mercredi 17 octobre 2012

A fond

Toshio Saeki

"La nuit, me promenant dans Paris, d’imaginer ces milliers de fentes sous les jupes, ces clitoris, ces seins gonflés, ces ventres féconds, ces bourses ballantes, ces queues en mouvement, ces fessiers roulant, ces délires rodant, tout le sang grondant dans les veines, en tout lieu, à toute heure, d’évoquer cette agitation internationale m’épuise ; puis me métamorphose dans l’enfant d’hier qui regardait le ciel constellé à perdre l’équilibre, pris de vertige devant l’immensité de l’intrigue."

Certainement, je suis par hasard tombé sur ces lignes qui sont extraites d'un texte de Frédéric Joignot dans lequel il se demande pourquoi la reproduction est-elle sexuée. Si je les ai copiées-collées c'est qu'elles expriment à la perfection les pensées qui souvent me traversent la tête quand je me promène en ville. Comme si j'avais besoin d'être rassuré, j'aime savoir que d'autres aussi s'égarent. En revanche, cela ne m'épuise pas mais me fait sourire. J'aime cette idée de frénésie sexuelle qui reste circonscrite à mon esprit et reste sans effet sur le reste de mon corps. C'est à peine si mon cerveau se trouve à l'étroit. Ces pensées ne sont que très rarement accompagnées d'illustrations. C'est un érotisme dématérialisé.Un souffle sur la peau.

C'est tout

Il entre. Elle est là. Il l'espérait. Parmi les autres livres. Derrière elle, des rayons qui semblent lui prodiguer une chaleur. Celle des mots dans tous les sens, celle des premières pages qui ont assez de souffle pour entretenir les braises. Il n'a lu aucun de ces livres. Il regarde les couvertures qui forment une mosaïque. Il lit les titres. Certain lui donnent envie de tourner les pages. Elle lui a dit que parfois toute l'énergie, toute l'âme de l'auteur se trouvait dans le titre. On ne le découvrait qu'après avoir lu le livre. Il s'approche. De son regard, elle froisse son angoisse qui roule comme une boule vers la foule. Elle disparaît entre les pieds qui se précipitent sur le trottoir. Il sera toujours temps.

lundi 15 octobre 2012

A autre chose (13)

« Avec elle, les choses ont pris leur temps. Au début, ce fut purement sexuel. Ce ne fut que purement sexuel. Pour tout dire, j’ai commencé par curiosité, sans arrière pensée. Une aventure qui était à peine le reflet du présent et qui allait se terminer dans un bruit de porte. Et sans que je sache pourquoi, même aujourd’hui, j’ai continué. Comme si la première fois fut déjà une habitude. Même si elle n’était pas contre, je n’ai pas le souvenir qu’elle ait fait quoi que ce soit pour que cet épisode pilote devienne un feuilleton fleuve. Sans en avoir conscience, j’étais dès le premier jour sous perfusion. Elle entrait en moi goutte après goutte. Elle se mêlait à mon sang, gonflait mes veines. Pendant de longs mois, je n’ai rien ressenti de particulier. Pas de sensation de chaleur. J’étais comme ces fumeurs qui se targuent de pouvoir arrêter quand ils veulent ».

Il regarde ces quelques lignes sur fond blanc sans oser les relire. Il sait qu’il ne parviendra pas à raconter cette histoire. Dans une histoire d’amour, les mots sont de trop.
« Dans ma vie, j’ai souvent été presque. Presque heureux, presque amoureux, presque intelligent, presque beau, presque élégant. Presque est un mot curieux. C’est un cocktail composé d’absurde, de désespoir, de lassitude et de dérision. Il donne pourtant l’impression d’être vide de sens, d’être inutile. Une sorte de miroir mesquin qui ferait ressortir les rides et les boutons. Alors il n’y avait pas de raison qu’avec elle il en aille différemment. Cette relation était presque quelque chose. »

Comme souvent, il exagère. Probablement. Il a depuis longtemps ce mot en réserve. Il lui trouve une certaine beauté. "Presque" pourrait effectivement être le résumé d'une vie mais pas de la sienne. Il en a extrait l'incertitude, l'imperfection. Presque lui donne envie de vivre demain. Presque est une frustration qui le fait vibrer, qui le maintient dans la création.

dimanche 14 octobre 2012

Concert




Le 18 octobre prochain à Franqueville St Pierre, salle Bourvil, à 20h aura lieu un concert pop-rock, au profit de l'association EMA. L'association EMA, créée en 2005, a pour objet de favoriser l’accès des enfants à la musique, notamment en finançant la location d’instruments.L'association, en partenariat avec l'école de musique de Rouen, aide aujourd'hui une dizaine d'enfants en louant principalement des pianos. Son action s'inscrit dans la durée. C'est pourquoi EMA organise régulièrement des manifestations afin de financer son action.

La salle de spectacle Bourvil, mise gracieusement à disposition par la commune de Franqueville St Pierre, accueillera trois groupes qui ont accepté de jouer au profit de l'association.Il s'agit de 


SECOND FLOOR ORCHESTRA
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http://www.youtube.com/watch?v=44YvzHcrJOY&feature=share

Le Second Floor Orchestra s'estformé autour de Jorge, Phil (respectivement compositeurs chanteur et guitaristede Victoria) et Manu aux claviers. Son nom vient du fait que le groupe a composéet répété dans un appartement de Rouen situé au deuxième étage !!! Rejointspar Nicolas (ex Marteen) à la batterie, Christophe (ex Familia)à la basse etaux choeurs et Julien à la guitare, ils enregistrent un premier CD 6 titres pendant l’été 2010 . "Ils ont fait traverser l'Atlantique à leursinfluences britanniques. Dans la droite ligned’une musique pop-rock ponctuée d’accents jazz que l’on peut retrouver du côtédes ambiances musicales des Doors, leurs influences vont de Lennon à Dylan enpassant par les Who, Paul Weller, Elvis Costello ou encore Herbie Hancock.
La sortie de leur nouvel album, intituléLullabies sera disponible en octobre

MY SILLY DOGFISH
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A l'origine My SillyDogfish est un duo formé en septembre 2010 à Rouen .
C'est aujourd'hui un groupe composé de 4 musiciens ( Loic a la basse Christophe al guitare Yannick à la batterie et Claudio au chant )venusd'horizons divers et variés jouant une pop folk influencée par lesmaitres que sont Dylan, Lennon, Presley , Costello leurs répertoire electroacoustique entièrement composé de morceaux originaux ne laissera pas indifférentles amateurs de mélodies et de guitares claires


GRAPES


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Après une longue phase dematuration scénique entreprise tout au long de la promotion de la compilation ILove LH vol II, ou en tant que groupe support de très nombreux concerts (dbBAND – ex SUPERGRASS, RADIOSOFA, THE PARISIANS, CRAIG WALKER – ex ARCHIVE), GRAPES a su trouver le chemin del’efficacité rock, sans jamais tomber dans la citation de leurs références (THEKINKS, WINGS) et tout en gardant l’œil rivé sur le présent (ARCADE FIRE, ARCTICMONKEYS).

Du côté de « l’actualitédiscographique », GRAPESa sorti le 15 mars dernier son tout premier album« SomeKinds of Happiness » auTahiti Labde Rouen (studio du groupe TAHITI 80).

Cet album a été arrangé parLudwig Bosch (RADIOSOFA)et bénéficie de la participation de nombreux invitésdont Mathieu Pigné pour les batteries (RADIOSOFA, DA SILVA, ARMAN MELIES,JULIEN DORE), Julien Noël pour des claviers (JULIEN DORE, DA SILVA) et MickeyQuinn pour des chœurs et percussions (SUPERGRASS, db BAND).Le mixagede cepremier album a été confié au belge RudyCoclet (ARNO, MUD FLOW, AN PIERLE, GIRLS IN HAWAI).

La sortie de ce disque a étéorchestrée par l’association Porc-épic (SHERAF, RADIOSOFA, ZIK O DOCKS,MEETZIC) qui coordonne le groupeGRAPES depuis ses débuts.

Duo devenu quartet, GRAPESdéfendsur scène ce premier album grâce au renfort d’un nouveau line-up composéde Stan (guitare – claviers – chant), Cyril (guitare – chœurs), Thomas (basse –clavier - chœurs) et Séb actuel membre du groupe WILLO(batterie – chœurs).




DISCOGRAPHIE :

- Octobre2009 : Compilation “I Love LH Vol 2” (titre Velvet Glove)
- Mars2012 : « Some kinds of Happiness » Lp.
- Avril2012 :« Tony’s Picture » Ep
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jeudi 11 octobre 2012

Premier regard

Sur les hauteurs d'une lueur, battent encore les ailes de la nuit. Leurs ombres se fondent dans mes souvenirs et font disparaître mes envies de fuir. La terre des jours se réveille, libère les odeurs que le vent répand. Je vais me glisser dans les heures qui m'attendent. Je serai du temps qui passe et qui me conduit jusqu'au prochain commencement.

A autre chose (prologue)

Comme souvent, j'écris plus vite que je ne pense. C'est ainsi que la nécessité d'un prologue n'est parvenue à mon cerveau qu'hier alors que je courrais dans la campagne. Le voici donc. Ce prologue a pour objet de faire la part entre les deux rédacteurs de cette histoire. Celui qui observe et celui qui raconte ce qui lui est arrivé. Tout en écrivant, je me rends compte que j'ai créée une situation qui me complique la vie puisque j'apparais en tant que troisième personnage alors que je n'ai aucun rôle dans cette histoire. Pour simplifier, partons du principe que je n'existe pas, que je n'ai pas écrit les phrases qui précèdent et qu'après le point mis à la fin de celle-ci, le prologue commence.

Il m'a envoyé un début d'histoire me précisant qu'il souhaitait avoir mon avis. Pourquoi moi? Probablement parce que je le connais depuis longtemps, que je suis régulièrement le destinataire de ses confidences, de ses états d'âme.  Il faut que vous sachiez qu'à l'abri d'une modestie qui ne trompe personne, il a des ambitions littéraires. J'ai donc lu. Que pouvais-je en dire? Je n'avais pas envie de le décourager. Je lui ai donc répondu que j'aimais. Cela ne lui a pas suffit. Il m'a demandé d'être plus précis, de parsemer son texte de mes commentaires. Comme je n'ai pas de prédisposition à la critique littéraire, je n'ai pas souhaité répondre à sa demande. En revanche, afin d'éclairer d'éventuels lecteurs, j'ai ponctué son récit de mes propres remarques. Je pourrai ainsi combler les vides, rétablir certaines vérités et parsemer ce texte dépressif d'un peu d'humour. Il a tendance à se complaire dans la plainte, le malheur, la souffrance. Voilà.   

mercredi 10 octobre 2012

A autre chose (12)

Il se relit et se demande s’il va conserver cette dernière phrase. Il sait que personne ne va la lire mais sa pudeur l’empêche de parler de façon réaliste de ce que sa mère appelait « les choses du sexe ». C’est d’ailleurs à ça que s’est résumée son éducation en la matière. Il savait qu’il y avait des choses et que ces choses étaient en relation avec le sexe. Pendant de nombreuses années, seul avec son sexe, il ignora ce que pouvait être ces choses. Il n’établissait aucune relation entre ce sexe et son environnement. En revanche, c’est à l’âge de huit ans, en allant voir un film au LEM, qu’il put établir de façon irréfutable que ce qui se trouvait entre ses jambes bénéficiait d’une grande autonomie. 
Pour la première fois, il allait au cinéma. Il ne se souvient pas du titre du film ni de l'histoire. Il conserve le souvenir des images du hall d'entrée, des affiches de couleur,  traversées par la mention "Prochainement", des photos sur les murs sensées vous renseigner sur l'intrigue du film, de la guérite dans laquelle une femme vous demandait "Balcon ou orchestre?", "Plutôt au milieu ou sur le côté?" Probablement accompagné par l'ouvreuse, il s'est assis dans le fauteuil qui devait être rouge. C'est en regardant une scène entre une femme et un homme qu'il a senti son sexe se dresser. Il s'est interrogé. Regarder cette intimité sur l'écran lui avait plu. Il allait pendant longtemps se la repasser et constater qu'elle provoquait toujours la même réaction. Avec le temps, il allait compléter sa cinémathèque, l'enrichissant à l'occasion de productions personnelles. 

mardi 9 octobre 2012

A autre chose (11)


 "J'attends. Les écouteurs du lecteur sur les oreilles, les sons de l'extérieur me parviennent avec moins d'intensité. Certains se perdent en route. D'habitude je suis le seul à attendre à cette heure là. Ma vie de tous les jours est faite d'habitudes. Je ne sais pas combien de temps il faut pour qu'une façon de faire devienne une habitude. Chacune d'elles me fait peur, comme si elle me faisaient vieillir plus vite, comme si elles décidaient à ma place. J'ai l'impression de vivre plus quand je modifie des éléments de ma vie quotidienne. Changer d'itinéraire pour aller travailler, ne pas toujours prendre le même bus, rompre avec le cérémonial du matin. Des riens qui me rendent plus léger. Je ne l'entends pas arriver. Elle me regarde. Aucun étonnement sur son visage. Elle me sourit. Je lis sur ses lèvres qu'elle me dit bonjour. Comme s'il était curieux qu'une femme m'adresse la parole, les oreilles envahies par une mélodie de SFO, je bredouille un truc du genre "Merjour". J'espère qu'elle n'a rien entendu. Elle prend place sur le banc de métal qui se trouve dans le coin de l'abri et consulte son portable. Elle ne me regarde plus. J'ai quitté son esprit. Je ne sais pas pourquoi cela semble avoir de l'importance."

" Ce dont je suis sûr, c’est que ce ne fut pas un coup de foudre. Même au loin, je n’aurais pas pu distinguer le moindre nuage noir annonciateur d’un orage. J’étais à l’abri, le cœur surmonté d’un paratonnerre. Mais l’on ne peut se prémunir de tout si ce n’est en arrêtant de vivre. Je ne sais pas à quel moment je suis passé de l’indifférence à un commencement d’intérêt. De nombreuses femmes avaient éveillé mon intérêt, l’espace d’une seconde, le temps de les croiser, de les apercevoir, d’imaginer je ne sais quoi. Si, je sais ce que j’imaginais. C’était de l’instantané, du furtif, comme un fantasme précoce que je ne prenais pas la peine de formuler. C’était un peu comme dans les restaurants chinois, dans mon cerveau reptilien à un numéro correspondait un fantasme. Je n’avais pas le temps d’en voir les premières images que déjà il disparaissait. Des chiffres me faisaient bander mais le reflux était rapide "


lundi 8 octobre 2012

A autre chose (10)

« Le jour où nous nous sommes rencontrés pour la première fois, je crois que nous ne nous sommes pas vu. Je n’ai plus qu’un vague souvenir de cette rencontre. Nous étions trop nombreux. Les visages défilaient. Les regards allaient dans tous les sens, sans rien retenir. Comme un tableau dont l’auteur aurait omis les détails, les caractères pour ne rendre qu’une sorte de désordre, d’agitation qui n’aurait pas permis à la curiosité de se satisfaire. Une bande-annonce qui n’aurait pas donné envie d’aller voir le film. Et puis le calme est revenu. J’ai beau creuser, feuilleter l’album de cette journée, elle n’y figure pas. Ensuite, c’est plutôt vague. Nous avons bien fini par nous retrouver l’un en face de l’autre, au moins pour nous permettre de se faire une idée.  » 

Ses doigts quittent le clavier. Ce n'est pas ce qu'il voulait écrire. Il efface. Les mots quittent l'écran. Place nette. Il se souvient avoir vu des manuscrits d'écrivains. Chaque page contenait des ratures. Des traits horizontaux pour les mots ou les lignes, des traits diagonaux pour les paragraphes. Parfois des phrases qui n'allaient pas jusqu'au point. Mais quelque soit le sort qui leur était réservé, rayés, raturés, les mots demeuraient et pouvaient être lus. Ainsi pouvaient-ils garder l'espoir d'être choisis un peu plus tard, plus loin et pourquoi pas dans un autre livre. Même abandonnés, les mots restaient ceux de l'écrivain.
Il reprit.     

"Comme souvent, ce matin là j'attendais le bus. J'étais seul dans l'abri. J'ai à de nombreuses reprises constaté qu'en ce lieu je ne suis à l'abri de rien, ni des intempéries ni des autres. Aux premières heures du jour, je n'aime pas les autres, tous ces inconnus qui pour quelques secondes ou quelques minutes traversent ma vie, entrent dans mon champ de vision, viennent perturber mon odorat, parlent de tout et de rien. Par tous les moyens, je m'isole. J'entre dans mes pensées, j'abandonne mon corps qui devient autonome, libre de réagir comme bon lui semble dès l'instant où il me laisse en paix. C'est du moins ce à quoi j'aimerais parvenir. Il y a toujours des trous dans la défense."  


Proche

J'entrai bientôt dans la brume

Née d'un autre matin d'écume

Le temps patientait sur le seuil

La sève avait quitté les feuilles

La lumière leur offrait l'illusion

De la chaleur d'une autre passion

Fragments de rayons balayés par le vent

A l'abri, je laissai fondre mes tourments

samedi 6 octobre 2012

Second Floor Orchestra


Vous êtes chez vous, dans la pièce où vous vous sentez le plus chez vous. Il n'existe pas d'autre endroit où vous préféreriez être à cet instant précis. Dans la main droite vous tenez le nouveau disque de Second Floor Orchestra. Probablement jalouse, votre main gauche attend son tour. Encore protégées par la cellophane, les trois lettres SFO. Vous les regardez. Vous vous souvenez de leur précédente galette argentée. Une six titres comme autant de balles qui sifflent encore à vos oreilles. C'est pour ça que vous hésitez. Et si la nouvelle était moins bonne. Vous savez que c'est ridicule mais vous sentez en vous le doute s'immiscer. Vous aviez écouté les six plages et imperceptiblement vous vous vous étiez éloigné du rivage en partance vers un autre continent. Comme la dernière goutte d'une substance inconnue, le dernier riff de "Lemon tree" a transpercé votre cortex et s'est répandu, transformant votre cerveau en une zone d'infinis plaisirs. Et puis plus rien. Vous étiez là, seul, abandonné au milieu de l'océan, avec déjà cette sensation de manque. Bercé par des vagues de désespoir, vous étiez prêt à balancer un SFO à la mer. 
Et puis un nouvel opus s'est, comme une fleur, déposé dans les bac (expression un peu vieillotte). Vous êtes comme Ulysse découvrant le sixième continent. Avec un peu d'appréhension, comme une première fois, vous glissez l'objet dans la fente. Et là vous découvrez que les gaziers sont sur le toit de l'immeuble. Vous savez que cette galette couleur diamant vous allez vous la mettre et vous la remettre jusqu'à assèchement des muqueuses.  Comme si les désormais six garçons de Second Floor avaient conscience de votre attente, le premier titre, une bouée à laquelle on s'accroche, s'appelle "I need to believe". Un peu qu'on a besoin d'y croire! Et puis? Et puis dès les premières notes vous avez la sensation que SFO à croisé le chemin de Phil Spector. A coups de riffs, de caresses blanches et noires, de baffes rythmiques et de suavité vocale s'édifie entre vos oreilles le mur du son. C'est la tour Eiffel qui s'érige, c'est l'obélisque qui surgit. Vous avez envie de toucher ces "Little creatures", un titre qui commence avec la voix de Jorge, un sucre d'orge qui va et vient entre les lèvres, une mélodie qui vous fait sautiller, une rythmique qui se retient, un clavier qui frôle. Et d'un seul coup, alors que vous pensiez finir le morceau en souplesse, Phil et Julien font déferler une vague de riffs qui vous découpent, vous décapitent,  vous vrillent, vous dévastent pendant que la voix vous intime l'ordre "Go away!" mais quand bien même vous le voudriez, de ses baguettes magiques Nicolas vous renvoient dans les cordes de Chris. Manu est le seul qui vous offre ses touches  de compassion. Épuisé mais heureux, une dernière salve de toms et cymbales vous achève et termine le boulot. Une seule envie flotte dans votre esprit encore chaviré "Again, bloody SFO!" 
Vous avez l'irrépressible envie de leur crier "Hey guys, I'm still crazy about you!"  

CONCERT LE 18 OCTOBRE 20H FRANQUEVILLE SAINT PIERRE

vendredi 5 octobre 2012

A autre chose (9)

Toujours le dos au mur, il reste dans le vague. Il sait qu’il devra partir, quitter cet endroit. Il le fera demain matin. Il a à la fois envie d’oublier et de se souvenir. L’idée lui vient d’écrire, de raconter. Ce serait bien sûr sa version. Ce sera peut-être un moyen de mettre un point au bout de la ligne, de consigner ce passage de sa vie et de le ranger ou de le détruire. Il se donne jusqu’aux premières lueurs du prochain jour pour trouver les mots. Ce qu’il aimerait, c’est que chaque souvenir une fois écrit quitte sa mémoire. Une sorte de couper/coller, un transfert d’un disque dur à un autre.
Il pose le portable sur ses genoux. Il regarde l’écran s’illuminer. Les lettres blanches se détachent sur les touches. Le sablier s’agite. Ce sont des secondes qui ne servent à rien. C’est à peine si elles existent. Il ne fait rien pour les retenir. Elles disparaîtront. Peut-être qu’un jour, comme des petites bulles, viendront-elles se mêler à l’air de la surface. Comment savoir ce qui restera. Il est possible que chaque seconde passée soit stockée quelque part à la disposition de son propriétaire. Il suffirait de demander pour qu’elle nous revienne en mémoire. Il pourrait faire le tri dans toutes ces secondes et offrir les plus belles à celle qu’il aime. Il se souvient de cette phrase prononcée par un jésuite qui avait donné son temps « Tout ce qui n’est pas donné est perdu ».
Il pose ses doigts sur les touches. « Je… ». Il regarde les deux lettres. Il est peu de chose. Il n’a jamais rien écrit. Du moins rien qui de près ou de loin pourrait être lui. Sans se l’avouer, il aimerait donner un certain style à ce qu’il va tenter d’écrire. Il sourit comme si il voulait se persuader qu’il n’est pas dupe de cette dérisoire ambition. Doit-il débuter par ce « je ». Il est vrai que c’est sa version d’une histoire. Pourtant, commencer ainsi ne lui ressemble pas. L’expression poser le décor s’applique bien à lui, à sa vie. Avant de commencer, comme un oiseau construit son nid,  il a besoin de s’entourer de mots quitte parfois à oublier ce qu’il doit déposer dans le nid. Il préfère les caresses, des lèvres qui se posent sur une épaule, une main qui parcourt un corps.
Il fait disparaître le j et le e. Patient, le curseur clignote. Il connait l’histoire mais cherche les mots. Il lui faut écrire ce qu’il n’a jamais dit. Comme toujours, il hésite. Les histoires d’amour n’ont besoin de rien si ce n’est d’être vécu. Les mots sont comme des bijoux de pacotille, des morceaux de rubans roses qui flottent dans la niaiserie ambiante, des écorchures, des miroirs dans lesquels on ne reconnait rien. Même si il sait qu’il lui suffira d’appuyer sur « suppr » pour que tout disparaisse. « Le jour où nous nous sommes rencontrés pour la première fois… »

jeudi 4 octobre 2012

A autre chose (8)


Il se souvient avoir lu que les étoiles en fin de vie se contractaient jusqu’à devenir un point minuscule dans l’espace, concentraient leur énergie avant d’exploser et de disparaître. Il se sentait ainsi, comme si toutes ses terminaisons nerveuses,  comme si les milliards de cellules dont il était composé, comme si sa mémoire, comme si son passé, comme si tous ses désirs rejoignaient seconde après seconde le creux de cette main. Sa chair et son sang étaient attirés, comme aspirés en cet endroit. Il n’était plus que ces quelques grammes à la merci de ces doigts qu’il sentait. Ses veines lui donnaient l’impression de vibrer comme des cordes. Il devinait son regard. Elle déposait ses lèvres sur sa peau. Leurs chaleurs se mêlaient.
Il ressentait parfois une peur. Cette peur de sombrer, de ne plus avoir prise. C’était comme si, attiré, il pénétrait dans une pièce plongée dans le noir avec la peur que la porte ne se referme dans son dos. Peut-être le devinait-elle. Elle le guidait pas à pas, lui laissant jusqu’au dernier moment la possibilité de repasser le seuil. Ces relents de morale, de conscience, quelque soit leur origine, n’étaient jamais assez puissants pour qu’il renonce. Il vivait la puissance de l'instant. Il était un instant qui se prolongeait, se dilatait. Il n'existait pas d'instrument qui aurait pu mesurer l'intensité. Il disparaissait de la surface de la terre. Ce qui l'entravait semblait avoir désserré  l'étau, ou avait peut-être  même quitté son esprit. Il lui était arrivé de pleurer.
Il relève la tête. Une tourterelle s’est posée sur le rebord de la fenêtre. D’un œil qui semble sans expression, elle le fixe. Ses plumes varient du blanc au gris. Un geste de la main, un mouvement et elle prendrait son envol. Il s’est souvent demandé pourquoi les oiseaux décident de voler, de déployer leurs ailes pour aller se poser ailleurs et recommencer ainsi à longueur de journée. Et puis un jour, sans force, malades, incapables de prendre les airs, ils renoncent à tout et se laissant mourir dans l’apparente indifférence de leurs congénères. 

mercredi 3 octobre 2012

A autre chose (7)

Elle posait ses mains sur le haut de ses cuisses. Il s’imaginait en statue grecque dans le musée de sa muse, offert aux caresses et aux promesses. Il fermait les yeux et rejetait la tête en arrière. Au plus profond de son corps il sentait monter comme l’appréhension de succomber sur le chemin qu’elle allait lui faire découvrir. Il sentait la première caresse de cette main qui le parcourait, qui furetait, se glissait, se faufilait, le découvrait, le fouillait, le frôlait, lui révélait ce qu’il n’avait jamais soupçonné. De cette main, sur sa peau elle écrivait un poème que lui seul pouvait lire.
C’est avec elle qu’il eut la sensation d’être un homme. Comme une révélation de la puissance, une glorification de la virilité. Une attente qu’il faisait tout pour satisfaire sans me sentir obligé. L’orgasme n’est pas un long fleuve tranquille. On en sent parfois les premières ondes et, sans que l’on sache pourquoi, il s’évanouit sans passer par la case souvenir. Il est tout près, à portée de peau. On croit en sentir l'odeur Il repart là-bas, s'échappe au loin. On se retrouve perdu en pleine mer sans savoir dans quelle direction se trouve le rivage. Il cherchait le souvenir d’un orgasme particulier, celui qui l’aurait fait mourir, ou presque. Celui qui fait trembler, celui que l’on a senti venir, qui s’est formé comme une vague au large, qui à la dernière seconde nous aurait presque fait peur, emportant et remplissant les espaces, se précipitant par-dessus la digue. Cet orgasme qui se perd au loin, que l’on entend gronder encore longtemps. Il en avait le souvenir et du lieu où elle lui avait offert. Ce n’est pas le seul présent qu’elle lui ait fait mais il avait eu l’impression de frôler quelque chose, d’avoir été transporté le plus loin que l’on puisse l’être. Ralentissant, le battement de mon cœur le ramenait là où tout avait commencé, à cet endroit d’où elle l’avait propulsé. Comme si elle avait possédé le droit de vie ou de mort. Il était revenu à la vie, cette vie paisible qui n’est qu’un répit que l’on voudrait abréger pour retourner là-bas, au-delà du plus loin que l’on puisse concevoir. 
C'est avec hésitation que j'ai utilisé ce mot orgasme. Il a ce côté technique,  performance, magazine féminin qui éloigne la poésie, le sentiment. J'aurais pu utiliser jouissance mais c'est un mot qui déborde et dégouline, qui expose son impudeur. 

lundi 1 octobre 2012

A autre chose (6)

Ils se parlaient peu. Peut-être la peur de perdre leur temps, de faire croire que c'était presque. Ils n'avaient que l'envie de suggérer. L'appréhension de se laisser emporter par les mots, d'en dire trop, de brusquer, d'égratigner leur pudeur figeaient leurs lèvres. La fragilité des sentiments. Il aimait la regarder, s'imprégner de son visage quand elle dormait. Souvent lorsqu'ils voyageaient en voiture pour de longs trajets vers les vacances, elle finissait par s'endormir. Quand il s'en apercevait, il ralentissait pour pouvoir la regarder. Parfois il s'arrêtait sur le bas côté. Elle était à l'abandon. Il avait envie de la caresser, de s'immiscer entre ses lèvres entrouvertes. Il la prenait en photo sous tous les angles. Il n'en gardait jamais aucune, les effaçait après les avoir regardées. C'était comme si il avait volé ce qui ne lui appartenait pas, ce qui ne serait jamais à lui.   Elle rêvait. Il se demande ce que deviennent les rêves que l'on a oubliés au réveil.
  Avec le temps, c'était comme si il avait oublié que chaque fois pouvait être la dernière. 

Le matin avance. Il finira par disparaître. Il ne parvient pas à se lever. Comme pour quitter cet endroit, s'offrir un répit, il fixe les nuages pour y découvrir des formes, d'autres paysages. Il discerne souvent les contours d'animaux fantastiques, surgissant d'une mythologie inconnue. Ils finissent par se déformer, puis disparaissent. Pris par la peur de ne plus rien voir, d'être contraint de reprendre le cours de ses pensées, il cherche une nouvelle forme, l'esquisse d'une création brumeuse qu'il laissera son imagination compléter.
Ses yeux changent d’angle et se retrouvent dans cette pièce. Au fond, dans un coin, une chaise. Il sourit. Ce n’est pas une chaise, mais la chaise, qu'il préférait au lit. Ou plutôt, leur chaise, qui se balançait au gré de leur passion. Cette envie avait germé alors qu’il regardait « L’ange bleu ». Lola-Lola qui enfourchait une chaise, qui fascinait le professeur. Il prenait souvent place le premier. Elle le regardait. Son regard, qu’il absorbait, plongeait comme le premier signe d’une possession. Elle s’avançait et décidait. Il en était toujours ainsi. Il se laissait aller, se livrait, s’offrait. Il avait déjà remarqué qu’en faisant l’amour avec d’autres femmes, il lui arrivait de penser à autre chose, de s‘évader. Parfois, lorsque son esprit réintégrait son corps c’était pour constater que tout était fini. Mais avec elle il ne quittait jamais les lieux. Le simple fait qu’elle puisse le voir tel qu’il était, était pour lui une source de plaisir. Par petites touches elle lui avait appris à se laisser aller, à abandonner en sa présence toute pudeur. Il était devenu fier d’exposer sans retenue son corps, de laisser s’exprimer sa virilité. Quand elle le regardait il se sentait beau, désirable. Elle était la seule à lui avoir procuré cette sensation de légèreté, de liberté.

vendredi 28 septembre 2012

Mais c'est bien sûr !

C'est avec attention et intérêt que je suis la campagne pour l'élection à la fonction de président de l'UMP. J'ai ce matin écouté un extrait d'une intervention de François Fillon. Au ton de sa voix j'ai bien senti qu'il était déterminé. J'ai senti un "Bon, ça suffit comme ça". Le gars était manifestement remonté. Je me suis dit "Lui, il a un truc d'enfer à annoncer aux militants, l'idée qui va casser la baraque, le machin bien innovant, un truc de dingue". Et là, que nous balance le gars François   "Maintenant , i faut plus tergiverser, il faut abroger les lois sur les 35 heures". Et suivent quelques autres "Il faut". On sent le garçon qui a longuement réfléchi et qui ne recule devant aucune idée novatrice. L'utilisation du verbe "tergiverser" fait sourire. François a tout de même été le Premier ministre d'un président que l'on nous a toujours vendu comme étant un décideur, sans tabou et allant droit au but, pas le genre à "tergiverser". Alors comme ça, Nicolas aurait tergiversé?

A autre chose (5)

PROJET QUALITE DE SERVICE - CERTIFICATION
Il se souvient de ses chagrins d'amour d'adolescent. Ces souffrances romantiques qui le conduisaient dans un autre monde. Il s'imaginait alors poète d'un univers inconnu de tous. Il entretenait sa tristesse, son désespoir à la recherche d'un absolu qui lui semblait toujours plus proche. Il prenait plaisir à vivre ces amours qui le conduisaient sur des chemins de grisaille. Il s'enfonçait dans le brouillard de ses chagrins. Il s'y perdait. Il tentait d'écrire des poèmes dans lesquels son cœur saignait, ses yeux pleuraient dans la solitude et l'incompréhension. Peut-être était-il parvenu à vivre les affres sans l'amour . Mais en cet instant il voudrait oublier, avoir le pouvoir de commander à sa mémoire, brûler les images, détruire ces extraits de leurs rencontres qui le harcèlent, laisser entrer le vent dans lequel s'évanouiraient les parfums, les caresses, les murmures.

 En la regardant partir, il n’a pas compris que c’était la dernière fois.  Ce matin là, il était encore assis devant son thé qui finissait de refroidir. Comme souvent, le regard dans le vague, les écouteurs de son baladeur enfoncés dans les oreilles, il écoutait les nouvelles peu différentes de celles de la veille. Elle lui avait acheté pour qu'il puisse courir en musique. Comme un bruit au loin, il avait entendu la porte se refermer. Il serait  maintenant le seul à ouvrir cette porte. Le soir, il avait lu son message. Elle était partie. Il avait lu plusieurs fois chaque phrase. "Ne sois pas malheureux". Comme une pierre. Avant que tout ne se brouille dans l’amertume et la résignation, il s’était repassé chaque scène de cette dernière séance. Il avait disséqué chaque plan, analysé les dialogues, réécouté les rires. Traversant la ville, s’était-elle demandé si elle devait lui dire ? Même si le silence était plus simple, elle avait peut-être hésité. Cela ne sert à rien, mais il a isolé l’extrait, ces quelques secondes, cet instant où elle a choisi de ne pas lui dire. Cette rencontre était une succession de dernière fois.

jeudi 27 septembre 2012

A autre chose (4)

Convention de partenariat national - lutte contre l'illettrisme
Il regarde par la fenêtre. Il aime ces matins de solitude. Ce pourrait être un premier matin. Il ne perçoit aucun bruit. En contrebas, la rue parsemée de plaques de fonte, de boursouflures de bitume comme des scarabées endormis que l'humidité de la nuit révèlerait. De chaque côté un trottoir qui retient les traces des autres jours et s'apprête à recevoir les abandons qui surgiront entre les pas.  Il lui arrive d'imaginer qu'il est seul au monde mais sans jamais parvenir à savoir ce qu'il ferait. Sûrement parce qu'être seul n'a aucun sens. Il deviendrait son enfer. Il passerait son temps à chercher quelqu'un d'autre, à se souvenir des autres, de leur visage, de leur sourire, de leur voix. Non, pas de leur voix . Les sons échappaient à la mémoire.  Il se laisse glisser contre le mur et finit assis sur le parquet. Il peut voir par la fenêtre la bande de ciel qui semble maintenir l'écartement entre les deux immeubles qui se font face. Pour un court moment les rayons passent au travers de la vitre. Comme des atomes, les grains de poussière en suspension s’agitent dans les rais de lumière. Combien de temps faudrait-il pour que tous se déposent sur sol ? La chaleur du jour leur donne l’énergie de se déplacer selon une logique qui lui échappe. Cette vision est presque qu’une illusion. Chaque grain occupe un espace mais reste impalpable, disparaît dans l’ombre sans que l’on connaissance sa destination.

Comme un de ces grains de poussière, il vivait de la chaleur du regard qu'elle lui offrait, qu'elle posait sur lui. Son regard était comme une clé. Il s'ouvrait, la laissait pénétrer en lui, au plus profond de ce qu'il était. Il devenait un espace infini qu'elle parcourait, qu'elle lui racontait, qu'elle lui faisait découvrir. Un seul de ses regards, il existait, il était vivant, il s'offrait, lui souriait de surprise, de toujours découvrir qu'elle lui donnait envie, qu'il avait envie de se fondre en elle. Même si avec le temps ils avaient installé des rites, il ressentait à chaque rencontre les sensations de la première fois.
Il revoit quelques images de la première fois.

mercredi 26 septembre 2012

A autre chose (3)


Il lui arrivait de s'allonger dans la barque qu'une chaîne maintenait contre un des pieux de bois. Il ne bougeait plus, ne vivait plus que par son corps. Il renonçait à ses pensées, aux regrets, aux espoirs. Il regardait et oubliait tout le reste. Sans bouger, il partait avec le courant. Il sentait le froid de ces jours qui hésitent à répandre la chaleur de l'été. Il frissonnait. Il voyait le ciel bleu en partie caché par les branches des arbres qui des deux rives se rejoignaient . Le ciel lui faisait l'effet d'être une mer suspendue, parsemée de feuilles comme autant de pièces de puzzle manquantes. Le soleil parvenait à se faufiler entre la berge et les branches les plus proche du sol. Dans l'ombre de la coque il était à l'abri. Quand le courage n'était plus suffisant pour le protéger du froid, il courrait jusqu'à sa chambre, entrait dans son lit et se blottissait sous les couvertures. Les muscles tendus, il attendait que la chaleur s'accumule. Parfois, il finissait par s'endormir.

Ce sont les souvenirs qui le traversent. Que lui veulent-ils? Le faire pleurer? L'abattre, l'anéantir ou l'aider à tirer un trait. Un trait au bas d'une feuille froissée. Comme des lignes de vie, les pliures parcourent cette page. Il ne se résout pas à la ranger dans un de ces cartons qui n'attendent que d'être refermés. Il ne veut pas passer à autre chose. Pourquoi le ferait-il? Il suffirait de se dire que c'est terminé pour que cela le soit. Faire comme si c'était la vie, que rien n'était définitif. La souffrance est en lui. Il n'a même plus besoin de l'entretenir en se souvenant, en allant chercher des images. Il sait qu'il va devoir se lever, ranger, vérifier qu'il n'a rien oublié et entendre dans son dos la porte se refermer.

mardi 25 septembre 2012

A autre chose (2)



 
« Je ne savais pas que c’était la dernière fois »


La pièce lui semble vide. L'espace paraît s'être réduit comme si la lumière hésitait à en prendre possession. Il sait ce qu'il a à faire mais rien ne presse. Il s'offre le temps d'une ombre qui se déplace sur le sol. Son pas résonne. Il passe d'une pièce à l'autre, comme si... Il ne sait pas trop. Si on lui demandait ce qu'il fait là, il ne saurait pas quoi répondre. Ces pièces vides n'ont plus aucun lien avec le passé. Il ferme les yeux et replace les meubles un à un. Il aimerait retrouver cette sensation de bien-être, de chaleur, la complicité de chaque jour. Il se souvient. Il entrait et déposait les clés sur le meuble de l'entrée sur lequel se mêlait les lettres ouvertes à la hâte et sitôt abandonnées à la bonne volonté d'un autre et le plus souvent d'une autre. Il faisait cinq pas pour accrocher sa veste au porte-manteau, trajet interrompu par le passage devant le miroir. Il ne pouvait s'empêcher de se regarder. Longuement si il était seul dans l'appartement. Il lui arrivait de se trouver beau. Il se souriait alors. D'autres fois, il n'osait aucune remarque, aucune appréciation sur ce qu'il voyait. Ce qui lui échappait, c'était pourquoi un jour il se sentait l'égal de Paul Newman et le lendemain, il ne trouvait rien à sauver. Il faisait un passage par la cuisine, jetait un œil dans le frigo, comme ça, pour rien ou peut-être pour se rassurer. Après, il se dirigeait vers les bruits de tous les jours et découvrait les sourires, les baisers, les regards. 
Ce matin, son attention est rêveuse. Ses pensées disparaissent sous la surface. Il n’a pas la force de les sauver de la noyade. Elles se débattent, suffoquent et coulent. Aucune bouée, pas de radeau. Elles ne laissent aucune trace de leur passage. Comme des embryons dans un tourbillon qui sont aspirés par le fond. Elles finissent par échapper aux rayons du soleil. Elles rejoignent la vase des pensées mortes qui se décomposent dans l’ombre de l’abandon. Il suppose les regrets emportés par le courant. Il se laisse aller dans le temps comme s'il n'était qu'une de ces secondes que le présent renouvelle. Il s'éloigne. Le passé n'est plus qu'un frisson dont l'origine se perd comme une racine qui échappe au regard. Il prolonge cet abandon, cette sensation de s'éloigner du bord, de dériver, de ressentir le mouvement du courant. Il se souvient de la maison où enfant il passait ses vacances d'été. Parfois le matin, il se levait de bonne heure et descendait jusqu'à la rivière. Il marchait pieds nus dans l'herbe qui recouvrait jusqu'aux pieds des peupliers que reliaient entre eux des toiles d'araignées que faisaient briller les gouttes de rosée. Il s'asseyait sur le ponton et laissait pendre ses jambes. Il laissait l'eau lui caresser la plante des pieds.