps faudrait-il pour sa main disparaisse elle aussi?  Il serrerait le poing et devinerait cette matière s'échapper, glisser entre chacune de ses phalanges. Cette inconsistance le fascinait. Une pulsation qui l'aspirerait, l'accueillerait en son sein, se refermerait sur sa présence. Se nourrirait de sa vie passée. Elle offrirait sa surface au jour.

vendredi 16 mai 2014

Bon alors?

De quelle vie avais-je envie?
Une vie qui laisse en vie?
Était-ce cette vie?
Une autre vie?
La vie qui s'écoule à l'infini?
Une vie qui emporte notre vie?
Une vie qui s'emporte et finit?
Une vie qui donne envie?
Avais-je seulement envie?


Lalalère

Dans tes cheveux reflet d'amour
Dans tes grands yeux c'est pour toujours
Dans tes regards c'est comme le jour
Dans ton amour je suis troubadour

Sur ton chemin c'est sans détour
Sur ton visage pas de contrejour
Sur ton rouge-cœur tonne le tambour 
Et sur tes lèvres comme du velours

Sur ta rivière naviguer sur l'onde
Je te suivrai jusqu'à ton monde
Le long des routes âme vagabonde
Dans ton sillage à chaque seconde

Dans l'air ton parfum effluve sublime
Me précipite jusqu'à l'intime
Tous ces atours te rendent divine
Et tout autour caresses clandestines


Lalalère bis

C'est notre histoire c'était hier
Et dans ma bouche un goût de terre
C'est notre histoire c'était nous deux
Et maintenant je suis malheureux

Nos mains enlacées sans nous lasser
Nous caressions nos corps à corps
L'ombre humide criait encore
Pour nous perdre et trépasser 

Nous étions l'accord sans fausse note
Dans nos veines comme un antidote
Flot de caresses pour notre amour
Nous conduisait vers l'autre jour

Et puis ce jour s'est fracassé
Dans cet air froid d'un matin pressé
Comme abandonné dans un lointain
Loin d'un baiser près de la fin

mercredi 14 mai 2014

Proche

Les pensées délavées se perdent dans le bleu du ciel
Il se fond avec lenteur dans cet infini qui se rapproche
Jusqu’à sentir cette présence comme un parfum de miel
Les souvenirs disparaissent dans le mouvement d’un reproche
Le long de cette route, s'estompent dans la brume d'une hésitation
Les parfums du vent d'avant que respiraient ma peau
Presque rien, quelques seconde pour une passion 
Pour voir la vie à nouveau s'écouler au fil de l'eau 

ça peut toujours servir



Des spermatozoïdes vieux, pour le moins, de 17 millions d'années ont été découverts en Australie. Je me suis dit que cela allait certainement m'inspirer quelque chose. Un trait d'humour, une formule, un réflexion, un mot d'esprit. Il est à remarquer que cette énumération prouve que je ne doute pas de mes capacités. Pourtant, j'ai cherché mais en vain. Y avait-il quelque chose à trouver? Je me suis donc contenté de leur portrait.

Les spermatozoïdes fossilisés les plus anciens jamais découverts sont plus grands que les crustacés qui les produisaient.

jeudi 8 mai 2014

Là-haut

La rivière est à sec. Ce n'est plus qu'un lit. Les pierres arrondies témoignent de l'ancien flot. Dans le vent, des grains de sable, guidés par l'indécision, virevoltent et rebondissent. La chaleur coule le long des creux. Sur la berge, les arbres semblent attendre le retour de l'eau. Peut-être hésitent-ils. Ils ont encore le souvenir de la fraîcheur, des nuits où l'eau était une présence bruissante qui attirait les animaux. Se dessine sur l'écorce le frôlement de ces anciennes présences. Comme si elles voulaient échapper à la sécheresse de la terre, les racines se sont un temps aventurées à la lumière avant de disparaître à nouveau. Les branches ploient sous le poids du jour. Les feuilles se frottent à la chaleur. La clarté semble repousser l'ombre. Le temps a renoncé à sa mémoire. Le passé s'est éparpillé, usé par le souffle du renoncement. Le regard se perd dans le ciel sans couleur dans lequel se dilue le soleil. L'horizon paraît s'être dissous. Comme des souvenirs abandonnés, des insectes perpétuent le mouvement en se glissant entre les cailloux. Les battements d'une vie qui doute qu'un jour la source se laissera submerger par l'eau.

Patience divine

Illustration


 J'ai découvert, dans un article à caractère scientifique, une vidéo de deux minutes qui résume 13,8 milliards d'années d'évolution cosmique. Du big bang jusqu'à aujourd'hui. De la première seconde à cette seconde. Et comme à chaque fois qu'il est question de cette première seconde de l'univers, je ne peux pas m'empêcher de me poser cette question : que s'est-il passé avant cette première seconde? A chaque fois je bascule dans l'insondable, dans l'inconcevable, dans le vertige de l'infini et rapidement je renonce à toute forme d'investigation ayant bien conscience qu'il n'y a pas de temps, ni d'avant ni d'après. C'est pourtant rassurant un début et une fin. Ensuite survient souvent la question de dieu ou plus précisément de son emploi du temps. Si je renonce à m'interroger à propos de ce qu'il a fait avant la première seconde, je me demande ce qu'il a fait pendant les dix milliards d'années qui ont suivi la première seconde, délai approximatif qui a été nécessaire pour la première manifestation de vie sur la Terre. Il a probablement réfléchi en attendant que l'univers refroidisse comme un enfant qui souffle sur une purée trop chaude.

mercredi 7 mai 2014

Où ça?

L'autre jour j'écoutais la radio. Contrairement à ce que pourrait laisser croire cette première phrase, ce n'est pas une situation exceptionnelle. Je l'écoute souvent. J'écoutais donc. Le propos m'intéressait. S'exprimait, me semble-t-il, un acteur. Je dois avouer que je m'intéresse davantage aux mots qu'à celui qui les prononce, ce qui, je le concède, n'est pas bien. Cet acteur, parlant des acteurs et de tout un chacun, expliquait que, quelle que soit la situation, nous étions rarement tout à fait là, jamais totalement présent. Je ne vais pas entrer dans le détail, que je ne maîtrise pas, mais si nous ne sommes jamais vraiment présent là où nous sommes c'est que, contrairement à un animal, nous avons conscience de ce que nous sommes. Nous avons cette capacité à prendre du recul. Nous sommes capables de nous observer, de faire preuve de dérision, de ne pas nous prendre au sérieux. En revanche, il ne faut pas compter sur le lion pour faire de l'humour.
J'en ai conclu que, d'une certaine façon, nous sommes éparpillés. A tout instant, notre corps est un leurre. Un avatar pour plonger dans la troisième dissension. L'autre, pour autant qu'il s'interroge, ne sait jamais si nous sommes là. Tout en étant là, nous sommes pour partie ailleurs. Pour autant, savons nous où nous sommes? Savons nous où est partie cette autre partie de nous-même? Dès l'instant où nous sommes avec l'autre, nous sommes absents. Une amie proche me faisait part il y a peu du fait que lorsqu'elle était présente à une réunion, au bout de cinq minutes son esprit s'évadait et qu'ainsi elle n'était plus qu'illusion aux yeux des autres qui auraient pourtant juré qu'elle était là.
Je ne sais plus trop où j'en suis. Pouvons nous souffrir ici tout en jouissant là-bas, dans un même élan? Il me semble avoir déjà ressenti un doux plaisir à ne pas être là.

mardi 6 mai 2014

Faiblesse

Le jour se referme comme une tombe. Un trou sans âme. Juste la place pour que la mort puisse s'y blottir. Les mots ont disparu. Il ne reste rien. Une pointe qui s'enfonce profondément. Sans force, la vie s'est retirée au loin. Le désespoir n'est plus un refuge. Retenir ce qui a disparu. Les souvenirs sont usés comme ce bout de tissu qui livre sa trame. Il est froissé, fripé. S'y cache la douceur, la ferveur de cette main qui l’étreignait. La peur que cela soit vrai. Aller chercher toujours plus profond avec cette croyance qu'un jour je m'éveillerai.   

lundi 5 mai 2014

Vers

Les pensées flottent
Au bord du vide marin
Les solitudes s'observent
Se frôlent, s'espèrent
Le long du chemin
Les oublis volent dans le vent
Comme des cerfs-volants
Qui s'échappent de la main
Le besoin de se réfugier
De disparaître dans le passé
La chaleur des sentiments
Ne peut chasser la peur
Qui enserre le cœur
L'horizon semblait si proche

dimanche 4 mai 2014

A la mer

Le rêve de tes lèvres
Sur le rire de ton livre
Ton sourire pour vivre
Tes pas pour partir
Pourtant ce premier instant
Déjà finissant, hésitant
Comme des rochers
Dans le sable figés
Recouverts par les jours
Éclats de poussière
Venus d'hier
Étouffent notre amour

Pas fini

 Même en catimini
S'embarquer pour l'infini
Pour que rien ne soit fini
Rencontrer l’inouï
Oublier tous ces cris
S'éloigner du paradis
Espérant que tu me souris
Tout près, là-bas, ici
Et qu'à nouveau tu joues dorémi 

Immobile



Jusqu'au dernier instant nous partageons notre vie. Jusqu'au dernier instant nous sommes éternels. Même si la vie nous a déjà fait vivre le manque, le chagrin, la douleur, l'absurdité, nous nous refusons à croire que cela se reproduira. Comment pourrions-nous imaginer que notre amour, que notre tendresse, que nos regards, que nos sourires, que nos espoirs ne soient pas assez forts pour retenir ceux que nous aimons, ceux qui sont notre raison de vivre. La mort de ceux que nous aimons plus que tout arrache une part de nous-même qui disparaît avec ces yeux qui se ferment. La vie se retire par vague, pendant que la mort écume, dans le blanc des crêtes, la fureur des cris de ceux qui s'éloignent, se perdent au fond de nos regards, s'accrochent à notre mémoire comme un sourire qui repousse notre désespoir. Allons-nous vivre comme hier? Je me souviens d'hier, ce temps d'avant, d'avant que le temps ne soit un poids. Les matins où l'air léger faisait onduler le cerisier.
Je le sens sur ma peau comme un appel. Le vent est toujours là qui m'offre son parfum. Il me supplie. Le jour d'après n'est jamais venu.

jeudi 17 avril 2014

De chambre

Ce matin, j'écoutais la radio. Plus précisément une chronique et pour être encore plus précis, une chronique à caractère scientifique. C'est une chronique que j'écoute le jeudi. Elle gravite souvent autour de la physique quantique. Je l'écoute toujours avec beaucoup d'attention. Je me dois d'avouer que je ne comprends pas toujours tout tout (ouaf-ouaf) en parvenant à en saisir le sens général. N'en ayant pas l'esprit, la science, les sciences ont pourtant le don d'éveiller ma curiosité. Mais, une fois n'est pas coutume, ce matin elle est parvenue à mon oreille sans que pour autant je l'écoute. Je devais penser à autre chose. Il était question de bulles sans que je me souvienne de leur provenance. Dans l'introduction il était question de musique de chambre. Ces trois mots ont tourné dans mon cerveau pendant quelques secondes. Musique d'intimité, alors que AC/DC jouerait plutôt une musique d'anti-chambre, je me suis dit qu'à l'évidence, le corps était parfois un instrument de musique. 

mercredi 16 avril 2014

Parfois

Parfois, il n'y a rien. Persuadés qu'il n'y a plus rien. Comme une plaine sur laquelle aucun relief ne viendrait porter son ombre. Une étendue qui ne laisserait rien deviner de son passé, dont le vent et le temps auraient effacé les aveux d'une autre vie. Jour après jour, nous aurions renoncé à l'interroger. Notre curiosité se serait dissoute dans la succession des saisons. Nos pas nous mèneraient vers l'indifférence. Et puis, dans la clarté d'un matin, à l'occasion d'un battement, le soleil déverse sa chaleur. L'horizon se rapproche. La lumière ondule, caresse nos désirs. Serions-nous vivants?

lundi 14 avril 2014

Encore et...

Le jour est parfois un gouffre
Me rappelle que je souffre
Le parfum de la tentation
Les effluves de la confusion
Je m'abandonne au vertige
De tous ces vestiges
Encombrant jusqu'à l'ombre
Cet amour qui sombre
Il reste comme l'écume
D'un baiser du large
Que dessine la plume
Pour que demeure notre courage

Toi

En soi jusqu'à toi
Ce reste de foi
Que tu m'as donnée
Pour oublier le passé
Qui s'est échoué
Sur la rive asséchée
Balayée par le vent
Tourbillon de tourments
Mon âme prend le large
Portée hors de la marge
D'un battement jusqu'à toi
Rêvant d'une autre foi

dimanche 13 avril 2014

Dans la poche

Ce matin, cela ne pouvait avoir lieu qu'un matin et plus précisément entre 6h et 6h30, je suis entré dans la salle de bain. Entre la porte et la douche se trouve un miroir. Je peux bien sûr faire le trajet porte-douche sans m'arrêter, sans tourner la tête. Pourtant je fais toujours une étape entre les deux. Je sais ce que je vais voir mais je regarde quand même. Me voici donc les deux mains posées sur le rebord du lavabo et je suis face à moi. Je fais le tour du propriétaire, retrouvant à leur place rides et autres signes du temps. Mais un détail, j'emploie le terme détail pour ne pas dramatiser, retient mon attention. Sous les deux poches qui, depuis déjà plusieurs années, ressemblent à des réserves lacrymales, je découvre deux autres poches en formation. Au début, je me dis que c'est un jeu d'ombres et je tourne légèrement la tête pour modifier l'angle d'éclairage de mon visage. Peine perdue, elle sont toujours là. Je ne nie pas que d'un point de vue scientifique, la formation en quasi direct de ces excroissances peut être passionnante mais ce matin je n'ai pas l'âme d'un chercheur en dermatologie. Autant je me suis habitué aux deux premières, autant celles-ci sont deux de trop. Je ne sais pas si demain matin je ferai une étape entre la porte et la douche.  

samedi 12 avril 2014

Comme un parapluie

Je sors. Quelques pas dans la rue et je prends conscience qu'il pleut. Je prends la décision de remonter. Je redescends avec un parapluie. Quelques pas dans la rue et je prends conscience qu'il ne pleut plus. Je prends la décision de ne pas remonter. L'objet replié dans la main, je vais ici et là. Je me dirige vers le port. J'entre dans un café. Je ne jette aucun regard vers les bateaux que je passerai en revue un peu plus tard. Je me suis assis. Dans un premier temps je pose le parapluie sur la table. Pour ne pas l'oublier, il faut qu'il demeure dans mon champs de vision. Je lis le journal tout en buvant un café qui finit pas être froid. Je ne porte aucune attention à l'environnement. Je rêve. Je pense à autre chose, à rien. Un serveur heurte le parapluie. Il s'excuse. Je marmonne quelque chose qui, accompagné d'un sourire, est censé l'informer que ce n'est pas grave. Il le ramasse et je le place entre mes jambes. Si je me lève sans le prendre, il tombera, fera un peu de bruit et ainsi se rappellera à moi. Mais il finit par rapidement m'entraver. Je l'accroche au dossier de mon siège. J'ai conscience de faire une erreur mais je me dis qu'il occupe mon esprit depuis presque une heure et que de ce fait ce serait bien le diable si je l'oubliais. Ensuite, je ne sais plus trop. Un peu perdu, je me retrouve dans la rue. Il ne pleut pas. Les bras ballants, je marche. Et d'un seul coup, je ne sais par quelle association d'idée, avec brutalité, la réalité s'impose à moi. Mes deux mains sont vides. Après un instant d'hésitation, je prends conscience que je m'en fous.