vendredi 16 août 2013

Rendons à César...



 Contrairement à ce qui avait été indiqué précédemment, je me dois d'avouer, ce à la demande d'une lectrice, que le texte ci-dessous n'est pas d'Henri Callet mais que j'en suis l'auteur. Cela ne se reproduira plus.


Des souffles. Je regardais les derniers jours. Je me suis demandé ce qu'était une vie, de quoi elle était faite. Quelle est la part de soi dans une vie? Ma vie se distingue-t-elle des autres vies? Cette sensation parfois d'être à côté, d'être sur le bord et de se regarder passer ou d'être emporté sans trop savoir vers où. Si la vie, pourquoi ne pas dire ma vie, était un miroir, je ne sais pas si je me reconnaîtrait. Ou peut-être quelques morceaux de moi.  Je n'échappe pas à l'absurdité, à l'incohérence, à la culpabilité, à la souffrance, aux regrets...Pourtant, la vie n'est pas un doute sans fin.
Quand il reste un corps allongé qui se débat, qui renonce, qui se laisse glisser, qui n'est déjà plus habité. Il est comme un soleil qui touche l'horizon. Sa lumière nous parvient alors qu'il a déjà disparu. Que nous reste-t-il de cette ancienne vie? Lorsque meurent ceux que nous aimons, ceux qui sont notre vie, nous perdons de cet amour qui nous fait vivre. La vie ne continue pas. Ce n'est plus la même. Est-ce toujours notre vie? Je ne sais pas toujours pourquoi la vie devrait continuer, pourquoi la vie serait toujours la plus forte. Il suffirait de le dire, de l'asséner comme un devoir pour qu'elle s'impose?
La mort de ceux que j'aime me fait souffrir chaque jour. Je les aime mais ils ne sont plus là. Je ne les vois plus, je n'entends plus leur voix, je ne leur parle plus, ils ne me sourient plus, je ne les serre plus dans mes bras, ils ne me font plus rire. Des chemins à flanc de vie que je ne fréquenterai plus. Je me souviens de ces jours où j'ai rebroussé chemin. Je me retourne souvent. Je ne fais que deviner. Comme si l'air tremblait. Quand le souvenir devient presque la vie. Cette vie qui est une incompréhension. Un souffle.

mercredi 14 août 2013

Vit(e) fait

Elle s'en souvient mais ne se souvient plus à quoi cela pouvait bien servir.

Patience

Je me souviens d'un puits. Il se trouvait dans une cour. Il fallait traverser la rue. J'étais un enfant. Plutôt petit. Enfin, encore petit. Du moins au début. Les premières années, je n'avais pas le droit de traverser cette rue. Pour le faire, je devais donner la main et me tenir éloigné du puits. Pourtant, je n'ai jamais vu ou entendu une automobile l'emprunter. Je n'imaginais pas que l'interdiction puisse être motivée par autre chose. Je n'allais pas jouer dans cette cour. Elle n'était pas faite pour ça malgré l'expression "Va jouer dans la cour". Elle était recouverte de fleurs sans intérêt, que personne n'avait jamais eu l'idée de cueillir. Plusieurs fois par jour, quelqu'un traversait la rue avec un seau en métal pour le remplir. Je ne sais plus qui c'était. Quand je replonge dans cette époque, j'ai l'impression que les seuls souvenirs qui me restent concernent les choses. Surtout le puits. Je ne me souviens pas à quoi servait l'eau du puits. Je revois le seau dans lequel l'eau continuait de se balancer au rythme des pas qui l'avaient transportée jusqu'à la cuisine. Elle était claire. Quand le seau restait sans surveillance, j'y plongeais les bras. La fraîcheur glissait sur ma peau. Je fermais les yeux et j'attendais. Dans le silence, je laissais passer le temps. Je ne bougeais plus. Comme si ils s'étaient dilués dans la transparence, je finissais par ne plus sentir mes bras. Je faisais mon apprentissage de l'immobilité. Je découvrais le temps de l'inutilité. Je faisais partie du silence. Avant que des pas ne se fassent à nouveau entendre, je sortais de la cuisine et posais mes bras sur le rebord d'une fenêtre chauffé par le soleil. Je regardais disparaître les dernières gouttes.
Un jour, j'ai eu le droit de traverser la rue tout seul.

mardi 13 août 2013

En vrac et à peu près

Lundi je suis resté au lit
A quoi bon en sortir,
Elle n'était pas rentrée
Je croyais la vie finie
Tapi parmi les couvertures
Comme la fin de l'aventure
Elle vivait nuits d'amants
J'en oubliais les nuits d'avant
Légère elle sautait d'il en il
j'ai fini par perdre le fil 
J'étais plus qu'une doublure
Accessoire au fur et à mesure
Elle me soufflait dans le matin
Les chuchotements d'un autre 
Je devinais le flot encore chaud
Dans les ombres de sa peau

Contre toi

Un passage de "Contre l'oubli" qu'écrivit Henri Calet.

"Des souffles. Je regardais les derniers jours. Je me suis demandé ce qu'était une vie, de quoi elle était faite. Quelle est la part de soi dans une vie? Ma vie se distingue-t-elle des autres vies? Cette sensation parfois d'être à côté, d'être sur le bord et de se regarder passer ou d'être emporté sans trop savoir vers où. Si la vie, pourquoi ne pas dire ma vie, était un miroir, je ne sais pas si je me reconnaîtrait. Ou peut-être quelques morceaux de moi.  Je n'échappe pas à l'absurdité, à l'incohérence, à la culpabilité, à la souffrance, aux regrets...Pourtant, la vie n'est pas un doute sans fin.
Quand il reste un corps allongé qui se débat, qui renonce, qui se laisse glisser, qui n'est déjà plus habité. Il est comme un soleil qui touche l'horizon. Sa lumière nous parvient alors qu'il a déjà disparu. Que nous reste-t-il de cette ancienne vie? Lorsque meurent ceux que nous aimons, ceux qui sont notre vie, nous perdons de cet amour qui nous fait vivre. La vie ne continue pas. Ce n'est plus la même. Est-ce toujours notre vie? Je ne sais pas toujours pourquoi la vie devrait continuer, pourquoi la vie serait toujours la plus forte. Il suffirait de le dire, de l'asséner comme un devoir pour qu'elle s'impose?
La mort de ceux que j'aime me fait souffrir chaque jour. Je les aime mais ils ne sont plus là. Je ne les vois plus, je n'entends plus leur voix, je ne leur parle plus, ils ne me sourient plus, je ne les serre plus dans mes bras, ils ne me font plus rire. Des chemins à flanc de vie que je ne fréquenterai plus. Je me souviens de ces jours où j'ai rebroussé chemin. Je me retourne souvent. Je ne fais que deviner. Comme si l'air tremblait. Quand le souvenir devient presque la vie. Cette vie qui est une incompréhension. Un souffle."

lundi 5 août 2013

Pas la peine de crier

L'autre nuit, je dormais. C'était une nuit que rien ne semblait distinguer d'une nuit de tous les jours. Elle était vouée à être une de ces nuits pendant lesquelles on s'endort et qui se terminent au moment où l'on se réveille. J'étais dans mon lit, à la gauche de celle avec qui je le partage. J'étais relâché, le corps dénudé dont toutes les formes ne pouvaient être estompées par un simple drap. Je baignais dans la quiétude de celui qui sait que demain sera fait de plaisirs. Comme le chante Charlélie Couture, la chaleur était lourde comme de la crème au beurre. Si je rêvais, je ne me souviens plus de quoi il était question. Et puis quelque chose m'a sorti du sommeil, comme un son, un son plutôt aigu. Comme souvent, la sortie de sommeil s'est déroulée au ralenti. Il m'a fallu quelques secondes pour me souvenir où j'étais et ce que je faisais là. Ceci fait, faisant intrusion par la fenêtre, maintenant des cris parviennent distinctement à mes oreilles. Sur le coup, je me dis que j'ai déjà entendu ce genre d'éructation sonore, que cette mélodie saccadée m'est familière. Et pour cause. Quelque part, à portée de voix, dans la nuit qui mêle les parfums et le désir, une femme nous faisait part de son entière satisfaction.
Je n'ai pas réussi à me rendormir.

vendredi 2 août 2013

Je n'ai pas trouvé de titre

Hier, pédalant sur une route départementale, je suis passé près d'un foyer de jeunes filles. Je me suis demandé pour qui il pouvait y avoir danger.

mercredi 31 juillet 2013

Retour de vacances

Où est mon caleçon?

lundi 8 juillet 2013

On the back

Nous étions vendredi, plutôt assez proche de samedi. Ce moment où les projets du week-end nous font un clin d’œil. Deux jours où les obligations la mettent en veilleuse, deux jours durant lesquels j'ai la sensation d'être le maître du temps, le maître de mon temps. J'avais prévu de faire ça, d'aller là, de rencontrer machine, machin, de lire, d'écrire, de me promener, de m'arrêter pour laisser passer le temps. En règle générale, le contenu du week-end est de l'ordre du fantasme. Je mets beaucoup d'énergie dans l'organisation de ces deux jours. Comme souvent, les préliminaires me suffisent. Au bout du bout, même si je ne fais pas grand chose, je sais que j'aurais pu.
Toujours est-il que nous étions vendredi, ce moment où dans leur façon de quitter le bureau, de vous dire bon week-end, de bouger avec d'amples gestes comme si ils n'allaient jamais revenir, certains de vos collègues vous donnent l'impression qu'ils vont s'éclater comme des bêtes et qu'ils vont revenir lundi en vous disant "Putain, qu'est-ce qu'on s'est foutu" comme si nous, nous nous étions fait chier comme des rats morts.
Pour ce qui me concerne c'est calmement et humblement que j'ai quitté le bureau. Faut croire que je me doutais de quelque chose.
Je vous la fais courte. Je me suis couché vendredi soir. Samedi matin, comme la majorité d'entre vous, je me réveille avec l'intention plus ou moins ferme de finir par me lever. J'amorce le mouvement de celui qui va poser le pied gauche sur le parquet, ma place dans le lit fait que je me lève du pied gauche tous les matins, et je n'ai pas pu poser le pied. Une douleur vive m'a cloué sur place. Mon ami lumbago était de retour. J'ai remis le tout sous la couette en me disant que lundi serait un autre jour.






Discours pour un départ en retraite


Cher Gérard, si malgré ton grand âge et tout le respect que nous te devons tu nous permets de t'appeler Gérard, c'est ici que pour toi la route se termine. Comme le tocsin, l'heure du bilan a sonné. Comme un lion qui a arpenté les coins et recoins parfois désertiques de la savane  du savoir, ta crinière a aujourd'hui blanchi. Même si, comme nous l'a confié avec tendresse Maïthé, tu ne rugis plus comme avant, ta passion demeure. 

Après avoir mené une enquête approfondie et recueilli moult témoignages, nous avons cherché quel serait le mot qui te caractériserait le mieux. Tout de suite rebelle s'est imposé comme une évidence. Ta vie a été parsemée de bras d'honneur mais toujours avec cette élégance qui te caractérise. Si tu es né à Sainte Adresse nous l'allons voir que de prédestination il n'y a pas, car comme le disait ce cher Michelet "Le chêne ne doit pas tout au gland", ce n'est pas Jérôme qui nous contredira . Ainsi, première légende urbaine te concernant, il se dit qu'à ta naissance sous le regard interloqué de la sage-femme c'est ton majeur gauche qui le premier apparut. Ainsi, tout petit déjà, tu contestais les institutions, les conservatismes, la répression. A telle enseigne qu'en 1956, par solidarité envers les hongrois dont le pays vient d'être envahi par les chars soviétiques, tu décides de redoubler ta première année de maternelle. Les historiens ne se sont pas encore penchés sur les répercutions de ce geste mais toujours est-il que quelque temps plus tard le mur de Berlin tombait.
En 58 ton attitude est apparemment plus ambiguë. C'est en cette année de retour au pouvoir du Général que tu ingurgites d'un seul coup d'un seul CP et CE1. On pourrait voir dans cet acte l'allégeance, le renoncement de celui qui à son échelle avait à quatre ans commencé à saper les bases d'une société lancée à pleine vitesse sur l'autoroute de la consommation et de l'hédonisme. Mais c'était mal te connaître. Conscient qu'il était contre-productif d'avoir raison trop tôt, tu entras en clandestinité, devenant agent dormant de la cause. Malgré tout, trépignant en ton fort intérieur, tu fis une petite rechute en ratant le concours de l'école normale. Mais tu rentras vite dans le rang en étant admis l'année suivante. Nous étions en 66. Quelque chose en toi te disait que le grand soir était proche. Et c'est ainsi que ton action clandestine donna tous ses résultats deux ans plus tard au cours du printemps période que l'on appela plus tard les évènements de mai 68, période au cours de laquelle tes talents d'activiste firent merveille. Faisant tienne et expérimentant les nouvelles libertés, tu investis la même année, oriflamme fièrement dressé, l'école normale des filles, car homme toujours en avance sur son temps, tu n'attendras pas 69 comme Jane et Serge. Tu fus l'auteur de slogans encore aujourd'hui dans toutes les mémoires tels que :   Arrêtez le monde, je veux descendre,  Baisez-vous les uns les autres sinon ils vous baiseront, plus obscure  À bas le crapaud de Nazareth,  La barricade ferme la rue mais ouvre la voie, Faites l'amour puis... recommencez, et celui que nous pouvons encore lire aujourd'hui dans ton regard Céder un peu c'est capituler beaucoup. 

Bien sûr, Gérard, le contrecoup fut rude. L'année 69, malgré les promesses qu'elle contenait ne fut pas à la hauteur. Les pavés avaient repris leur place, recouvrant la plage que l'on avait foulée quelque mois plus tôt. Il est vrai que s'annonçaient les années pompidoliennes qui en terme d'érotisme ne figurent pas dans le top 10 des années les plus bandantes ou mouillantes, c'est selon. Et encore, ignorais-tu qu'allaient leur succéder les giscardiennes. Molesse et assèchement étaient à venir. Mais pour toi, la période guimauve n'allait pas durer. Le lionceau allait devenir jeune lion fougueux comme l'on te surnomma dans le milieu de la tumultueuse contestation estudiantine. En 70 tu entames ta formation universitaire qui te fera entrer dans l'ordre des PEGC, sorte de couteau suisse de l'éducation nationale. En 71, année qui laissa peu de souvenirs dans la mémoire collective, on se demande encore à quoi elle servit, tu échoues à ton examen de passage en 3ème année. Nous devons t'avouer que nous avons longtemps hésité à utiliser ce verbe "échouer" car à la réflexion tu n'as jamais échoué, tout au plus as-tu pris un peu plus de temps que le commun des mortels. Ensuite, c'est go West, on the road, dernières effluves de patchouli. L'aventurier que tu es taille la route pour débarquer à Buchy. Buchy, chef lieu de canton, Buchy et sa gendarmerie, Buchy et ses foires, Buchy et ses halles, Buchy et sa gloire locale  Ernest Marius Noury et bien sûr Buchy et son collège dans lequel tu pénètres pour la première fois en 1974 et dont, tel le numéro 6 dans le village, tu ne sortiras plus. Mais comme lui, tu n'auras de cesse de crier que tu n'es pas un numéro mais que tu es un homme ...libre. "Bonjour chez vous." Avant d'y entrer de plein pied tu fais un détour par la caserne et en 75, l'année du canon, tu deviens de plein droit PEGC maths-techno.

Et là, le spécialiste de l'agit prop que tu es va transformer ce paisible collège en bastion de la contestation, en laboratoire du slogan qui tue, nous y reviendrons, en avant-garde de la rébellion, mot qui, si cela était possible, te résumerait, lion rebelle rugissant que tu es. Avec toi, les principaux vont devenir secondaires, le B.O n'aura rien d'original, tu n'auras pas besoin des circulaires pour tourner la page, tu créeras un comité de défense du mammouth, tu dénonceras le fait que tout corps d'enseignant lancé dans le bain sans formation subit une poussée vers le bas.  Cette soif d'absolu te verra un jour te lever au cours d'une réunion et déployant ta majesté tu pointeras un doigt ferme et définitif vers la direction en assénant un sans appel "Madame, vous n'êtes que de passage".

 Tout comme Lawrence d’Arabie traversa les déserts sans jamais perdre de vue son ambition d’unification des peuples, tu as traversé, tels des plumeaux qui n’empêchaient pas la poussière de se redéposer, les réformes, les réformettes, la réformite aigue sans que jamais tes nobles ambitions tant pédagogiques qu’humaines n’en pâtissent. Les Haby, Fontanet,  Beulac, Faure, Savary, Chevènement,  Monory, Jospin, Allègre, Lang, Chatel, Darcos, Ferry, j’en passe et des moins bons, sont passés, se sont dépassés sans jamais se rattraper, ont parfois trépassé et t’ont souvent lassé.

 Côté ministère, une réforme, pour faire court, c'est une circulaire, côté enseignants ce sont des manifestations et qui dit manifestation dit...slogans. Le bon slogan est à la manifestation ce que le sloggy est aux fesses, il épouse parfaitement les formes de la contestation, il met en valeur ce qui dépasse du rang. Et ce qui dépasse du rang, Gérard, ça te connait. Alors avec toi, du slogan, en veux-tu en voilà comme si il en pleuvait. Non dénué de fondements et à la rime profonde, le désormais célèbre "Aucu, aucu, aucune hésitation, mettons leur dans le fion". Le plus radical et sans appel "Assez de cette société". Et celui dont tu es le plus fier "Non, non, non à ta réforme bidon. Oui, oui, oui à l'imagination". D'aucuns auraient pu entrevoir dans cette proposition d'alternative un ramollissement de ton intransigeance, mais que nenni, il fallait y voir une revendication sur ses deux pieds ce qui évitait de se retrouver à quatre pattes, position mettant à la merci de tous les abus du pouvoir. Comme aurait pu le dire Rocco Sifredi, mis bout à bout ces slogans donnaient le plaisir de se sentir vivant. 

Bien sûr, il n'est pas de mots, il n'est pas de phrases qui puissent ne serait-ce qu'esquisser celui que tu es dans la classe, dans le collège et ailleurs mais le seul point commun que nous avons avec l'institution te concernant, c'est que, nous te le certifions, pour nous tu es hors classe.

   




dimanche 7 juillet 2013

Hier, je suis mort

Hier, je suis mort. Plus précisément hier soir. Il est vrai que cela n'a maintenant plus beaucoup d'importance. Le fait est que je ne suis plus vivant. Je ne m'en suis pas aperçu tout de suite. Si je reconstitue les circonstances de ma mort, cela s'explique. J'étais seul quand cela est arrivé. Je regardais par la fenêtre les branches du noisetier qui ondulaient dans le vent. A un moment donné mon cœur s'est probablement arrêté de battre et j'ai quand même continué à regarder par la fenêtre. Je n'ai jamais eu pour habitude de me prendre le pouls. Avant cet instant qui me fut fatal je ne m'étais jamais inquiété de savoir quels indices seraient susceptibles de m'indiquer que sans l'ombre d'un doute j'étais mort. Je devais certainement avoir le regard fixe pourtant l'impression de voir demeurait. Je ne pensais à rien mais cela m'arrivait fréquemment.  Du temps a passé. J'ai commencé à avoir un peu froid. J'ai ressenti comme un engourdissement. Ce qui m'a mis la puce à l'oreille c'est lorsque quelqu'un a essayé de me faire un massage cardiaque. C'est à ce moment là que j'ai pris conscience que mon cœur ne battait plus. J'ai senti des mains appuyer sur ma poitrine. Je ne pouvais plus parler, sinon j'aurais dit à celui qui s'acharnait de laisser tomber. Il est vrai que je ne me sentais plus concerné par ce qui se passait. Surtout, je n'ai jamais supporté, même si c'est arrivé, de faire de la peine à ceux que j'aime. Alors, plutôt que de les voir pleurer, je suis parti, leur laissant un peu de moi.

mercredi 3 juillet 2013

Quand

Tu lampadaires, tout s'éclaire
Pris par le souffle de l'air 
Le papillon est un éclair
Qui grésille dans la lumière

La chaleur est un parfum
Elle grille une dernière fin
Où s'évanouit demain
Ne me reste que ta main 

mardi 2 juillet 2013

Discours pour un anniversaire


Un propos liminaire pour préciser que ce qui suit a été inspiré par Jorge que sa nature quelque peu bourrue empêche parfois de donner libre cours à son romantisme qui, bien que rêche, n’en est pas moins touchant. Comme il aime à le dire, l’amour est dans les cordes, celles que l’on gratte, que l’on pince, que l’on frôle, que l’on caresse.
Chère Dorothée, si tu me permets de t’appeler Dorothée, tu as certainement constaté que je n’étais physiquement pas présent parmi vous. Vos yeux n’auront donc pas le plaisir de se poser sur ce physique que d’aucun considère, dans sa catégorie, comme n’étant pas dénué d’intérêt. Je ne sais pas qui de vous ou de moi le regrette le plus. C’est donc une autre langue dans une autre bouche qui prononce ces mots qui te sont destinés. Tu fêtes aujourd’hui ton anniversaire. Quand, sous le sceau du secret, ce cher Jorge m’a donné ton âge, j’en suis tombé à la renverse. Non, lui ai-je dit, ce n’est pas possible, redis-le moi. Ce qu’il fit. Sans hésitation, il le redit. Incrédule, je dus me rendre à l’évidence, qu’au moins jusqu’à présent, tu avais vécu à l’abri du temps qui, telle la lumière du première instant, te préservait de l’ombre des années. Ce teint frais, ce regard pétillant, cette démarche primesautière, cette légèreté d’un matin d’été ont traversé les années comme autant de secondes.
Ces mots qui, malgré mes efforts, écorchent la réalité ont exhumé mes lectures d’antan. Comme une madeleine encore chaude, ma mémoire a laissé filtrer le parfum du lys dans la vallée qui fait de toi cette femme balzacienne de trente ans et Jorge est ton sir Arthur Ormond.
De là où je suis, je devine que tu rougis, que tu te retournes pour voir de qui l’on parle  Nous sommes donc en 83, 1983. La vague rose est en train de s’échouer sur la plage des désillusions et toi, subrepticement tu fais irruption au grand jour. Fait exceptionnel, tu sais déjà parler, confirmant, sans qu’il soit besoin d’un examen approfondi, que tu es une fille. Tu balance quelques « Salut ! » à l’assistance dont la sage-femme qui a encore les mains dans le cambouis. D’un coup de dent, car tu es déjà incisive, tu coupes le cordon, tu fais un nœud pour te souvenir de ce jour et tu sautes dans ta première couche mais tu n’en remettras pas une. Et ensuite ? Ensuite, ça va très vite. Tu quittes la maternité avant ta mère, ce qui te permet de lui préparer sa chambre. Et puis tout va s’enchaîner. La maternelle où ta maitresse te charge de garder tes petits camarades pendant la sieste et de les consoler lorsqu’ils ont un gros chagrin. Et ainsi jusqu’au lycée où il t’arrivera à l’occasion de diriger des conseils de classe. Côté garçons, après quelques expérimentations pour te faire une idée de tes potentialités, tu sauras les diriger vers la porte G, G comme j’ai envie, vas-y. Et puis un jour, tu vas rencontrer ton bel et sensuel lusitanien. Il va te faire découvrir la morue sous toutes ses formes, le maçon trapu, le fado avec Amalia, le Benfica, Eusébio, les œillets, le Tage et,  tel Vasco de Gama scrutant le large avant de partir à la conquête d’un monde encore inconnu,  il te fera voguer par delà l’horizon pour atteindre les ultimes frissons du désir.
Ceci dit, il n’y a pas que le cul dans la vie, il y a aussi l’amour qui donnera naissance, moyennant quelques contractions, aux enfants qui aujourd’hui égayent vos matins, vos soirées, vos nuits à tel point que dès que vous pouvez vous les refilez aux grands-parents.
Comme me l’a finement fait remarquer Jorge, une fois n’est pas coutume, ce n’est pas en quelques misérables lignes que je pouvais esquisser l’indicible. Toujours selon ton gratteur de cordes préféré, les mots qui peuvent parler de toi sont dans le cœur de celui qui t’aime.
      

mardi 25 juin 2013

Masqué

Réalisé par Reiser, ce film aurait pu s’appeler « Robert, on voit tes couilles ». Je n’en ai jamais vu autant en si peu de temps et dans un espace aussi restreint. A la réflexion, je n’ai pas eu l’impression que le héros avait pris son couteau. Le fait de n’avoir lu et entendu que de bonnes critiques m’a incité à aller voir ce film. Une fois sorti, je me suis interrogé sur les raisons de cette unanimité. En dehors des scènes de cul, très réalistes, très nombreuses, parfois gênantes et qui n’apportent rien à l’histoire, le reste n’est pratiquement que suggéré. J’aurais aimé en savoir plus sur deux des personnages principaux. Touchants, ils se rencontrent sans se toucher, se parlent, pourraient se rapprocher mais, d’une certaine façon, une bite les sépare, jusqu’à étouffer une relation naissante. La mort, la vraie et les petites, l’eau, les touffes végétales, les corps qui attirent et les autres, le tout sur une plage pleine de cailloux. Des culs, des bites et des couilles au repos ou en pleine action, mais de sensualité aucune trace. Pour tout vous dire, ce film ne m’a pas fait bander.

jeudi 20 juin 2013

Si peu

Ce matin j’ai écouté une chronique qui tentait de répondre à la question « Pourquoi quelque chose plutôt que rien ? » J’avoue que je n’ai rien retenu mais j’ai pris un certain plaisir à écouter la voix, les mots du scientifique qui essayait de m’expliquer. J’ai laissé infuser. Un peu plus tard, j’ai repris cette question. Je me suis dit que s’intéresser, ne serait-ce que quelques secondes, au rien, c’était déjà quelque chose. Ma pensée lui donnait une existence sans que je puisse en donner une définition. Comme pour l’origine, le rien est une notion difficile à concevoir. Quand je me concentre sur le rien, je sens poindre les ondes de l’incertitude. Le rien est au quelque chose ce que le surréalisme est à la poésie parnassienne. Je me tiens à la rambarde tout en observant une partie de moi-même sombrer dans ce rien. Ne serais-je même pas peu de chose ?

mardi 18 juin 2013

Qu'est-ce qui fait que?

Qu'est-ce qui fait que c'est au boulot que ne rien faire est le plus délicieux? C'est avant tout une expérience personnelle car, je n'en doute pas, ils sont nombreux ceux qui travaillent de la première à la dernière minute, voire au-delà. Je suis donc à mon bureau, le regard fixé sur l'écran. Je relis, je peaufine, je rajoute, je retranche, j'intervertis, je modifie, je me demande, je doute et imperceptiblement mes yeux quittent l'objet de mon attention et le regard se tourne vers la fenêtre. Seconde après seconde, mon corps s'engourdit, mon cerveau se déconnecte, mes yeux baignent dans le trouble, le vaporeux, le brumeux. Je n'entends plus rien, je ne vois plus rien, je ne pense à rien. Je suis bien. Et puis la sonnerie du téléphone, un collègue, le sommeil qui me réveille.
Je rentre chez moi. Je me mets devant la fenêtre et là, rien.

lundi 17 juin 2013

Latente

L'homophobie s'afficherait. L'homophobie serait latente. De Versailles à Saint Clou il serait pécher que de glander sur une plage. Du jaune, du bleu qui se rencontrent dans le vert. De l'eau, du sable, du soleil mais pas de nana. L'homo n'aurait pas le droit de s'en foutre jusque là. L'intolérable serait tout au fond. Il suffirait que le nœud de la corde soit dissimulé dans l'élégance.

samedi 15 juin 2013

Qu'est-ce qui fait que?

Qu'est-ce qui fait qu'à chaque fois que je vois et que j'entends Jean-François Copé j'ai envie de lui mettre des baffes, de lui crier "Ta gueule". J'avoue que ce n'est pas un comportement républicain, respectueux de la diversité des idées. Mais au fond de moi, je n'ai pas envie d'être respectueux. C'est son éternel petit sourire narquois qu'il arbore dès qu'une caméra se pointe. Sauf quand il dit "Je inquiet pour la France". Alors là, il fronce les sourcils et à son regard noir et pénétrant on comprend que l'heure et grave et qu'il va falloir faire quelque chose. Alors on attend qu'il nous dise ce qu'il faut faire pour qu'il ne soit plus inquiet. Et on attend. Il est tellement décomplexé, qu'il ne prend même plus la peine de proposer des solutions, d'avoir des idées. Soit il nous dit qu'il est inquiet ou alors qu'il va nous dire la vérité car les français savent bien que... Car il est fort le bougre quand il s'agit de trouver des slogans, des phrases toutes faites, des questions qui ont pour objectif de faire comprendre qu'il a raison et que tout débat est inutile.

lundi 3 juin 2013

Babines

Qu'apprends-je ce soir en lisant le Monde? Que le cunnilingus est à l’origine du cancer de Michael Douglas. Je ne chercherai plus à remonter jusqu'à l'origine du monde et je crois qu'à partir d'aujourd'hui lorsque je tournerai sept fois ma langue ce sera dans ma bouche.

samedi 1 juin 2013

Discours pour un départ

Yasmina, si tu me permets de t'appeler Yasmina, ce n'est pas la première fois que j'écris un discours en ton honneur car ce n'est pas la première fois que tu pars, mais comme j'en ai oublié le contenu, peut-être vais-je me répéter. Il y a peu, tu m'informais de ton départ pour une autre région, à savoir la Picardie, et à cette occasion tu me faisais part de ton souhait que j'écrive un mot car me précisas-tu et je reprends tes mots "Je vais encore être obligé de me taper un de ces discours officiels qui sont une purge écrit par un fonctionnaire dénué de talent et d'imagination". Peut-être est-ce la nostalgie, je t'ai alors proposé d'écrire un texte teinté de romantisme, de poésie. Que nenni m'as-tu répondu, je veux du cul, encore du cul et toujours du cul.
Je dois t'avouer que cela a quelque peu contrarié mon âme de poète mais puisque tu le souhaitais, il en serait ainsi. Comme le disait un des nombreux directeurs régionaux que nous avons côtoyé, disons, disons que ce discours sera comme un hotdog. Pourquoi cette référence culinaire me demanderez-vous?   Nous étions dans ton bureau, une brochette de fonctionnaires chargée de mettre en œuvre un nouveau plan emploi, le 25ème du nom qui ressemblait au 24ème qui lui-même... Sans crier gare midi approchait et je ne sais pourquoi nous nous sommes mis à parler du hot-dog et plus précisément de ce que nous appréciions dans ce met. Chacun y alla de sa préférence, le croustillant, la texture, le goût et lorsque vint ton tour, tu nous avouas que ce que tu préférais dans le hot-dog c'était, je cite, "le moment où le mec met la saucisse chaude dans le pain". Tu pris la peine d'ajouter, je cite encore "C'est la raison pour laquelle on appelle ça un met moelleux". Et là, je vous prie de croire que nous fûmes interloqués. Prudemment, chacun alla manger de son côté.

Donc, tout un chacun a maintenant une idée précise de l'orientation de ce texte mais dans le respect d'un principe auquel je ne déroge jamais : souvent limite, mais jamais vulgaire. Pour autant, pour les plus sensibles, il est encore temps de partir.

Tu as donc décidé de partir, plus au nord. Si j'ai bien compris, tu es même déjà partie. Tu es partie en Picardie région de bric et de broc mais plutôt de briques. Tu as certainement pu constater que là-bas même au mois de mai il ne fait pas beau. Quand j'ai pris connaissance de ta destination, je me suis souvenu d'un directeur qui nous était venu de là. Un garçon toujours propre sur lui, le pli du pantalon bien marqué comme la pointe d'une flèche qui aurait indiqué une direction que personne ne voulait suivre. Quelles traces a-t-il laissées. Car comme David, jamais avare de compliments, aimait à le dire à propos de ce directeur, il ne suffit pas d'avoir deux prénoms pour se faire un nom.
Je ne vais pas revenir en détail sur ta déjà brillante carrière au sein de cette grande et belle administration qui a souvent changé de nom sans que cela n'ait la moindre influence sur son l'efficacité. Je me suis d'ailleurs demandé si il y avait des degrés dans l'efficacité ou si ce mot se suffisait à lui même. Tu es l'exemple même de la méritocratie républicaine chère à M. Guaino. Je savais que cette référence te ferait plaisir. Car en être arrivée là avec un patronyme de boat-people, c'est méritoire. Tu avoueras que ce n'était pas gagné d'autant plus que tu es une femme. Jusqu'ici tu as souvent été adjointe, adjointe d'hommes, autant dire que c'est toi qui prenais les décisions, car comme aimait à le dire avec élégance Philippe Lagrange "La Yasmina, elle est sévèrement burnée", je ne me souviens plus si l'on pouvait discerner une pointe d'envie dans le ton. Toujours est-il que tu as traversé tous les plans emploi à propos desquels tu disais "C'est bien gentil d'avoir des plans, encore faudrait-il qu'ils servent à construire quelque chose." Tu as toujours eu le chic pour les formules chocs. Les plans jeunes, les plans vieux auxquels je suis maintenant très attentif, les plans alternance, les plans d'urgences, regrettant comme tu le disais qu'il n'y ait pas quelques plans cul au milieu de tout ça. D'ailleurs, de tous ces plans qui se succédaient, comme le disait une actrice qui avait tourné avec Rocco Siffrédi, on n'en voyait pas le bout.   Et puis comme des fruits sec parsemant un gâteau non moins sec, tu as inlassablement vanté les mesures, les mesures pour l'emploi qui n'ont jamais été à la mesure de la situation. Les TUC qui permettaient à peine aux bénéficiaires de se procurer de quoi grignoter, les SIVP, quatre lettres dont ont ne pouvait même pas faire un mot, les CRE comme le nom l'indique et autres contrats de ceci ou de cela le tout agrémenté de synergie, d'inclusion pour un horizon bouché, de cohésion, de partenariats en tous genres, de convergences, de gagnant-gagnant. Mais comme tu es une fonctionnaire ayant une haute idée de ta mission, c'est inlassablement que tu remettais sur le métier l'ouvrage même si parfois tu avais l'impression d'être une Pénélope. 

Mais revenons à ton sujet de prédilection, à savoir le cul. Pour tout dire je ne suis pas loin d'avoir la même prédilection que toi, j'en suis même tout près. Autant dire que je suis à touche-touche qui est une variante du jeu appelé le docteur. A propos de toucher, je me dois de révéler à cet auditoire, il y a prescription, que tu es la seule de mes collègues qui aies donné forme à un fantasme dont j'étais l'objet et qui si j'en crois la rumeur était très répandu. Ainsi, un jour de printemps me semble-t-il, alors que nous venions de nous croiser dans un couloir désert de la DR et que rien dans mon expression corporelle ou dans mon regard ne pouvait laisser deviner une quelconque sollicitation, je sentis dans l'instant qui suivi ce croisement une main gratifier ma fesse droite d'un frôlement appuyé. Comme nous étions seuls dans le couloir, je n’eus aucune peine à deviner à qui appartenait cette main. Un peu plus tard, je t'offris une photo de cet obscur objet du désir que tu déposas dans le tiroir où se trouvaient tes stylos dont tu avais souvent besoin. Aujourd'hui et vu l'état général de délabrement de cet obscur, je ne te donnerai pas une autre photo car comme le dit madame Dick, que dans le métier l'on surnomme Rivers, ce qui n'a rien à voir avec des pratiques sexuelles qui auraient été officialisées avec le mariage pour tous,  le désir n'est pas suffisant pour raffermir la fesse.    

Pour autant Yasmina, revenant à une poétique chasteté, sache que tu tiens une place particulière dans mon cœur et je souhaite que le picard saura t'apprécier autant que nous. Et pour terminer dans la tonalité de ce discours et pour employer une de tes expressions préférées, quand j'ai appris que tu partais, ça m'a troué le cul.